Patrimoine religieux - Vers une stratégie globale qui guidera l'État

L’été dernier, les défenseurs de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus avaient échoué à sauvegarder la cathédrale de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga–Maisonneuve et son orgue patrimonial. En vertu d’un inventaire provincial assignant à l’église TSNJ un intérêt discutable (classé C), la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, avait refusé de classer le bâtiment.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’été dernier, les défenseurs de l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus avaient échoué à sauvegarder la cathédrale de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga–Maisonneuve et son orgue patrimonial. En vertu d’un inventaire provincial assignant à l’église TSNJ un intérêt discutable (classé C), la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, avait refusé de classer le bâtiment.

Devant l'ampleur des besoins, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Christine St-Pierre, déposera à l'automne 2012 une stratégie globale pour guider l'État dans la sauvegarde future du patrimoine religieux québécois.

C'est lors d'une conférence de presse tenue hier à Montréal, annonçant l'ajout d'une somme de 2,5 millions à l'enveloppe annuelle de 13 millions destinée à la restauration des lieux de culte au Québec, que la ministre a indiqué son intention de développer une «vision claire et partagée» des gestes à poser pour l'avenir.

«Cette stratégie nécessaire découle du constat, incontournable, que la pérennité du patrimoine religieux est un enjeu majeur, car un grand nombre de lieux de culte de qualité et même des ensembles conventuels sont menacés. Il est crucial de développer une vision», a-t-elle fait valoir hier.

Le financement à la pièce et les 257 millions versés depuis 15 ans par le ministère de la Culture pour sauver le patrimoine religieux québécois ne semblent pas suffire à assurer la sauvegarde de ces biens patrimoniaux, selon la ministre.

Aussi, cette dernière a confié au spécialiste en patrimoine et professeur associé à la Chaire de gestion des arts à HEC, Gérald Grandmont, le mandat d'élaborer au cours des prochains moins les orientations que devrait prôner cette stratégie d'ensemble, destinée à protéger, à préserver et à mettre en valeur l'immense patrimoine religieux québécois.

Ce dernier devra notamment faire des recommandations sur ce qui doit être compris dans le patrimoine religieux, sur les immeubles à protéger en priorité, les budgets nécessaires et sur les moyens de financer la préservation de ce vaste patrimoine.

«Il faut étudier l'apport de nouveaux partenariats, comme celui des villes, du secteur privé et des citoyens. Il y a des limites à ce que le gouvernement peut payer», a dit la ministre, qui estime qu'il y a «une pédagogie à faire» pour intéresser la population à participer à la sauvegarde du patrimoine religieux.

Joint hier, M. Grandmont a indiqué qu'il devra d'abord se pencher sur la définition du patrimoine religieux, pour déterminer ce qui doit être traité en priorité. Lieux de culte, ensembles conventuels, biens mobiliers sacrés, cimetières, archives de congrégations religieuses: une hiérarchie doit être établie, et des chantiers prioritaires ciblés, affirme le professeur.

«Des inventaires existent déjà et certains sont assez à jour. Cela va nous permettre d'établir des priorités», dit-il.

L'expert en patrimoine n'a pas voulu lancer de chiffres sur les montants qui seront nécessaires pour répondre aux besoins de protection du patrimoine religieux menacé à court et moyen terme. «On tentera d'avoir un regard réaliste. C'est une chose d'entretenir des temples, c'en est une autre de préserver le réel patrimoine», a-t-il dit.

Chose certaine, le ministère se dit fort intéressé par diverses formules développées avec succès ces dernières années, où le secteur privé, les municipalités, des organismes sans but lucratif ont réussi à sauvegarder des lieux de culte de façon originale.

La ministre a donné en exemple le cas d'une église de la région de Drummondville, rachetée par une entreprise funéraire. Le transept de l'église a été converti en columbarium, mais le choeur est toujours utilisé gratuitement à des fins religieuses par les citoyens. À Magog, une église de style Art déco vient d'être convertie en bibliothèque grâce aux efforts concertés de la municipalité et du ministère de la Culture.

À cet égard, la ministre a indiqué hier que la stratégie attendue s'adressera aussi aux lieux du patrimoine religieux qui ne servent plus au culte et qui, par conséquent, échappent aujourd'hui aux programmes de subventions allouées par le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ).

Le CPRQ s'est d'ailleurs réjoui hier de cette stratégie à venir, puisque son président, Michel Lavoie, estime que les besoins sont beaucoup plus importants que ce que peuvent couvrir les sommes versées par le ministère.

«On aurait eu besoin de 2 millions de plus juste cette année pour répondre aux demandes urgentes», a-t-il concédé hier, alors que le ministère venait d'annoncer une enveloppe supplémentaire de près de 2,5 millions pour restaurer 20 lieux de culte et autres bâtiments religieux au Québec.

À Montréal, la somme permettra d'ailleurs de poursuivre la réfection de la toiture de l'église Immaculée-Conception (où se tenait la conférence de presse) dont seulement le tiers a été réparé.

Au total, plus de 16 millions seront versés en 2011-2012 pour retaper 103 édifices à vocation religieuse de toutes les régions du Québec. Ainsi, l'État contribue à financer environ 70 % des coûts de restauration de ce patrimoine, le reste étant assumé par les communautés et les paroissiens.

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