Conférence sur les religions - Le dalaï-lama défend le fait religieux

Le dalaï-lama était de passage hier à Montréal, où il a entre autres discuté de corruption et de censure.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le dalaï-lama était de passage hier à Montréal, où il a entre autres discuté de corruption et de censure.

Le dalaï-lama a volé la vedette hier lors de la seconde Conférence mondiale sur les religions du monde après le 11 septembre 2011 où, comme les autres conférenciers, il a défendu le fait religieux dans lequel plusieurs voient la cause des fameux attentats.

La conférence, dont le thème était «La paix par la religion», a été l'occasion de formuler plusieurs mises en garde contre les généralisations qui font de l'islam et de tous les musulmans des responsables de cette tragédie.

Le chef spirituel tibétain a tenu son discours habituel sur la compassion et la tolérance, communes selon lui au lamaïsme tibétain et aux autres systèmes de croyances, mais il a également critiqué de façon très virulente la corruption, une plaie qui suscite un intense débat dans l'Inde où il vit en exil, et le système judiciaire de la Chine, qui occupe son pays d'origine depuis 62 ans.

«Partout on observe une corruption immense, même en Inde où les traditions religieuses sont pourtant fortes. Quelle en est la source? Un manque de discipline et de principes moraux. La corruption est une sorte de nouvelle maladie sur la planète. Nous ne devons pas croire qu'elle fait partie de la nature humaine», a affirmé le dalaï-lama.

Le chef tibétain, qui a renoncé récemment à ses prérogatives politiques, a par ailleurs appelé la Chine à se démocratiser graduellement et à mettre fin immédiatement à la censure. «Le peuple chinois a le droit de connaître la vérité. Il a la capacité de juger de ce qui est bien et de ce qui est mal, a-t-il plaidé. Donc, la censure exercée par le Parti [communiste] est immorale. Le système judiciaire doit devenir indépendant», a-t-il ajouté.

La conférence d'hier réunissait, sous les auspices des universités McGill et de Montréal, des intellectuels et des praticiens du christianisme, du bouddhisme, du judaïsme et de l'islam.

«Le 11-Septembre aura au moins eu le mérite de rapprocher les leaders et les communautés religieuses partout à travers le monde, a noté Patrice Brodeur, professeur à l'Université de Montréal et un des organisateurs de l'événement. Un des buts principaux de cette conférence est de montrer comment des personnes ancrées dans diverses traditions arrivent à articuler l'importance du rapprochement religieux.»

La conférence réunissait aussi Deepak Chopra, médecin et auteur indien, Robert Thurmann, professeur en études tibétaines à l'Université Columbia, Steven Katz, professeur de religion à l'Université de Boston, Gregory Baum, professeur de religion à l'Université McGill, et l'intellectuel musulman Tariq Ramadan, professeur à l'Université Oxford.

La présence de ce dernier, dont certains propos, notamment sur la lapidation, ont suscité la controverse dans le passé, a été critiquée par l'organisation Point de bascule, qui s'oppose à l'islamisation présumée de la société.

Le site Internet de ce groupe a également critiqué le fait que la conférence devait discuter d'un projet de «Déclaration universelle des droits de la personne par les religions», dont un article stipule: «Chacun a le droit que sa religion ne soit pas dénigrée dans les médias ou dans les maisons d'enseignement». Un groupe d'intellectuels, dont l'auteure bangladaise Taslima Nasrin, ont signé une lettre dénonçant la démarche des responsables de la conférence, dans laquelle ils voient une attaque contre la liberté d'expression, à la limite une porte ouverte sur la criminalisation du blasphème.

Interrogé à ce propos, M. Ramadan a déclaré: «Il est juste, quand on a affaire à un Noir, à un juif ou à un musulman, de pouvoir le critiquer parce qu'il est malhonnête, parce qu'il ne tient pas parole ou parce que ses principes peuvent nous surprendre. Il est inacceptable de critiquer cette personne pour le seul fait qu'elle soit noire, juive ou musulmane. [...] La critique d'un être pour ce qu'il est, cela s'appelle du racisme et de la xénophobie et c'est inacceptable, mais la critique d'un système de croyances est légitime et elle doit faire partie de la liberté d'expression.»
39 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 8 septembre 2011 06 h 10

    «La paix par la religion» ou «La paix par des êtres humains...

    ...pratiquant une religion prônant la paix, la justice...?» Si délicat ce sujet des religions ! À telle enseigne que je suis à me demander à quel moment de son évolution UNE pensée, UNE théorie, UNE culture peut-elle en venir à être qualifiée, nommée, appelée : »RELIGION»? Il est requis combien de personnes autour de ces «UNE» précédemment mentionnées pour que ce nombre en «fasse» une religion? Une religion, c'est une chose....ce que les gens EN FONT c'est autre chose. «La critique d'un être humain pour ce qu'il est...»? À mon humble avis, l'être humain n'est JAMAIS. Il devient...Il m'apparaît essentiel de faire le partage entre l'humain, lui-même et les comportements dont il est capable. Entre sa personne et les gestes qu'il pose. L'être humain en soi s'explique mais il ne se justifie pas. Tout un monde entre les deux.
    Mercis au Dalaï-Lama pour ce rappel à la tolérance de «l'autre» en même temps que je suis, respectueusement, en désaccord avec lui. Nous ne pouvons juger les Chinois en tant que personnes mais nous avons cet immense cadeau qu'est celle de LA liberté de critiquer les comportements qui sont leurs. La même attitude face à tous ces ignobles comportements de corruption à travers le monde. Les politiciens(nes) ne sont pas «pourris(es)» Pour certains(es) OUI, leurs comportements sont de facture et d'odeurs putrescentes voire putrides.
    Je sais que je suis capable de beau et d'aussi....de laid. Cette dualité qui, parfois, «m'em.......». et qui, à la fois, en d'autres occasions, me remplit de paix profonde. Je souris.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 8 septembre 2011 07 h 22

    Dans les patates!

    Le dalaï-lama est dans les patates. La corruption, comme la torture, est une pratique spécifiquement humaine. Aucun autre être vivant ne la connaît. Si les religions avaient un sens, ce serait précisément d'amener l'être humain à surmonter ces tendances. Mais l'histoire montre qu'elles servent surtout à justifier l'injustifiable au nom d'un dieu.

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • Francois - Inscrit 8 septembre 2011 07 h 42

    Le parti libéral devrait lire cette article et s'y reconnaître

    Mais ce ne sera pas le cas.

  • Francois - Inscrit 8 septembre 2011 08 h 06

    Le droit de ne pas être d'accord

    La religion à pour principe d'étouffer toutes contradictions, ouverture, acceptation des différences, sexuel et humaine. Nous ne serions pas ce que nous sommes si nous avions pas rejeté les principes religieux. Nous en serions encore confiné à des rôles dicté par l'église.

    La religion tente de reprendre le contrôle, le pouvoir quand il appartient à chacun de nous. La religion est un empêcheur de vivre et ne prends pas le soin de représenter et d'inclure toute les différences des humains. L'humanité n'évolue guère sous la religion.

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 8 septembre 2011 09 h 03

    la citation de Tariq Ramadan

    M. Ramadan a déclaré: «Il est juste, quand on a affaire à un Noir, à un juif ou à un musulman, de pouvoir le critiquer parce qu'il est malhonnête, parce qu'il ne tient pas parole ou parce que ses principes peuvent nous surprendre. Il est inacceptable de critiquer cette personne pour le seul fait qu'elle soit noire, juive ou musulmane. [...] La critique d'un être pour ce qu'il est, cela s'appelle du racisme et de la xénophobie et c'est inacceptable, mais la critique d'un système de croyances est légitime et elle doit faire partie de la liberté d'expression.»
    Puisque la critique d'un système de croyances est légitime, alors selon les dires de Monsieur Ramadan lui-même, il est légitime de critiquer l'islam. Dans les fait, trop de gens ne font pas la différence entre quelqu'un qui critique l'islam et quelqu'un qui déteste tous les musulmans.

    "Il est inacceptable de critiquer cette personne pour le seul fait qu'elle soit noire, juive ou musulmane. [...] La critique d'un être pour ce qu'il est, cela s'appelle du racisme et de la xénophobie et c'est inacceptable"
    On ne peut pas comparer le fait de critiquer quelqu'un parce qu'il est noir et le fait de critiquer quelqu'un parce qu'il est juif ou musulman. Monsieur Ramadan ne semble pas distinguer "c'est qu'on est" au sens de nos caractérisitiques naturelles, et les choix qu'on fait. Un Noir ne choisit pas d'être noir, ne pourrait pas choisir de ne plus être noir, qui plus est sa couleur n'implique strictement rien d'autre à propos de lui. Un Juif ou un musulman peut choisir de renoncer à sa foi religieuse, de plus, s'engager envers le judaïsme ou envers l'islam, c'est censé impliquer un certain nombre d'obligations, de façons d'agir, tout comme le choix de s'engager envers n'importe quelle autre idéologie. On peut critiquer quelqu'un parce qu'il adhère à une idéologie que l'on juge répréhensible, ça n'a rien à voir avec le racisme ni avec la xénophobie.