«Qui suis-je pour juger» les homosexuels?

Le pape François
Photo: Luca Zennaro AP Le pape François

«Qui suis-je pour juger » les homosexuels ? Comme jamais auparavant dans l’histoire du catholicisme, le pape François a ouvertement abordé, avec des journalistes, la question de l’homosexualité, tout en condamnant tout « lobby gai » et sans infléchir la doctrine de l’Église.

 

Parlant dans l’avion qui le ramenait du Brésil, le pape argentin a répondu avec une grande franchise aux questions sur la présence d’homosexuels dans l’Église et dans son gouvernement central. Au Vatican, « ils disent qu’il devrait y en avoir », a-t-il dit.

 

Tout le monde le sait, mais personne ne le dit : il y a dans le petit État, comme ailleurs, des prélats et des laïcs gais, compétents, professionnels. « Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, c’est de faire du lobbying. Lobbying politique, lobbying maçonnique, quel qu’il soit. On écrit tant sur ce lobby gai. Faire du lobbying, c’est le problème le plus grave selon moi. Et je vous remercie beaucoup d’avoir posé la question », a lancé François.

 

« Si une personne est gaie et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? , a-t-il demandé. Le catéchisme de l’Église catholique explique si bien cela. On ne doit pas marginaliser ces personnes qui doivent être intégrées à la société. »

 

Pour la première fois, un pape parle de ce sujet très chaud, avec simplicité, en public. Il reconnaît qu’il soulève des questions : c’est la nouveauté.

 

Ces propos ont été applaudis par des associations homosexuelles, qui y décèlent une évolution. Mais s’il y a une évolution, ce n’est pas dans la doctrine - l’homosexualité reste un acte « désordonné » -, c’est dans le regard porté par les prêtres et les évêques. Moins un regard de juge qu’un regard qui ouvre sur l’espérance et l’avenir.

 

Péchés de jeunesse

 

Dans la réponse à la même question, le pape a encore souligné que « tant de fois dans l’Église, on va chercher des péchés de jeunesse », en examinant le passé des gens. Ces « péchés de jeunesse » sont totalement à distinguer « des délits » comme « les sévices sur mineurs », a-t-il précisé. Une distinction appréciée par des militants homosexuels qui y ont vu la fin d’un amalgame homosexualité-pédophilie, parfois fait dans les hautes sphères du Vatican. « Des laïcs, des prêtres, des soeurs ont commis des péchés, se sont confessés et se sont convertis. Or, quand le Seigneur pardonne, il oublie tout. » C’est pour cela que « nous n’avons pas le droit de ne pas oublier », a ajouté le pape.

 

Le catéchisme de l’Église catholique auquel se réfère Jorge Mario Bergoglio exprime le respect pour les personnes mais le rejet des actes, dans une dichotomie difficilement tenable. Il propose un modèle de chasteté tout en sachant très bien qu’il est un idéal.

 

Pour l’Église, donc, l’homosexualité reste « intrinsèquement désordonnée » et ses actes « ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas ». Les gais et les lesbiennes « doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse, sans discrimination », mais ils « sont appelés à la chasteté ».

 

« Rien de nouveau sous la coupole », a souligné Aurelio Mancuso, militant homosexuel et catholique, président d’Equality Italia. « Après tant d’insultes reçues de la hiérarchie catholique, les paroles sont très importantes », concède-t-il, critiquant toutefois la référence au catéchisme, selon lequel l’homosexualité est « contraire à la loi naturelle ».

 

Pour les associations progressistes américaines, ces paroles sont un « pas dans la bonne direction, même symbolique » qui doit aller plus loin, a estimé dans un communiqué Catholics United, une association américaine catholique progressiste, très critique de la hiérarchie.

 

Et le mariage?

 

Une partie de l’Église espère une évolution sur la question homosexuelle. Non seulement les mouvements progressistes de gauche et les associations chrétiennes homosexuelles, mais plusieurs évêques et cardinaux, qui ont pris position ces dernières années pour davantage de respect à l’égard des homosexuels.

 

L’ancien cardinal conservateur Bergoglio, dans ses propos mesurés, semble s’inscrire dans cette ligne : pragmatisme, respect, ce qui ne signifie pas approbation de cette forme de sexualité.

 

Et encore moins approbation du mariage homosexuel : « Vous connaissez parfaitement la position de l’Église », a-t-il sèchement répondu à ce propos, refusant même d’entrer dans le débat. Un refus aussi catégorique que lorsqu’il était cardinal à Buenos Aires.

 

 

Washington, États-Unis - Les paroles du pape François qui ne veut pas « juger » les homosexuels ont été accueillies lundi avec satisfaction par des associations progressistes américaines comme un « pas dans la bonne direction, même symbolique », qui doit aller plus loin.

 

« Pendant des années, il y a eu une crise de gouvernance dans l’Église, avec des membres de la hiérarchie se trompant de priorité », a estimé dans un communiqué Catholics United, une association américaine catholique progressiste, très critique de la hiérarchie.

 

Les « déclarations du pape sur les homosexuels, même largement symboliques, sont un grand pas dans la bonne direction », poursuit le communiqué.

 

Le pape François a condamné le « lobby gai », mais a affirmé ne pas juger les homosexuels, y compris dans l’Église, dans une conférence de presse tenue dans la nuit de dimanche à lundi dans l’avion entre Rio de Janeiro et Rome.

 

« Même si les mots du pape François ne s’accompagnent pas d’un changement dans la politique de l’Église, le changement de ton est significatif », a ajouté pour sa part Human Rights Campaign, une des principales associations progaies, selon qui « la réponse largement positive qu’ont suscitée ses propos dans le monde montre que les catholiques ont soif de changement ».

 

Néanmoins, « aussi longtemps que les millions d’homosexuels catholiques et de couples s’entendront dire dans les églises qu’ils vivent dans le péché […] l’Église leur enverra un message qui fait mal », ajoute l’organisation qui estime qu’il est « temps d’envoyer des messages positifs ».

 

En revanche, Catholics United a estimé qu’il fallait « faire plus en ce qui concerne le rôle des femmes dans l’Église ».

 

« Les déclarations du pape concernant le rôle des femmes dans l’Église nous font chaud au coeur, mais nous espérons que ses mots s’accompagnent d’une vraie réforme », ajoute le communiqué de l’organisation qui milite pour l’ordination des femmes.

 

Au cours du même entretien dans l’avion, le pape a affirmé que le rôle des « femmes actives dans l’Église » devait être approfondi, tout en refusant catégoriquement leur ordination.

18 commentaires
  • Chantale Desjardins - Inscrite 30 juillet 2013 06 h 15

    Rien de neuf...

    Le Pape tient le même discours que ses prédécesseurs et nous ne verrons pas une femme ordonnée prêtre bientôt. Connaissez-vous une religion où les femmes sont reconnues à l'égalité des hommes? Et les homos? Toujours la même marotte.
    De toute façon, nous n'avons pas besoin des religions qui sont la cause de beaucoup de lutte dans le monde. Quand va-t-on abolir les cours d'éthique dans nos écoles?

    • Daniel Laviolette - Inscrit 30 juillet 2013 10 h 22

      Madame, abolir la partie d'éthique de ce cours qui tente de donner des valeurs humaines et sociales à nos jeunes dans un monde qui manque de repères, serait une erreur.

      Vous voulez sûrement parler de la partie: culture religieuse du cours. Cette partie du cours présente les religions sous l'aspect historioco-culturel et non sous l'angle de la foi. La connaissance et le savoir de ce cours permet aux jeunes de comprendre la réalité de notre monde. Vouloir ignorer les connaissances dans le domaine religieux nous prive d'une clé qui ouvre une certaine compréhension réelle de notre monde. Comment comprendre, sans les connaissances religieuses: la révo tranquille, Le conflit irlandais, le fondamentalisme religieux, les guerre au M-O, le conflit israëlo-palestinien, la fondation des États-Unis, etc etc . ll faut connaitre notre monde dans sa globalité pour l'améliorer et le changer et non pas en pronant l'obscurentisme religieux.

  • Michel Lebel - Abonné 30 juillet 2013 06 h 51

    Rien de nouveau!

    Rien de nouveau dans les propos du pape François! Selon les Évangiles et la doctrine catholique, seul Dieu juge. Passons!

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 juillet 2013 10 h 59

      Mais les prêtres peuvent pardonner ou non. Au nom de Dieu.

  • Clyde Paquin - Inscrit 30 juillet 2013 06 h 53

    Progrès?!

    Peu importe si le "ton" change... je trouve que l'on se contente de bien peu. Le contenant a changé, pas le contenu, et le pape devra toujours être fidèle au contenu. Que l'on cesse donc de toute façon de vouloir "changer l'Église", il y a des choses qui ne changent pas, surtout lorsqu'elles sont construites sur ce qu'il faudrait changer. Pour que les homosexuels et les femmes soient considérés comme des êtres humains à part entière par l'Église catholique, il faudrait carrément une nouvelle religion. Arrêtez de vous battre afin d'y entrer, ou sortez-en si vous y êtes. Dieu, et même Jésus n'ont rien à voir avec cette organisation; beaucoup trop humaine.

  • France Labelle - Inscrite 30 juillet 2013 07 h 02

    Changement de ton

    C'est bien résumé.

    Changement de ton, pas dans la bonne direction mais pas vraiment d'acceptation puisqu'ils doivent toujours changer pour se conformer à la doctrine (qui repose sur quoi d'ailleurs, j'espère que c'est pas la psychanalyse).

    Seront-ils bénis Place St-Pierre avec les chats, les chiens et les motards en Harley?

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 30 juillet 2013 08 h 55

    Parler pour parler

    Le sous titre décrit bien la position de l'Église catholique et de ses papes : "Le pape parle autrement de l’homosexualité sans toutefois dévier du discours traditionnel de l’Église catholique." C'est ce qu'on appelle parler pour parler!

    • Pierre Brassard - Inscrit 30 juillet 2013 10 h 45

      Votre commentaire est à propos.

      Le parlotage médiatique est souvent comme ça. On fait dire pour dire..

    • Franklin Bernard - Inscrit 31 juillet 2013 10 h 10

      Messieurs Marcil et Brassard, qu'on soit d'accord ou non avec les propos du pape, vos deux commentaires sont d'un incroyable mépris. Le pape dit lui-même «Qui suis-je pour juger les homosexuels?» Et vous, qui êtes-vous pour ricaner devant le courage d'un chef spirituel qui n'hésite pas à aborder publiquement un sujet hautement délicat? Je ne suis pas catholique, en fait, je ne suis même pas croyant, et l'Église romaine n'a aucun attrait pour moi, mais je trouve vos petits commentaires bas et inutiles.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 31 juillet 2013 11 h 47

      Pour ma part, je ne vois aucun mépris dans ces propos, ils constatent la réalité. Il est très clair que la position de l'église sur le caractère immoral de l'homosexualité ne bouge pas d'un iota. Que par ailleurs, le catholicisme invite à ne pas juger les pécheurs, tout en n'encourageant pas le péché, ça n'a rien de nouveau. C'est effectivement parler pour ne rien dire.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 31 juillet 2013 12 h 13

      Votre commentaire est très juste M. Marcil. Moi je considère que l'église est toujours en retard sur la réalité de la société. L'église parlemente, joue avec les mots, juste pour sauver les meubles, sauver l'institution. Mais rien ne bouge. C'est le propre d'une église d'être bétonnée sur ses fondements venus de l'au-delà, qui ne viennent pas de la nature humaine, mais d'un lieu et espace supposément sur-naturel.

      Les femmes principalement et autres groupes comme les homosexuels ( dont plusieurs clercs font secrètement partie ), ces groupes donc ont compris qu'ils ne doivent plus perdre leur temps à essayer d'émanciper l'église ( catho, évangélistes, nommez-les toutes ). Le changement se produit dans une société laïque, d'où la désertion des églises constatée par tous.