Avis du Conseil du statut de la femme - Un Québec respectueux de l'égalité femmes-hommes ne peut défendre la «laïcité ouverte»

La présidente du CSF, Christiane Pelchat, souhaite une réflexion nationale sur la laïcité de l’État.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La présidente du CSF, Christiane Pelchat, souhaite une réflexion nationale sur la laïcité de l’État.

Ce n'est pas la première fois qu'il se prononce en faveur d'une affirmation claire et sans compromis de la laïcité de l'État, mais, cette fois, le Conseil du statut de la femme (CSF) estime avoir suffisamment creusé la question pour que cela serve de base à une réflexion nationale. «Voici le livre blanc», a déclaré sa présidente Christiane Pelchat, en montrant au Devoir son volumineux avis rendu public hier. «On est là, nous. [...] Et ça fait longtemps qu'on réfléchit. Une de nos orientations, c'est de dire au gouvernement: "voici comment on devrait mener la réflexion".»

L'élaboration d'un livre blanc a été réclamée par plusieurs et fait partie des recommandations de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. Truffé de références juridiques, l'avis du CSF porte le message qu'un Québec respectueux de l'égalité des femmes et des hommes ne peut continuer de s'avancer sur la voie de la «laïcité ouverte». «Lorsqu'on parle de liberté de religion, les droits les plus violés sont ceux des femmes à l'égalité», a affirmé Mme Pelchat, qui maîtrise parfaitement les éléments juridiques du dossier.

Elle cite en exemple l'article 6 du projet de loi 94, qui servira à encadrer les accommodements raisonnables, portant sur l'interdiction de la burqa dans la fonction publique et pour les usagères des services de l'État. «C'est discriminatoire pour les femmes. Ça vient dire que les messieurs auront le droit de porter les signes qu'ils veulent, mais pas les femmes», a-t-elle déploré.

C'est dans ce contexte que, par son avis, le CSF interpelle le gouvernement pour qu'il affirme la laïcité de l'État dans le préambule de Charte québécoise et dans l'article 9.1, et que ce principe soit reconnu au même titre que la langue et l'égalité des sexes. Sa présidente croit même que les tensions vécues actuellement dans la société québécoise sont le fruit d'une confusion généralisée, elle-même engendrée par la non-affirmation de la laïcité par l'État.

Préalablement, le CSF souhaite voir tenir ce débat sur la laïcité «qui n'a jamais eu lieu» à travers une commission parlementaire à parité homme-femme. «Le gouvernement doit nous guider. Qu'est-ce qu'on veut comme vivre ensemble au Québec? On ne veut pas que ce soit les tribunaux qui nous le disent», a indiqué Mme Pelchat. «L'État doit être visionnaire et doit être un leader. [...] Au-delà de son parti politique, du clientélisme, des impératifs de se faire élire, le gouvernement est fiduciaire et doit montrer la voie du meilleur vivre ensemble au Québec.»

Exit la religion chrétienne

Par ailleurs, le CSF, au risque de s'attirer les foudres de plusieurs, n'hésite pas à affirmer que «la religion chrétienne ne constitue plus une référence identitaire de la société québécoise», mais qu'elle fait partie de son patrimoine historique.

Plus concrètement, le Conseil veut l'abolition de la partie «culture religieuse» du cours Éthique et culture religieuse (ECR) et souhaite le retour d'un cours d'éducation sexuelle. Christiane Pelchat a également reconnu que le financement des écoles privées confessionnelles alimentait la confusion et que cette question mériterait d'être débattue.

Enfin, elle recommande de prohiber tout signe religieux ostentatoire dans les institutions publiques (l'école, les hôpitaux, les sociétés d'État, etc.) et chez ceux qui représentent l'État. Et surtout, exit le crucifix à l'Assemblée nationale, qui serait bien mieux au musée ou au salon rouge, selon Mme Pelchat. Mais contrairement aux enseignantes, par exemple, les filles pourraient porter le voile en classe. «Je ne vois pas comment on pourrait empêcher tous les signes religieux dans notre société», a-t-elle soutenu.

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