Conseil du patrimoine religieux - Et les églises deviennent des bibliothèques

Thierry Haroun Collaboration spéciale
La restauration de la toiture de l’e?glise Immacule?e-Conception de Montréal.<br />
Photo: Paul Ducharme La restauration de la toiture de l’e?glise Immacule?e-Conception de Montréal.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion - Pâques 2012

Les projets de conservation et de mise en valeur de notre patrimoine religieux se comptent par dizaines sur une base annuelle: ici, il faut urgemment réparer le toit qui coule, là, on transforme l'église du village en bibliothèque, là encore, il est question d'archives. Petite incursion au sein du Conseil du patrimoine religieux du Québec, qui a la responsabilité de veiller à la conservation des lieux de culte, où la beauté est pourtant souvent indicible.

Mis sur pied au milieu des années 1990, le Conseil du patrimoine religieux du Québec est une organisation à but non lucratif qui a pour mission, notamment, de soutenir et de promouvoir la conservation et la mise en valeur du patrimoine religieux?québécois. Confronté aux multiples défis liés à la conservation et à la restauration des bâtiments religieux et patrimoniaux, raconte le directeur du Conseil, Jocelyn Groulx, «le milieu religieux s'est réuni en 1995 afin de partager cette problématique-là?et d'établir?un partenariat avec le gouvernement du Québec. Et ce partenariat a été fait avec le ministère de la Culture, par l'entremise d'une délégation d'aides financières en vue de restaurer le patrimoine religieux.»

Ainsi, et concrètement, pour l'année financière 2011-2012, l'enveloppe budgétaire accordée au Conseil du patrimoine religieux du Québec totalise plus 16,4 millions de dollars. De ce montant, plus de 15,4 millions de dollars serviront à la restauration de 94 lieux de culte et d'autres bâtiments à vocation religieuse qui ont été construits avant 1945 et qui ont une valeur patrimoniale importante. De plus, un montant de 665 560 $ permettra de restaurer des orgues, des oeuvres d'art et des pièces de mobilier situées à l'intérieur de ces édifices.

À noter que, depuis 1995, le gouvernement du Québec a investi 257 millions dans ce secteur. La participation gouvernementale a entraîné des investissements privés de 122 millions de dollars, ce qui a permis du même souffle de maintenir et même d'accroître la présence des édifices religieux patrimoniaux dans l'offre touristique québécoise, d'après la documentation officielle.

Des projets

«Il y a des projets à travers le Québec, souligne M. Groulx. Ça va de l'Abitibi-Témiscamingue à la Côte-Nord en passant par la Gaspésie. Mais, vous savez, on ne peut pas accepter tous les projets. Tous les ans, il y a un certain nombre de projets qu'on doit reporter à l'année suivante.» Ces travaux de restauration, précise de son côté Denis Boucher, chargé de projet au Conseil, «concernent par exemple tout ce qui touche à l'enveloppe extérieure du bâtiment, qu'elle soit en maçonnerie ou en bois, évidemment. Ça concerne bien sûr aussi les toitures, l'ornementation, les vitraux et les portes.»

Le Conseil peut apporter sa contribution financière à hauteur de 70 % du coût d'un projet, note Jocelyn Groulx, et, «généralement, les autres 30 % proviennent du milieu. En fait, chacune des églises qui bénéficient d'une aide financière du Conseil doit trouver une façon de recueillir des sommes à travers une campagne de financement et les antennes du milieu.»

Un colloque...


Si des églises sont parfois converties en condos et que d'autres prêtent leurs espaces pour des soirées de gala (comme à Saint-Michel-de-Percé), certaines prennent le chemin des bibliothèques. À ce titre, un colloque se tiendra à la Grande Bibliothèque de Montréal, le 4 mai prochain, sur la question suivante: «Est-ce qu'une église peut devenir une bibliothèque du XXIe siècle?». Cet événement réunira pour la première fois des bibliothécaires, des défenseurs du patrimoine, des architectes, des élus municipaux, des gestionnaires culturels et des autorités religieuses, pour réfléchir autrement à l'avenir de nos églises et au développement de nos bibliothèques. Au programme de la journée? Quatre conférences d'experts en bibliothéconomie, architecture et patrimoine, deux présentations de projets réalisés ou en cours, des tables rondes, des discussions et plus encore.

«C'est très intéressant comme congrès, car c'est la première fois qu'on aborde cette question sous un angle aussi concret. D'ailleurs, une quinzaine de projets de transformation d'église en bibliothèque ont vu le jour. Je pense à un cas à Magog ou encore à un autre à Joliette», indique Denis Boucher.

...et une journée d'étude

Toujours sur le plan de l'actualité, le comité des archives du Conseil du patrimoine religieux du Québec organise une journée des archives religieuses, au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le 18 avril prochain. Cette grand-messe sera axée sur le thème suivant: «Archives et communautés religieuses: état des lieux et pistes de solution pour l'avenir».

La rencontre a pour objectif d'aborder les pistes de solution et les choix privilégiés par certaines communautés religieuses, ainsi que de faciliter l'établissement d'un réseau d'échanges entre les intervenants ayant des problématiques similaires. «C'est une activité qui suscite beaucoup d'intérêt, se réjouit Jocelyn Groulx. Nous avons déjà atteint la capacité totale de la salle, soit 115 personnes qui ont confirmé leur présence.»

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Gabriel Deschambault - Inscrit 7 avril 2012 08 h 50

    C'est vital!

    La préservation et la mise en valeur de notre patrimoine religieux sont vitales pour notre culture collective. Les églises et les bâtiments religieux ont façonné, à leur façon, de larges pans de nos paysages et de nos mémoires.

    Souvent décriées, les communautés religieuses ont réalisé (sans parler de tout le travail qui continue de se faire) une organisation sociale, communautaire, administrative, qui a structure notre société. Je trouve très triste le procès expéditif qu'on leur a fait et, bien que certaines incartades soient tout à fait inadmissibles, on aura mis tout cet univers dans le même panier (et même pas au recyclage).

    À quand une aide au patrimoine religieux, à la hauteur de l'aide financière accordée aux entreprises qui, le moment venu, s'empressent de filer en douce en délocalisant l'emploi et en relocalisant la machinerie payée par cette aide.

    Pour un exemple de recyclage d'un lieu de culte en bibliothèque, je vous suggère une visite à la bibliothèque du Mile-End sur Avenue du Parc.

  • Alain Brisson - Abonné 15 avril 2012 21 h 07

    Une belle réalisation il y a de nombreuses années

    Ce n'est pas d'hier que des églises sont transformées en bibliothèques. La bibliothèque Pierre-Georges-Roy, à Lévis, a été établie dans la chapelle du Collège de Lévis il y a au moins vingt ans. Magnifique!