«Santo subito!»

Photo: Agence Reuters

Cité du Vatican — D'un côté, il y avait la foule, religieux, officiels et anonymes composant une immense mosaïque de couleurs, réunis pour des obsèques grandioses. De l'autre, le pape dans un simple cercueil en bois de cyprès, exposé devant la basilique Saint-Pierre.

Devant des dizaines de dirigeants venus du monde entier, un million de pèlerins et des centaines de millions de personnes dans le monde grâce aux télévisions, le cardinal allemand Joseph Ratzinger a présidé une cérémonie funèbre somptueuse, faisant l'éloge d'un pape qui a «porté une charge au-delà des forces purement humaines».

Vue du ciel, la place Saint-Pierre était multicolore: rouge, violette, blanche, jaune, noire...

Les 160 cardinaux qui concélébraient la messe, placés derrière l'autel, près de la façade blanche de la basilique, formaient une barre pourpre, leurs surplis ondoyant dans le vent. À côté des évêques dans leurs parements violets s'ajoutaient quelques centaines de prêtres officiant en tenues liturgiques blanches. Face à eux, le groupe des chefs d'État et des têtes couronnées en vêtements de deuil, assis sur des chaises dorées, formait une grande tache noire sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. Il y avait là George W. Bush, Jacques Chirac, Aleksander Kwasniewski, Mohammad Khatami, le roi Abdallah de Jordanie...

Il y avait aussi des gardes suisses, en livrée jaune et pourpre et casque à plumes rouges. Et au milieu du parvis, le cercueil du pape défunt, placé sur un tapis persan devant l'autel. Apporté par 12 hommes vêtus de noir et accompagné par un chant grégorien de requiem, il a été salué à son arrivée par un long applaudissement des fidèles. Et des sanglots.

L'entrée de la basilique, ornée d'un crucifix, était drapée d'un rideau de velours rouge avec une tapisserie figurant la résurrection du Christ. Sur la partie de la place réservée aux simples fidèles dominaient le blanc et le rouge, couleurs de la Pologne, tout comme sur la grande avenue qui y conduit, la via della Conciliazione, et dans les rues voisines, où des écrans géants retransmettaient la messe pour ceux restés bloqués là, faute de place.

Ils étaient des milliers de compatriotes du pape, venus avec d'immenses drapeaux nationaux, brandis haut quand la foule a réclamé la canonisation immédiate du souverain défunt. «Santo, santo subito!» («Qu'il soit fait saint tout de suite!»), ont scandé des milliers de fidèles, interrompant l'homélie.

Pour le clergé, les Polonais et les handicapés, des espaces spéciaux avaient été prévus.

Un million de fidèles étaient rassemblés à Rome pendant la cérémonie, selon l'agence de presse italienne Ansa. Rien que sur la place Saint-Pierre et sur la via della Conciliazione, ils étaient 300 000. Des centaines de milliers d'autres suivaient simultanément la messe sur des écrans géants à Tor Vergata, au sud de Rome.

Sous un ciel voilé, le vent a fait voler les surplis des cardinaux et les bannières déployées par la foule. Il a fait tourner les pages du grand livre de l'Évangile posé sur le cercueil gravé d'un M, pour la Vierge Marie, que Jean-Paul II a toujours considérée comme sa protectrice.

Le cardinal Ratzinger, gardien de la doctrine de l'Église et doyen du collège des cardinaux, a dit son homélie, souvent interrompu par de longs applaudissements.

Le choeur de la chapelle Sixtine, hommes et jeunes garçons en robes blanches qui officient pour toutes les grandes cérémonies pontificales, a chanté en grégorien les parties les plus solennelles de la messe, comme le Kyrie ou le Sanctus.

On a prié en français, en swahili, en polonais, en portugais, en allemand. On a chanté en latin, langue officielle de l'Église, mais aussi en grec, selon le rite des Églises orientales.

Des représentants du Kenya, du Mexique, de la Corée du Sud, de la Pologne et de bien d'autres pays se sont avancés, portant des calices contenant du vin.

Puis, il y a eu la communion. Une armée de prêtres a distribué des hosties à la foule avant de nouvelles prières, en partie issues du rite funéraire byzantin.

À la fin, sous les applaudissements, le cardinal Ratzinger a aspergé le cercueil d'eau bénite.

Avant de l'emporter dans la basilique, les 12 porteurs l'ont encore fait pivoter vers les fidèles qui pleuraient «le pape du peuple».

Les cloches ont sonné.

Puis, loin des caméras, Karol Wojtyla, 264e pape de la chrétienté, est entré dans la crypte dans son cercueil en bois, après 26 ans et cinq mois de règne, pour reposer près de la sépulture de saint Pierre, dans le caveau occupé avant lui par Jean XXIII, qui repose depuis 2000 dans la basilique.

Une tombe toute simple, avec une dalle en marbre blanc indiquant en latin: «Joannes Paulus II, 1920-2005».