Mariage gai - L'Église est menacée, dit Mgr Ouellet

Mgr Marc Ouellet a expliqué aux sénateurs que l’Église catholique canadienne s’inquiète des impacts du mariage gai sur la liberté de religion.
Photo: La Presse canadienne (photo) Mgr Marc Ouellet a expliqué aux sénateurs que l’Église catholique canadienne s’inquiète des impacts du mariage gai sur la liberté de religion.

Ottawa — À cause du projet de loi sur le mariage gai et de la volonté des couples gais d'être reconnus égaux, la liberté de religion est menacée au Canada, et ce, jusqu'à l'intérieur des églises catholiques, a fait valoir le cardinal Marc Ouellet.

Témoignant hier devant le comité sénatorial qui étudie le projet de loi, l'archevêque de Québec a souligné que la «menace» s'étend même jusqu'en chaire, où souvent des prêtres s'empêchent de faire des affirmations pour éviter de se faire taxer d'homophobie.

Le primat de l'Église catholique canadienne admet aussi que l'Église catholique s'inquiète des impacts du mariage gai sur son propre territoire.

Il cite comme exemple des couples homosexuels qui tentent en vain de faire baptiser un enfant, ou encore d'autres couples de même sexe qui essuient un refus en tentant de réserver une salle appartenant à un groupe religieux pour y célébrer leur mariage.

«Ce qui est inquiétant aussi, c'est qu'il se forme une espèce de climat où on n'ose plus dire ce que l'on pense, où on n'ose plus enseigner, même de la chaire; on se sent menacé si on dit quelque chose pour rappeler la morale sexuelle de l'Église», a déclaré le cardinal Ouellet.

«Même à l'intérieur de nos églises, il y a comme une espèce de pression, où on s'aperçoit que, si on parle comme ça, ça risque de déranger ou de nous faire accuser d'homophobie, de haine.»

Il ajoute du même souffle que l'Église catholique respecte les gais et lesbiennes, sans toutefois «approuver les actes homosexuels» et leur «style de vie».

Le cardinal Ouellet n'est pas le seul à entretenir des craintes. Il était flanqué hier de représentants de l'Église évangélique et du Conseil islamique, qui ont eux aussi affirmé voir dans le projet de loi une attaque à leur liberté de religion.

Le Sénat doit terminer sous peu l'étude du projet de loi qui officialise les mariages de couples homosexuels. Celui-ci devrait faire l'objet d'un vote final d'ici la fin de la semaine prochaine. À moins d'un revirement majeur, on s'attend que la mesure soit adoptée sans trop de problèmes, comme cela a été le cas lors du vote en deuxième lecture, où 43 sénateurs contre 12 ont donné leur appui au projet de loi.

Les sénateurs qui voteront en faveur de la loi devraient d'abord bien peser leur foi et agir en conséquence, a noté le cardinal Ouellet, qui ne semble pas trop enclin à privilégier les sanctions envers ceux et celles qui iraient à l'encontre de ce que dicte leur Église.

Pourtant, deux députés néo-démocrates, qui ont appuyé le controversé projet de loi, ont dû subir les foudres du prêtre de leur paroisse à la suite de leur décision. Joe Comartin, député de la région de Windsor en Ontario, très impliqué au sein de sa paroisse, s'est vu bannir des activités paroissiales par l'évêque de son diocèse.

Son collègue Charlie Angus, qui représente un comté du Nord ontarien, a pour sa part été avisé qu'on lui refusait maintenant la communion.

Monseigneur Ouellet privilégie le dialogue plutôt que la punition, rappelant que la religion catholique est formée «d'une communauté de pécheurs».

«Je crois qu'il doit y avoir fondamentalement un dialogue et pas nécessairement des punitions publiques comme celles que vous évoquez, a-t-il déclaré aux journalistes, après son témoignage. Cela pourrait arriver dans certains cas extrêmes, mais ce n'est pas l'attitude que nous prenons pour résoudre ces questions.»

Il a enjoint aux sénateurs de bien réfléchir aux conséquences de la mesure sur la société, la famille et l'institution du mariage.

Les arguments du cardinal Ouellet n'ont pas semblé convaincre les sénateurs en faveur de la mesure. Comme c'était le cas avec les députés aux Communes, les sénateurs ont en majorité des idées très tranchées sur le sujet.

La sénatrice du Nouveau-Brunswick, Pierrette Ringuette, a dressé un parallèle entre les Églises et des «clubs privés», avec des règlements précis que les membres doivent respecter.

«Je respecte ça, mais il y a tout un monde qui vit à l'extérieur des clubs», a-t-elle noté.

À l'autre bout du spectre, le sénateur conservateur Gerry St-Germain a dit craindre que les couples gais ne se contentent pas d'une modification de la définition du mariage.

«Je ne crois pas que la communauté gaie sera pleinement satisfaite avant que l'on accepte de réécrire la Bible pour en enlever les passages qu'elle n'aime pas», a lâché le sénateur de la Colombie-Britannique, qui voit lui aussi une atteinte à la liberté de religion dans le projet de loi.

Si le Sénat adopte le projet de loi, comme cela est prévu, le Canada deviendra le quatrième pays du monde, après la Belgique, les Pays-Bas et l'Espagne, à élargir le mariage aux couples de même sexe.

Pour le cardinal Marc Ouellet, l'adoption à venir de la mesure ne signifiera pas la fin de la bataille pour autant.

«La Cour suprême ne s'est jamais prononcée sur la question de la définition traditionnelle du mariage. Cette question est encore à débattre et la question juridique n'a pas été réglée», a-t-il expliqué, refusant toutefois de préciser si l'Église catholique serait prête à mener cette bataille juridique.