Retrait d’un accord permettant les prières mixtes

Des hommes issus de la communauté juive ultraorthodoxe prient au mur des Lamentations. Le lieu de prière est actuellement ségrégué entre espaces réservés aux hommes et aux femmes.
Photo: Thomas Coex Agence France-Presse Des hommes issus de la communauté juive ultraorthodoxe prient au mur des Lamentations. Le lieu de prière est actuellement ségrégué entre espaces réservés aux hommes et aux femmes.

Le mur des Lamentations à Jérusalem est devenu lundi l’épicentre d’une polémique politicoreligieuse après l’abandon par le premier ministre Benjamin Nétanyahou d’un accord prévoyant des prières mixtes d’hommes et de femmes sur le site le plus sacré du judaïsme.

Le cabinet de M. Nétanyahou a décidé, lors d’un vote dimanche, d’annuler cet accord conclu en janvier 2016 sous la pression des partis ultraorthodoxes religieux, dont l’appui est indispensable pour assurer sa majorité.

Cette remise en cause a suscité une pluie de critiques à propos du danger qu’une telle décision pourrait avoir pour les relations entre Israël et les juifs américains, la plus importante communauté de la diaspora.

Si nous comptons sur le soutien des juifs à l’étranger, nous devons nous assurer que l’égalité religieuse soit assurée, car la sécurité d’Israël est en jeu

Le pouvoir des traditions

Les ultraorthodoxes, qui ont une interprétation rigoureuse des lois religieuses, sont minoritaires au sein de la communauté américaine face aux courants libéraux et réformés, qui ont une vision moins stricte, notamment sur le rôle des femmes.

Actuellement, les hommes et les femmes prient séparément au mur des Lamentations, qui est sous le contrôle exclusif des ultraorthodoxes. Selon les termes du compromis de l’an dernier, un secteur du Mur devait être créé pour des prières mixtes. Mais le gouvernement l’a finalement annulé.

Cette décision a provoqué de vives tensions. L’Agence juive, un organisme paraofficiel responsable de l’immigration juive qui avait contribué au compromis a annulé un dîner avec le premier ministre qui était prévu lundi soir.

Yaïr Lapid, une des figures de l’opposition centriste, a affirmé que la volte-face du gouvernement faisait d’Israël « la seule démocratie au monde sans égalité pour les juifs » tout en l’accusant d’avoir cédé aux « pressions politiques » des partis ultraorthodoxes, qui représentent environ 10 % de la population. Ces formations membres de la coalition au pouvoir comptent 13 députés sur 120, alors que la majorité actuelle compte 66 députés.

Benjamin Nétanyahou n’a pas fait de commentaire publiquement, mais le secrétaire de son cabinet, Tzachi Braverman, a affirmé dans un communiqué que le premier ministre continuait à préconiser un dialogue « afin de trouver une solution ».

Le mur des Lamentations est un mur de soutènement, vestige du Second Temple juif détruit par les Romains en l’an 70.

Le compromis de 2016 approuvé par le cabinet n’a en fait pas été appliqué sous l’influence des ultraorthodoxes, qui ne voulaient pas en entendre parler. La Cour suprême s’est elle aussi retrouvée impliquée dans la polémique. Elle doit statuer bientôt sur un recours présenté par des mouvements juifs libéraux visant à appliquer le compromis en créant un espace mixte.

Mobilisation

À l’étranger, les mouvements religieux non orthodoxes américains sont montés au créneau. « La décision du premier ministre constitue une insulte inconcevable à la plus grande partie du judaïsme mondial », a affirmé le rabbin Rick Jacobs, dirigeant de l’Union pour le judaïsme réformé dans un communiqué. Il a annoncé en signe de protestation qu’il avait annulé une rencontre prévue jeudi avec Benjamin Nétanyahou.

L’affaire est d’autant plus délicate que le soutien des juifs américains et des États-Unis, l’allié le plus solide d’Israël, est jugé vital tant pour son soutien diplomatique que pour son aide militaire annuelle, qui s’est élevée à 3 milliards de dollars ces dernières années.

« On ne peut pas laisser des considérations bassement politiques menacer l’unité du peuple juif », estime Yohanan Plesner, président de l’Institut pour la démocratie israélienne, un groupe de réflexion influent.

« Si nous comptons sur le soutien des juifs à l’étranger, nous devons nous assurer que l’égalité religieuse soit assurée, car la sécurité d’Israël est en jeu », ajoute-t-il.

À ces arguments, les ultraorthodoxes répliquent que des prières mixtes constitueraient une violation de la tradition juive. Hommes et femmes prient séparément dans les synagogues.

« Il n’a qu’un seul mur des Lamentations pour un seul peuple. Je n’accepterai aucune tentative d’imposer une loi juive ou une Thora différente », a proclamé le ministre des Affaires religieuses, David Azoulay, du parti ultraorthodoxe Shass, à la radio de l’armée.

2 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 27 juin 2017 10 h 17

    Infériorité ou insecurité

    Un dromadaire est un dromadaire, un être humain est un être humain. Femme ou homme ne change en rien notre âme. On pleur et on aime pareil.

    Ces traditions ont sûrement leurs sources dans nos perceptions. Cependant, cela ne vient certainement du plus beau mais du plus sombre de nos cœurs...de nos peurs des différences, de nos sentiments d'infériorité, de notre besoin futile de domination.

    Bref à sa source, le sexisme est à l'image du racisme. Çela n'aide pas les peuples à améliorer leur qualité de vie que d'écouter ces émotions négatives.

    On a encore du chemin à faire dans le "vivre ensemble!".

  • Pierre Robineault - Abonné 27 juin 2017 11 h 21

    Vraiment?

    A-t-on vraiment besoin d'un mur pour se lamenter? Pour bouder, peut-être que si!