Rencontre avec Mgr Gérald Cyprien Lacroix - Le nouvel archevêque de Québec raconte...

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et Primat de l’Église canadienne
Photo: Photo Dachowski Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et Primat de l’Église canadienne

Mgr Gérald Cyprien Lacroix vient de succéder au cardinal Marc Ouellet à titre d'archevêque de Québec et de primat du Canada. Rencontre avec un homme humble, au parcours caractérisé par le don de soi, qui souhaite que tout un chacun trouve enfin le chemin de la foi et du bonheur.

Qui est Gérald Cyprien Lacroix, nommé archevêque de Québec par le pape Benoît XVI, le 22 février dernier? «Écoutez, je suis né en Beauce dans un village qui s'appelle Saint-Hilaire-de-Dorset, qui compte aujourd'hui environ 110 personnes. Je dis souvent avec un brin d'humour que c'est le seul village au Québec qui peut dire qu'environ 1 % de sa population est évêque!»

Il est l'aîné de sept enfants. Sa mère était au foyer et son père était bûcheron et agriculteur. En 1965, lorsqu'il avait huit ans, sa famille s'est installée en Nouvelle-Angleterre, où on promettait de plus verts pâturages. Il y poursuivra ses études jusqu'à la première année du collégial, puis il reviendra de son propre gré dans la Belle Province. «Toute ma famille est encore là-bas. Je suis le seul à être revenu au Québec.»

Et le voilà monseigneur quel-ques décennies plus tard. «Eh, mon Dieu, c'est quelque chose!» Pourquoi avoir choisi cette vocation? «Je n'ai pas choisi cette vocation, c'est la vocation qui m'a choisi. À l'âge de 18 ans, j'étais déjà convaincu que je devais servir les autres et être au service de l'Évangile. Mais je ne pensais pas être prêtre. J'ai par contre, à l'âge de 25 ans, eu l'appel de la vocation sacerdotale. Avant cela, j'étais graphiste, je travaillais dans le monde de l'imprimerie, de l'édition. Et, en 1981, j'ai demandé à mes patrons un congé sans solde de six mois pour vivre une expérience d'aide humanitaire en Colombie et venir en aide aux pauvres, ce qui a été décisif pour la suite.»

Rencontre avec le pape


Mgr Lacroix nous a accordé cet entretien trois jours à peine après sa rencontre en privé avec le pape Benoît XVI au Vatican. «Ce fut un très grand privilège d'avoir rencontré en audience privée le pape, et ce, à peine 15 jours après l'inauguration de mon ministère comme archevêque de Québec et primat du Canada [le 25 mars dernier]. J'étais seul avec lui pendant 15 minutes. Ce n'est pas rien, vous savez. Ç'a été un échange très simple. Il m'a accueilli et ensuite on s'est assis ensemble autour de son bureau de travail. Nous avons échangé sur la situation dans le monde, nous avons parlé de la nouvelle évangélisation et des jeunes. Je lui ai dit qu'il y a un renouveau dans le diocèse de Québec, qu'il y a de jeunes adolescents, de jeunes adultes et de jeunes familles qui adhèrent à la foi de façon merveilleuse, qui ont le goût de cheminer avec l'Évangile et la parole de Dieu et qui s'engagent en l'Église de façon nouvelle. Cela a beaucoup intéressé le pape.»

Il tient par ailleurs à souligner que cet été plus de 200 jeunes de Québec participeront aux Journées mondiales de la jeunesse qui se tiendront à Madrid.

Questionné pour savoir s'il se faisait un devoir d'encourager les gens à fréquenter les églises, pratiquement désertées depuis des années, Mgr Lacroix n'en a pas fait grand cas en précisant ceci: «Les journalistes m'ont en effet déjà posé la question suivante: "Vous voulez remplir les églises?" À cela je réponds que ma première idée n'est pas de remplir les bancs d'église mais plutôt d'amener les gens pour une première fois à la rencontre de Jésus-Christ, de Dieu. Un Dieu de lumière, un Dieu d'amour, un Dieu de vérité. De le rencontrer comme je l'ai fait, comme d'autres l'ont fait, afin de découvrir que l'Évangile est un chemin de vie, un chemin de liberté. Se mettre à l'écoute de Jésus permet de porter un regard nouveau sur le monde. Cela permet de regarder chaque être humain non pas avec un regard hautain et avec mépris, mais comme un frère ou une soeur. Cela conditionne notre façon de vivre en société et de considérer les autres avec respect.»

Homélie

Dans l'homélie intitulée «Deux soifs se rencontrent» et prononcée 27 mars dernier en la basilique Notre-Dame-de-Québec, il y était question d'une humanité «qui ne cesse d'avoir soif de tant de façons, en quête de sens et de bonheur». Qu'en est-il? «En fait, je dis que l'être humain d'il y a 5000 ans ou d'aujourd'hui est le même, en ce sens qu'il cherche à être heureux, il cherche le bonheur. Et cette soif-là est mal canalisée. L'être humain va parfois chercher le bonheur dans des endroits où le bonheur ne se trouve pas. Il va dans des endroits qui le rendront esclave plutôt que de le rendre libre. Ce texte faisait référence à la Samaritaine que Jésus-Christ rencontre. C'était une femme qui avait une soif d'amour tellement grande. Elle en était à son sixième mari et elle n'avait pas encore trouvé le bonheur. Son problème n'était pas un problème de sexualité. Elle était plutôt aux prises avec une soif profonde et elle essayait de la combler par des relations passagères. Mais voilà, elle n'était pas comblée et c'est grâce à sa rencontre avec le Christ qu'elle a trouvé l'eau vive.»

Mgr Lacroix tient à rappeler que nous vivons «dans un monde de consommation, dans un monde matérialiste. C'est bien beau d'être entouré de gadgets électroniques, mais une fois qu'on en a, on n'est jamais vraiment satisfait.» À bon entendeur.

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Collaborateur du Devoir

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