Lire religieux - Contre l'athéisme vulgaire de Michel Onfray

Le succès commercial du Traité d'athéologie de Michel Onfray indique avec force que plusieurs de nos contemporains sont en quête de raisons de ne pas croire. Ils ont beau prétendre être convaincus, comme le philosophe, que la religion est une «pathologie mentale», l'empressement avec lequel ils se jettent sur des ouvrages comme celui d'Onfray montre que leur conviction à cet égard reste à raffermir. Il n'y a rien de malsain dans cette demande puisqu'elle indique la présence d'un doute salutaire. Comme l'écrit André Comte-Sponville: «Nous ne savons pas si Dieu existe. C'est pourquoi la question se pose d'y croire ou pas.»

Le problème, toutefois, surgit quand la réflexion vire à la croisade antimonothéiste et fabrique, pour se faciliter la tâche, un objet repoussant qui ne correspond en rien à celui qu'elle prétend critiquer. Ainsi, si contester le christianisme est une chose qui peut être légitime, il n'en va pas de même d'une charge qui se contente, au nom du rationalisme, de terrasser un épouvantail chrétien (ou juif ou musulman) construit à coups d'amalgames douteux. Une telle manoeuvre suffit peut-être à réjouir des incroyants de pacotille comme Joël Le Bigot et Guy A. Lepage, mais elle contribue surtout à entretenir une inculture religieuse porteuse de toutes les intolérances.

Jeune essayiste et romancier qui se présente comme catholique, le Français Matthieu Baumier, dans son solide Anti-Traité d'athéologie, réplique coup pour coup aux attaques de Michel Onfray. Le Dieu vengeur et indifférent aux souffrances humaines dépeint par le pamphlétaire, écrit-il dans une petite leçon de théologie pour les nuls, n'est pas celui des catholiques qui font l'effort de penser: «Et ce Dieu en même temps absent (ou retiré, aux dires de Hans Jonas) et faisant partie de l'histoire des hommes est le Dieu qui, par amour, crée le monde et l'homme afin que la liberté humaine puisse être librement, en dehors de toute Providence. Voilà le Dieu des chrétiens, celui de la kénose, mystère de la négation de la toute-puissance divine au nom de l'Amour.»

Réfutation assez savante, et souvent brillante, de la vision simpliste de Michel Onfray qui attribue au christianisme une haine de la femme, de l'intelligence et de la science, L'Anti-Traité d'athéologie de Baumier démolit aussi avec brio cette idée folle d'un christianisme habité par la pulsion de mort. Ainsi, il met en perspective le caractère pleinement philosophique de la réflexion chrétienne sur la finitude, passage obligé vers une vie avec la pensée. Montaigne n'écrivait-il pas que «philosopher, c'est apprendre à mourir»?

Pour convaincre de ce qu'il affirme pourtant être une évidence — c'est-à-dire que les monothéistes sont délirants —, Onfray, allant contre presque toutes les recherches historiques récentes, met en cause l'existence même de Jésus, qu'il qualifie de «personnage conceptuel», et pousse l'outrance jusqu'à postuler un «mariage d'amour entre l'Église catholique et le nazisme». Dans les pages les plus fortes de sa réplique, Baumier, preuves à l'appui, montre le ridicule, voire la malhonnêteté, de semblables assertions.

L'Anti-Traité d'athéologie de Matthieu Baumier, de même que le Dieu avec esprit - Réponse à Michel Onfray d'Irène Fernandez sur lequel il faudra revenir, n'obtiendra pas le même succès commercial que le pamphlet de Michel Onfray. Cela, qui est bien dommage, montre que l'ouverture d'esprit des ardents candidats à l'athéisme reste trop souvent à sens unique.

louiscornellier@parroinfo.net

L'Anti-Traité d'athéologie

Le système Onfray mis à nu

Matthieu Baumier

Presses de la Renaissance

Paris, 2005, 252 pages
3 commentaires
  • Gilles Beaudet Maison Marie-Victorin - Inscrit 4 janvier 2006 10 h 06

    Un coup d'oeil sûr , cette fois, chez Cornellier

    De cet article intellectuellement fort honnête, je tire un extrait: Comme l'écrit André Comte-Sponville: «Nous ne savons pas si Dieu existe. C'est pourquoi la question se pose d'y croire ou pas.» J'écrirais plutôt: "Nous ne voulons pas reconnaître que Dieu existe". Car, Dieu a touché notre terre par la présence charnelle de Jésus de Nazareth. Nous savons que Jésus existe, comme nous savons qu'EINSTEIN existe; en ce sens qu'Einstein a passé une période de vie sur notre planète, et que sa pensée, son action ont des prolongements en nous. Jésus, parfait témoin de la vérité la plus vraie, nous a fait connaître que Dieu existe, et qu'il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants.

    C'est bien là le portrait de notre malheureuse condtions humaine: les meilleurs sont victimes des plus vils. Non pas victimes toujours vaincues, mais victimes toujours ciblées et attaquées. Le livre de Michel Onfray, "Traité d'athéologie" en est d'ailleurs une des mille preuves, s'il en était besoin. Notre MLQ vicieux en est une autre preuve. Les lobbies qui font tourner en faveurs leurs vices la charte des Droits et libertés de la personne en sont une autre preuve.

    Nous savons, je sais que Dieu existe, puisqu'il me l'a fait savoir par la bouche de Jésus, le maître universel de la Vérité. Je trouve étrange qu'on boive les paroles de certains théoriciens comme des oracles absolus, tandis qu'on ignore systématiquement et par préjugé, les vrais enseignements que reprend la sainte Église, fidèle au Christ qui en est la tête. "Il est venu parmi les siens et les siens ne l'ont pas reçu" affirme Jean l'Évangéliste dès le premier siècle de l'ère chrétienne. Nous savons que Dieu existe, l'être le plus crédible en matière de Vie et de Vérité nous l'a fait savoir, mais nous préférons nier ce qui ne nous plaît pas et qui porte ombrage à notre orgueil d'humanistes bouffis de notre ego.

    J'apprécie le coup d'oeil judicieux de Louis Cornellier lorsqu'il identifie une "manoeuvre qui contribue surtout à entretenir une inculture religieuse porteuse de toutes les intolérances. "

  • Roland Berger - Inscrit 4 janvier 2006 19 h 26

    L'objectivisme, une maladie dangereuse

    Monsieur Corneiller, alors que je suis avec interet vos critiques depuis belle lurette, je ne peux m'empecher de vous exprimer ma profonde deception a la lecture de votre derniere critique. L'objectivisme est une maladie dangereuse et je ne peux m'empecher que pour la cangraine fait deja son oeuvre. Delivrez-vous du mal !

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 5 janvier 2006 14 h 29

    Entre foi et raison

    Je passerai sous silence les syllogismes de Maître Baudet (texto : Nous savons que Jésus existe, comme nous savons qu'Einstein existe (!) ou encore : les meilleurs sont victimes des plus vils) pour ne m'attarder qu'à votre article sur ce jeune essayiste et romancier de 37 ans, auteur de plusieurs romans policiers, dont entre autres «Les apôtres du néant» mettant en scène un prêtre soupçonné d'assassinat. Les polars de nature religieuse, tels les «Da Vinci Code» ou «Une retraite pas très spirituelle» se vendent très-bien-merci et Baumier comme Onfray d'ailleurs, profitent de la manne d'un marché fort lucratif.

    J'ai lu le Traité d'athéologie d'Onfray qui ne m'a pas semblé plus fouillé qu'il faut. Beaucoup de répétitions et de rabâchages sur les mêmes thèmes. Rien de plus facile que de démolir un ouvrage bâclé. Ceci ne lui enlève rien, mais s'attaquer en lieu et place à André Compte-Sponville aurait été, somme toute, pour Baumier fort malaisé voire même impossible.

    Dire comme Baumier que Dieu crée le monde par amour «mystère de la négation de la toute-puissance divine» n'est pas une preuve ontologique de son existence. et c'est d'un sophisme! Si c'est le genre d'argument qu'il sert à Onfray, je ne vois pas le «brio» (vous reprenez presque mot à mot les articles catholiques sur le web) c'est pas trop concluant comme déclaration.

    Michel Onfray attribue, avec raison, au christianisme une haine de la femme, de l'intelligence et de la science. Lisez plutôt les ouvrages d'historiens posés plutôt que des essayistes plus ou moins colorés. Des ouvrages tels que: Les quatre femmes de Dieu : La putain, la sorcière, la sainte et Bécassine de Guy Bechtel; l'histoire des femmes sous la direction de Georges Duby; ou encore l'Histoire de l'athéisme par Georges Minois, et vous aurez une version un peu plus juste de la réalité chrétienne depuis deux mille ans.

    Ceci dit, la foi est matière d'intuition (je n'ai pas dit de la grâce, et je ne vous parlerai pas de prédestination). Nous n'avons aucune preuve de l'existence de Dieu et encore moins, s'il existe, de sa nature profonde. Les croyants partent généralement de l'axiome suivant : « prouvez-moi que Dieu n'existe pas? ». Or, nous savons fort bien qu'en science on ne part pas de la négation pour prouver ce qui est. De même que pour les extraterrestres ou les fantômes, je n'ai pas à prouver que Dieu n'existe pas, mais à démontrer que Dieu est. C'est prendre le problème à l'envers de la raison. C'est aux croyants à démontrer que Dieu est. autrement que par leurs états d'âme.