Discussion autour de Vatican II - Qu’en reste-t-il 50 ans plus tard?

Vatican II aura eu un retentissement certain, la liturgie des offices religieux passant du latin au français.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Vatican II aura eu un retentissement certain, la liturgie des offices religieux passant du latin au français.

De 1962 à 1965, le concile Vatican II a accueilli à Rome 3058 pères catholiques venant de 145 pays, 453 experts, 58 auditeurs, auditrices et invités laïques ainsi que 101 observateurs non catholiques, afin de permettre à l’Église catholique de s’ouvrir sur le monde moderne. Au moment de sa clôture, le 8 décembre 1965, le pape Paul VI déclare dans le bref apostolique In Spiritu Sancto : « Le Concile oecuménique Vatican II doit incontestablement être considéré comme l’un des plus grands événements de l’Église. » Quelles en sont les répercussions aujourd’hui au Québec ? Une table ronde réunie par Le Devoir en discute.

Pour soeur Monique Dumais, Vatican II se résume en un mot : aggiornamento. « Ce mot italien, associé à Jean XXIII, me revient tout le temps. Mettre à jour l’Église, ouvrir la fenêtre, sortir d’une tradition probablement empoussiérée ; il fallait dépoussiérer. »


Dès le mois de janvier 1959, le pape Jean XXIII, récemment élu, annonce son intention de convoquer un Concile oecuménique qui amorcera ses premières délibérations publiques le 11 octobre 1962. « Jean XXIII disait, pour faciliter la compréhension du concile Vatican II, que c’était comme ouvrir les fenêtres afin que les gens de l’extérieur voient ce que nous sommes et que nous, nous voyions ce qui se passe dans le monde », résume soeur Ida Côté. Elle ajoute que Jean XXIII était convaincu que l’Église et le monde moderne devaient mieux se comprendre. « Proche des petites gens, le pape Jean XXIII ressent leur aspiration à une Église plus humble, plus pauvre, plus accueillante. Il voulait inviter les Églises séparées à revenir à l’unité avec Rome. »


Au tournant des années soixante, la pratique religieuse dans l’Église catholique ressemble beaucoup à celle du Moyen Âge, le latin reflétait des manières de penser qui dataient d’une autre époque, rappelle pour sa part Mgr Pierre-André Fournier. « J’aime beaucoup cette image de la fenêtre évoquée par Jean XXIII. Vraiment laisser entrer l’air frais, à la fois avoir un regard renouvelé sur l’Église elle-même et faire en sorte que l’Église ait un nouveau regard sur le monde. »


Dans un Québec où la pratique religieuse domine la vie quotidienne des villes et villages, Vatican II aura un retentissement certain, dont la liturgie des offices religieux qui passe du latin au français.

 

Un vent d’oecuménisme


Mais le vent de changement apporté par Vatican II dépasse la vie même de l’Église. Pour Mgr Fournier, le dialogue ouvert avec les autres religions chrétiennes de même qu’avec le judaïsme, l’islam et toute la famille humaine représente un legs extraordinaire du concile. « L’oecuménisme était déjà présent bien avant le concile, mais cet événement lui a permis de prendre une nouvelle dimension. Ce respect des consciences, cet accueil des différentes religions, cette invitation au dialogue franc et ouvert, c’était un cadeau extraordinaire. On s’aperçoit qu’on doit le faire fructifier de plus en plus. »


Un demi-siècle après la fin de Vatican II, le théologien Jean Drapeau souligne pour sa part deux éléments dignes de mention, un peu oubliés : « L’oecuménisme a produit d’immenses fruits après le concile : le Pater noster (Notre Père) identique dans toutes les religions chrétiennes et ensuite cette fameuse TOB [Traduction oecuménique de la Bible], une merveilleuse bible, revue, discutée et améliorée par l’intelligence des meilleurs exégètes provenant des diverses confessions chrétiennes. »


Publié le 7 décembre 1965, le tout dernier document conciliaire, L’Église dans le monde de ce temps (Gaudium et Spes), a de son côté suscité beaucoup d’espoir, selon soeur Ida Côté. La condition humaine dans le monde d’aujourd’hui, la dignité de la personne humaine, le rôle de l’Église et la sauvegarde de la paix y sont explicités. Elle précise : « Le concile déclare son intention de s’adresser à toute l’humanité et de mettre l’Église au service de l’humain, en les éclairant de la Lumière de l’Évangile. »


Soeur Monique Dumais apprécie particulièrement l’équation Verbe incarné et solidarité humaine dans la constitution de L’Église dans le monde de ce temps. « Dans Gaudium et Spes, on parle de dignité de l’intelligence, dignité de la conscience morale et de la grandeur de la liberté. Ce sont des mots révolutionnaires. »


Au moment des délibérations de Vatican II, les femmes sont présentes dans l’Église, mais absentes de la hiérarchie. Elles se dévouent dans les écoles, les orphelinats, les hôpitaux. Présent à Rome, l’abbé Drapeau ne se souvient pas que les questions délicates de l’ordination des femmes et de l’avortement aient été abordées au moment du concile.

 

Paradoxe du visage féminin de l’Église


Aujourd’hui, au Québec, l’Église « Peuple de Dieu » est, de façon paradoxale, représentée par le bénévolat féminin : catéchètes, animatrices de pastorale, responsables de la liturgie, de la formation chrétienne et marguillières dans les fabriques. « Vatican II a permis aux femmes de devenir théologiennes, pour celles qui le souhaitaient. Les femmes sont prêtes à s’impliquer, à partager. Cette notion de l’Église, Peuple de Dieu, les rejoint », observe Monique Dumais. Pour Mgr Fournier, « le bénévolat se conjugue beaucoup au féminin dans l’Église, mais aussi dans les organismes sociaux ».


Mais 50 ans après des travaux qui avaient tant frappé les esprits, l’abbé Drapeau estime que l’Église d’aujourd’hui vit une réalité bien difficile, confrontée à un monde aride. « Un monde laïque, individualiste, pluraliste. Un chrétien dans ce monde contemporain se retrouve un peu comme les premiers chrétiens vis-à-vis du monde païen », conclut-il. Et c’est là un bien grand défi.

 

Collaboration spéciale