Des juifs hassidiques quittent une «consultation bidon» à Outremont

La possibilité que l’arrondissement montréalais d’Outremont interdise l’ouverture de nouveaux lieux de culte sur deux de ses artères commerciales a encore soulevé les passions, mardi soir, quand des dizaines de membres de la communauté hassidique ont quitté avec fracas une consultation citoyenne sur la question.

« Consultation bidon », pouvait-on lire sur les affiches qu’avaient préparées des juifs hassidiques insatisfaits du processus de consultation mis de l’avant par l’arrondissement.

Comme d’autres, une femme hassidique exprimant son opinion sur la nouvelle réglementation a été rappelée à l’ordre afin qu’elle respecte les trois minutes de parole auxquelles étaient limités les intervenants. La tentative d’abréger son temps au micro a dérangé une partie de la foule : tous les juifs hassidiques qui se trouvaient dans la salle en sont sortis en bloc.

« Nous nous sentons visés », a déclaré Abraham Ekstein, déçu.

Deux rues ciblées par la réglementation

Le changement, tel qu’il est désormais proposé par l’arrondissement, servirait à interdire l’ouverture de nouveaux lieux de culte sur les avenues Laurier et Bernard entre la rue Hutchison, à l’est, et l’avenue de l’Épée, à l’ouest.

Mais cette modification cache les réelles intentions de l’arrondissement, croient des membres de la communauté hassidique. « Le chat est sorti du sac ! La mairesse a dit expressément qu’elle voulait interdire tous les lieux de culte à Outremont, a pesté Abraham Ekstein. Ces deux rues [Laurier et Bernard] sont les deux dernières rues », a-t-il souligné.

« On parle de limiter, li-mi-ter le nombre de lieux de culte », avait pourtant insisté la mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars, plus tôt dans la soirée. Ses précisions n’ont pas suffi. « La mairesse écoute, mais seulement les gens qui partagent son avis », a avancé M. Ekstein, qui estime que les chances de trouver une solution seraient meilleures si la mairesse Cinq-Mars acceptait une rencontre privée avec des représentants de sa communauté.

Un an de débats houleux

Voilà plus d’un an que des résidants d’Outremont s’entre-déchirent à propos de cette modification de zonage. Dans une proposition antérieure, Outremont prévoyait d’autoriser l’ouverture de nouveaux lieux de culte dans un secteur précis de l’arrondissement. Cette suggestion a été abandonnée depuis la relance du processus de consultation, en avril, à la suite d’erreurs dans les cartes préparées par la Direction de l’aménagement urbain.

La mairesse Marie Cinq-Mars, à la tête d’un arrondissement où près du quart des résidants sont de religion juive, se défend de cibler la communauté hassidique avec le projet de règlement. Or la modification au règlement de zonage a initialement été proposée par l’arrondissement après que des membres de la communauté hassidique eurent demandé de mettre en place un centre communautaire pourvu d’un bain juif sur l’avenue Bernard, a souligné un résidant.

« Si le règlement est adopté, j’aimerais qu’on indique qu’il vise deux synagogues », a fait valoir le citoyen, qui a évoqué un règlement antisémite.

À l’inverse, des Outremontais se sont déplacés pour exprimer leur appui au règlement. Parmi eux, Daniel Major est venu déposer une pétition signée par 1350 citoyens favorables à la modification de zonage. Les lieux de culte sont exemptés de taxes foncières, municipales ou scolaires en vertu de la Loi québécoise sur la fiscalité municipale, a-t-il rappelé. « Enlever un commerce, ça a pour effet de diminuer la densité commerciale », a-t-il aussi indiqué, en ajoutant que cette perte de densité pourrait priver l’arrondissement de subventions.

Émile Kutlu, président de l’Association des commerçants de l’avenue Laurier Ouest, y est allé d’une observation semblable. « La vitalité économique d’une artère se mesure par la quantité et la continuité des commerces ,et les lieux de culte font diminuer l’offre commerciale », a-t-il fait valoir.

Les élues du conseil municipal d’Outremont se prononceront sur l’adoption, ou non, du nouveau règlement le 30 mai. Advenant son adoption, les citoyens d’Outremont pourraient demander un référendum sur la question. Les membres du conseil seraient ensuite liés à la décision exprimée par le scrutin populaire.

3 commentaires
  • Lise Bélanger - Abonnée 25 mai 2016 06 h 20

    Et quel silence sur toutes ces multiples synagogues illégales à Outremont. Il y a des lois sur le nombre de lieux de culte permis dans une zone. Mais on n'ose pas s'y attaquer, car les réponses agressives et souvent devant les tribunaux exaspèrent les dirigeants qui préfèrent fermer les yeux. Également, ne pas perdre de l'électorat.

    Outremont a bien changé.

  • Raymond Labelle - Abonné 25 mai 2016 09 h 53

    Des commerces c'est beaucoup plus payant que des synagogues...

    ...mentalité de centre d'achats.

    Et soumettre les aspirations d'une minorité à un référendum pose un problème - c'est la majorité qui se prononce à un référendum.

    Y en a-t-il tant que ça des synagogues? Quel pourcentage de pertes fiscales cela représente-t-il sur la totalité des revenus fiscaux?

    Difficile de ne pas se poser des questions sur la tolérance.

    Peut-être que, de façon générale, les lieux de culte pour toutes les religions ne devraient pas être exemptés des taxes municipales, mais ce traitement devrait être homogène à l'échelle provinciale et prévu par cette juridiction.

  • Bernard Cooper - Abonné 26 mai 2016 11 h 41

    Les conséquences de la croissance illimitée d'un group intégriste

    Peu importe pour moi les impacts fiscaux, les lieux de cultes des intégristes hassidiques n’ont pas de place sur des belles artères comme Bernard et Laurier ouest. Si c’est intolérant de vouloir conserver Outremont comme quartier bourgeois, avec une architecture et des jardins soignés, et bien je me réclame de cette intolérance! La croissance illimitée d’une communauté fermée sur elle-même —à coup de 6 à 8 enfants par génération, et misant sur la non-éducation et le lavage de cerveaux patriarcal digne d’une secte— ne peut pas se faire sans conséquences dérangeantes dans un quartier urbain déjà densément peuplé.