Un successeur québécois? - Le départ de Benoît XVI laisse la porte ouverte au cardinal Marc Ouellet

Le cardinal Ouellet et le pape Benoît XVI, qui a renoncé à sa fonction lundi, lors d’une messe pour l’Amérique latine au Vatican, en décembre 2011.
Photo: Agence France-Presse (photo) Riccardo de Luca Le cardinal Ouellet et le pape Benoît XVI, qui a renoncé à sa fonction lundi, lors d’une messe pour l’Amérique latine au Vatican, en décembre 2011.

En renonçant à la papauté, Benoît XVI laisse l’Église catholique devant de grandes questions. La possibilité que le Québécois Marc Ouellet devienne pape est une hypothèse prise au sérieux. En effet, tout peut arriver lors du mystérieux conclave qui tranchera la question.

Bien malin celui qui pourra présumer du résultat de l’élection, note le doyen de la Faculté de théologie de l’Université Laval, Gilles Routhier. « Un conclave réserve souvent des surprises, dit-il. Une des choses importantes à retenir, c’est que c’est imprévisible. » Oui, le cardinal Ouellet a ses chances, mais « il faut penser qu’il y a d’autres gens qui sont en vue et qui émergeront comme candidats possibles. »


Côté surprises, le conclave se compare aux courses à la chefferie des partis politiques, selon lui. Il pense notamment à l’élection de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral en 2009. Personne ne l’avait vu venir et le processus était beaucoup plus transparent.


Les cardinaux qui choisiront le nouveau pape doivent se réunir pour le vote au plus tard le 20 mars. Lundi, le porte-parole du Vatican a annoncé que le résultat serait connu à temps pour Pâques, le 31 mars.


La tradition veut que le conclave se tienne à la chapelle Sixtine et que le vote se poursuive pendant plusieurs jours si nécessaire. Les échanges sont tenus secrets et les contacts avec l’extérieur interdits. Pour l’emporter, il faut obtenir les deux tiers des voix.


Lundi, l’archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix a souligné qu’on n’en serait pas à une première nomination étonnante. « Les deux derniers papes ont été de grandes surprises, a-t-il dit. Tout est possible. »


Pas question toutefois de se prononcer sur les chances du cardinal Ouellet. « Prions pour que le meilleur soit choisi. Si c’est Marc Ouellet, bravo. Si c’est un autre, bravo. »


L’archevêque de Montréal, Christian Lépine pense quant à lui que les chances du cardinal québécois sont bonnes. « Je pense que c’est une possibilité réelle. Il y a déjà une possibilité technique du fait qu’il est cardinal, mais je rajouterais une possibilité réelle du fait de son expérience. Il a été à l’Unité des chrétiens avant d’être archevêque de Québec, ce qui l’a amené à voyager dans le monde, rencontrer d’autres évêques et d’autres cardinaux. »


Le fait de choisir le futur pape fait partie des fonctions premières des cardinaux, souligne-t-il, et ils s’y préparent. « Ça fait partie de leur travail de se connaître les uns les autres. »


Le cardinal Ouellet intéressé ou pas ?


Mais Marc Ouellet souhaite-t-il occuper ces fonctions. Questionné là-dessus en 2011, il avait dit qu’être pape « serait un cauchemar ». « Moi, je vois le travail que le pape a à faire. Ce n’est peut-être pas très enviable. C’est une responsabilité écrasante », déclarait-il. En 2012, lors d’un autre entretien, il a répété que ça ne l’intéressait pas.


Or, c’est exactement ce qu’il faut dire si on souhaite être pape, explique le professeur Routhier. Pour être choisi et convaincre les autres cardinaux, il faut se montrer humble, ne pas afficher ses ambitions s’il en est. « Personne ne peut dire avant « Ça me plairait ». Ce serait la condition pour ne pas l’être. »


D’ailleurs, au Vatican, on recourt souvent à ce proverbe romain Chi entra papa ner conclave ne risorte cardinale, ce qui veut dire « Qui entre pape au conclave en sort cardinal ».


Il n’en reste pas moins que le nom de Ouellet sort souvent parmi les favoris. En mai, l’Américain John Allen, un spécialiste du Vatican réputé, le classait deuxième parmi les favoris, juste derrière l’archevêque de Milan Angelo Scola, un autre proche de Benoît XVI. Plus récemment, dans L’Actualité, un journaliste italien, spécialiste de ces questions, affirmait que le cardinal Ouellet était « peut-être même le numéro 1 ».


Des agences de paris du Royaume-Uni l’ont aussi placé dans le trio de tête avec le Nigérian Francis Arinze et le Ghanéen Peter Turkson. Beaucoup d’observateurs soutiennent que le conclave est prêt à nommer un pape non européen, ce qui serait une première dans l’histoire. On parle beaucoup du cardinal Turkson, du Brésilien Joao Braz de Aviz et de la croissance de la foi catholique sur leurs continents.


Le cardinal Ouellet a certes travaillé en Colombie et maîtrise plusieurs langues, dont l’espagnol. Toutefois, on l’associe d’abord et avant tout à Benoît XVI et pas nécessairement au renouveau. Le contexte est donc très important selon Gilles Routhier. « Il serait globalement dans la même ligne que Benoît XVI. Est-ce une force ou une faiblesse ? Vont-ils vouloir de la continuité ou du changement ? »


Quel impact au Québec ?


On se rappellera que son passage au Québec a été pour le moins controversé et qu’il avait déclenché une vive polémique en affirmant haut et fort son opposition au droit à l’avortement.


Pour le prêtre Raymond Gravel, sa nomination comme pape ne serait pas une très bonne nouvelle. « Ce que je souhaite, c’est que ce soit quelqu’un qui soit près des blessés de la vie. C’est un professeur d’université, un théologien… Ce que ça nous prend, c’est un homme de coeur. »


Mais dans l’hypothèse de son élection, qu’adviendrait-il de ses liens avec le Québec ? Dans une analyse lundi, l’agence Reuters avançait que le « sécularisme » du Québec pourrait « jouer contre lui ».


Interrogé sur la possibilité qu’un pape québécois relance la foi ici, l’archevêque de Montréal a plutôt préféré parler de traditions. « Au Québec, il y a une tradition de foi. Disons que le Québec ne sait pas toujours quoi faire [avec]. Mais un pape québécois pourrait être comme une confirmation de la valeur de l’héritage de la foi au Québec. Un peu comme Jean-Paul II [l’a été] en Pologne. […] Redécouvrir l’héritage, c’est déjà une force. »

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