Légionnaire du Christ ou du diable?

Des prêtres attendent une canonisation en avril 2014.
Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse Des prêtres attendent une canonisation en avril 2014.

Le prêtre mexicain Marcial Maciel Degollado a longtemps été en odeur de sainteté au Vatican. Fondateur et supérieur général de la congrégation des Légionnaires du Christ, présente au Mexique, en Espagne, en Italie, en Irlande et aux États-Unis, le père Maciel était le protégé du pape Jean-Paul II, qui le considérait comme un prêtre modèle. Dans L’affaire Maciel, Franca Giansoldati présente pourtant Maciel comme « l’homme le plus malfaisant que l’Église ait connu depuis des siècles ». Son histoire, abracadabrante et diabolique, était déjà en partie connue. La journaliste italienne l’expose en détail.

Tenu pour un parangon de vertu par les autorités de l’Église, adoubé par Jean-Paul II à de nombreuses reprises, le père Maciel a multiplié les agressions sexuelles sur de jeunes séminaristes, a abusé des stupéfiants pour stimuler ses perversions, a vécu dans un luxe ostentatoire tout en prêchant les vertus de la pauvreté, a pratiqué le plagiat et a emprunté de fausses identités pour se marier avec deux très jeunes femmes — l’une mexicaine, l’autre espagnole —, avec qui il a eu des enfants. En 2008, un de ses fils l’accusait lui aussi d’agression sexuelle.

Toute la vie du prêtre sent le soufre. Fils de deux ardents catholiques engagés dans la rébellion des années 1920 contre un État mexicain violemment anticlérical, Marcial Maciel a été expulsé de deux séminaires, pour des affaires sexuelles, avant d’être ordonné prêtre en 1944. Cette même année, un père l’accuse déjà d’agression sexuelle sur son jeune fils.

Habile manipulateur, le prêtre noie le poisson et reste libre de se consacrer à la construction de son empire (universités, séminaires, écoles, agence de presse, etc.). Il reçoit l’appui des élites cléricales et économiques d’Amérique du Sud et du Vatican, qui trouvent en lui l’« anticommuniste féroce » dont elles ont besoin. Maciel, en effet, voit des complots juifs, maçonniques et communistes partout et s’oppose radicalement à la théologie de la libération. Jean-Paul II a son homme. Les Légionnaires du Christ sont nombreux (en 2010, ils comptent encore 867 prêtres et plus de 2000 séminaristes) et très conservateurs. La congrégation, qui brasse des milliards, a beau avoir toutes les apparences d’une secte, le Vatican ne peut lever le nez sur son succès.

Le rôle de Ratzinger

En 1997, huit anciens séminaristes envoient une lettre à Jean-Paul II, dans laquelle ils accusent formellement Maciel d’agressions sexuelles. Des proches du pape s’emploient à étouffer l’affaire, mais, scandalisé, le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, entend faire la lumière sur ces allégations. Il faudra d’ailleurs attendre l’élection, en 2005, de Ratzinger au poste de pape pour que Maciel soit vraiment mis en cause. Le mal aimé Benoît XVI apparaît comme le héros de cette sordide histoire, selon la journaliste italienne. Contre une raison d’État qui cherche à protéger la réputation du Vatican, le pape allemand choisit la vérité et la justice.

En 2006, malheureusement, dans « un chef-d’oeuvre d’hypocrisie diplomatique », le Vatican, obligé d’agir après l’enquête sur Maciel, se contentera d’inviter le prêtre méphistophélique à faire pénitence et à renoncer à tout ministère public, sans plus. « Il continua cependant à se comporter comme si de rien n’était », note Giansoldati avec dépit. Benoît XVI, toutefois, ne lâchera pas le morceau et forcera le Saint-Siège à dénoncer officiellement les agissements de Maciel en 2010. Plusieurs lui en tiendront rigueur, et il est possible que cet épisode ait joué dans son renoncement de 2013.

Le légionnaire du diable que Jean-Paul II prenait presque pour un saint est mort en Floride, en 2008, à l’âge de 87 ans. Ses victimes, elles, toutes catholiques, vivent la mort dans l’âme. Ça fait mal à la foi.

L’affaire Maciel

Franca Giansoldati, traduit de l’italien par Sophie Royère, Albin Michel, Paris, 2015, 176 pages

8 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 9 novembre 2015 02 h 51

    Croire ou ne pas croire

    C'est la question que je me pose souvent, qu'est ce que la foi et qu'elle en est les caractéristiques, tout a coup que c'est un énorme placébo, parce que nous ignorons tout, de la vie, peut etre qu'il y a tres tres longtemps des humains ont découverts un peu comme Pascal a fait, qu'entre croire et ne pas croire, il vaut mieux croire, que la différence entre un placébo et un médicament est tellement tenu

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 9 novembre 2015 05 h 20

    il y a trop de bourreaux, qui violent des flos comme on fait un boulot...

    Mon Dieu promets-moi que l'enfer existe ( bis)

    Ou tu es la pire immondice que l'humain aie créé.

    A son image qu'ils disent, quel fumier alors!

    Je crache sur la religion catholique!
    Si j'ai un jour un enfant, pas de baptême.
    Il n'entendra aucune bondieuserie, que des légendes autochtones. même à noël que j'appellerai la fête de la famille, et où la crèche sera pleine de play mobiles.
    Si c'est une fille, elle ne portera surtout pas le nom de Marie. Ca ne m'épate guère une fille qui fut en cloque sans déduits, car si je Me reproduis un jour, le moment le + grisant sera justement la conception. Moi je verrais rouge de porter un bébé que je n'ai pas eu le plaisir de fabriquer en équipe. Marie, elle craint, elle a lavé le cerveau de son fils en lui débitant qu'il était le fils de Dieu et il est devenu cinglé et convaincu, et a fini par se faire crucifier tant il dérangeait. Je suis singulierement sévère envers les mauvaises mères Laissant crever leurs enfants avant elles, en conservant une image de ste éplorée s'étant "sacrifiée" pour un trouble-fête, alors qu'il n'était victime que de son éducation. Il n'y a rien de sensé ds des bobards immémoriaux ou l'on s'extasie devant une madone si "pure" qui s'est fait "engrosser par un ange", sans sale phallus, donc sans "souillure".

    Allo? Y a-t-il quelque chose de plus Naturel et Sain que le sexe? Dans combien de siecles percuterons-nous que c'est absolument gaga de penser qu'un humain soit le fils de Dieu, ( si vaniteux de se figurer Dieu humain), car il est né sans saillie? C'est tellement dénaturé comme théorie.

    Et s'ils cessaient de démoniser le sexe, passe-temps le plus santé et le plus gratuit sur terre, peut-être que leur dégénérés de prêtres cesseraient de prendre des petits gars complètement innocents comme foutoir en catimini.

    Je hais la religion catholique. Elle me choque plus que l'islam.

    Heureusement que Stéphane n'est plus au pouvoir, mon aveu m'aurait coûté une ligne sur écoute!

    • François Dugal - Inscrit 9 novembre 2015 08 h 00

      Madame Bouchard, le SCRS lit "religieusement" Le Devoir à chaque jour; le courrier du lecteur y est particulièrement prisé (et fiché).

  • Michel Lebel - Abonné 9 novembre 2015 07 h 34

    Tous pécheurs...

    Qui dit vrai dans tout cela? Il faut bien se poser la question. N'oublions jamais que l'Église(le peuple de Dieu) est faite de pécheurs et que nous le sommes tous. Et que la foi ne sera jamais une affaire rose-bonbon!

    M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 novembre 2015 16 h 37

      Le problème, c'est que l'Église semble sévir davantage contre les divorcés remariés que contre ce genre d'individu...

  • François Dugal - Inscrit 9 novembre 2015 08 h 01

    La vertu

    S'ils ne prêchaient pas la vertu, ça serait moins pire.

  • Marcel Plamondon - Abonné 9 novembre 2015 09 h 09

    Légende, réalité et subversion

    Les évangiles sont des légendes fortement plagiées des récits égyptiens (Eugen Drewermann). L'important n'est pas l'histoire religieuse de ces textes mais leur portée symbolique qui crée une rupture radicale avec une vision du monde préhistorique (http://www.lavie.fr/culture/essais/rene-girard-gen En d'autres mots, le christianisme a réhabilité la <<victime>>, a redonné ses droits à tous les bafoués de la vie à qui ont fait porter les malheurs du monde (ex. la stigmatisation des dits BS dans nos sociétés). Bon, d'accord que les religieux ne sont pas des modèles de vertus...mais cela n'enlève rien au message lui-même.