Trois cardinaux donnés favoris pour succéder à Benoît XVI, dont Marc Ouellet

L'abdication de Benoît XVI était à peine annoncée que déjà les spéculations allaient bon train quant à l'identité du prochain pape. Un Québécois au Saint-Siège? La machine à rumeurs s'est rapidement emballée en faveur du cardinal Marc Ouellet.

Actuellement préfet de la Congrégation pour les évêques au Vatican, le cardinal Ouellet, âgé de 68 ans, fait partie de la garde rapprochée de Benoît XVI.

Rapidement, les preneurs de paris britanniques l'ont placé dans le peloton de tête aux côtés des cardinaux Peter Turkson, du Ghana, et Francis Arinze, du Nigeria.

Dans une entrevue accordée en avril dernier à l'organisation de presse catholique Salt + Light TV, le cardinal Ouellet avait indiqué ne pas s'imaginer pape un jour, en raison de toutes les responsabilités que cela implique. «Mais d'un autre côté, je crois que l'Esprit-Saint aidera les cardinaux à choisir un bon leader pour l'avenir de l'Église catholique», avait-il ajouté.

Marc Ouellet est né à La Motte, en Abitibi, en 1944. Le père Benoît Lacroix l'a fréquenté au fil des ans. «Sa famille, ce sont des gens de la terre, très près du concret, soutient le père Lacroix qui est également historien. Le cardinal Ouellet me paraissait plus près des études, c'est celui qui pense, qui réfléchit beaucoup. Cette coupure m'a toujours surpris.»

Homme de lettres et docteur en théologie, Marc Ouellet parle six langues. Conservateur avoué, son ascension au sein de l'Église catholique québécoise s'est terminée par un passage houleux à la tête de l'archevêché de Québec de 2002 à 2010.

Il s'était alors posé en grand défenseur des positions dictées par le Vatican, allant jusqu'à affirmer que l'avortement était un crime même en cas de viol. «L'expérience de Québec n'a pas été un succès ni auprès du clergé ni auprès du peuple», rappelle le père Lacroix qui estime que Marc Ouellet n'est jamais parvenu à «s'ajuster» à l'évolution du Québec après un séjour prolongé en Amérique latine.

Le professeur de théologie Jean-Claude Breton, de l'Université de Montréal, raconte même que certains membres du clergé de Québec lui auraient dit, sourires en coin, qu'ils étaient prêts à se «sacrifier» si Rome désirait l'appeler.

Un souhait qui fut exaucé en 2010 lorsque le pape Benoît XVI l'a promu préfet de la Congrégation pour les évêques et président de la Commission pontificale pour l'Amérique latine.

«Il y a une expression en italien qui dit: "On donne une promotion pour déplacer quelqu'un", fait valoir M. Breton. Dans le fond, c'est ce qui est arrivé, on lui a donné une promotion à Rome mais on lui a enlevé une charge qu'il ne parvenait pas à relever à Québec.»

Son successeur à l'archevêché de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, soutient qu'il n'a pas de parti pris en faveur de Marc Ouellet pour diriger l'Église catholique. «Prions pour que le meilleur soit choisi. Si c'est Marc Ouellet, bravo. Si c'en est un autre, bravo!», a-t-il dit, soulignant faire confiance au collège des cardinaux.

«Ici au Canada, on pense beaucoup au cardinal qu'on connaît. En Colombie, ils pensent à leur cardinal et aux Philippines à leur cardinal», a-t-il fait valoir.

Un pape africain?

C'est le cardinal Turkson, le plus important cardinal africain au Vatican, qui dominait, lundi, les prédictions chez le preneur de paris William Hill, suivi du cardinal Ouellet et du cardinal Arinze.

La société Ladbroke donne également le cardinal Turkson favori, suivi du cardinal Arinze et du cardinal Ouellet.

En Afrique, où l'Église catholique continue de croître, de nombreux croyants et membres du clergé espèrent voir un Africain accéder aux plus hautes fonctions du Vatican.

Le cardinal sud-africain Wilfrid Napier a déclaré à l'Associated Press qu'il espérait qu'une personne originaire «de l'extérieur de l'hémisphère nord» devienne pape.

À Lagos, la plus grande ville du Nigeria, le commerçant Chukwuma Awaegwu était plein d'espoir. «Aux États-Unis, il y a maintenant un président noir. Imaginons seulement l'impact que pourrait avoir un pape noir.»

Le cardinal John Olorunfemi, un Nigérian nommé à cette fonction en novembre par Benoît XVI, a cependant rappelé que le départ d'un pape ne signifiait pas une révolution au sein de l'Église.

«Les papes arrivent et repartent. Cela ne signifie pas que l'Église change complètement quand un nouveau pape arrive», a-t-il déclaré.

Un conclave se tiendra d'ici la fin du mois de mars, avant la fête de Pâques, pour choisir le prochain souverain pontife.

À voir en vidéo