Le Stade olympique pris d'assaut pour le frère André

La cloche a retenti à 14h très exactement sur le parterre bétonné d'un Stade olympique pris d'assaut par des dizaines de milliers de fidèles, samedi.

L'arrivée du frère André au sein du Temple de la renommée des saints de l'Église catholique a été soulignée avec pompe par un cortège de prêtres et d'évêques. Pendant ce temps, les visages des 10 autres saints «canadiens» canonisés par l'Église catholique se succédaient sur l'écran géant.
 
Défilant sous les yeux des premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest, les religieux ont ouvert le chemin à l'archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte, à qui avait été confié le soin de présider la cérémonie.
 
Les reliques de l'humble portier ont été accueillies par un silence religieux que seuls un air d'orgue et le bruissement des foulards blancs agités par la foule perçaient.
 
Chantal Pary ouvre le bal

La grande messe, prononcée en grande partie en français, s'était ouverte avec une performance de la chanteuse Chantal Pary. Accompagnée du violoniste Alexandre Da Costa, elle a interprété la chanson Le miracle sur la montagne, qu'elle avait composée et chantée en 1982, au Stade olympique, pour souligner la béatification du frère André, né Alfred Bessette.
 
Pour célébrer la «médaille olympique de la canonisation» du frère André, Jean-Claude Turcotte a dirigé une messe entrecoupée d'hymnes interprétés par quelque 150 jeunes des Petits Chanteurs du Mont-Royal ainsi que 16 musiciens de l'orchestre à vent du Collège Notre-Dame.
 
À cette musique s'ajoutait régulièrement celle des sièges du Stade. Un concert rythmé qui retentissait à chaque fois que les fidèles se levaient et s'assoyaient.
 
Le Stade était peut-être l'endroit tout indiqué pour cette cérémonie; l'écho caractéristique des cérémonies religieuses étant magnifié par le son particulier du lieu qui, habituellement, ne sied pas tout à fait aux prestations musicales.
 
Le guérisseur du Mont-Royal

«L'Église ne canonise jamais quelqu'un uniquement pour ce qu'il a été et pour ce qu'il a vécu autrefois (...) Presque chaque jour, à son bureau, durant des heures et des heures, il tendait l'oreille. (...) Après avoir écouté, il les réconfortait», a affirmé le cardinal Turcotte lors de son homélie.
 
L'oeuvre du frère André a marqué des générations de Québécois, dont Gaston Turmel et son fils Nicolas, venus de Saint-Apolinaire expressément pour assister à la cérémonie.
 
«J'ai travaillé toute ma vie en thérapie physique. Et j'ai eu toute ma vie comme assistant le frère André. J'avais sa confiance et cela m'a beaucoup aidé à travailler pour éviter les accidents de parcours, ce qui peut arriver lorsqu'on prodigue des traitements physiques», a expliqué Gaston Turmel.
 
«Et moi, j'ai suivi les traces de mon père pour le frère André», a renchéri son fils Nicolas, qui a travaillé 14 ans avec son paternel.
 
D'ailleurs, lors de la cérémonie, ce sont des béquilles soulevées à bout de bras qui ont suscité les applaudissements les plus chaleureux. Elles étaient présentées en guise d'offrandes pour symboliser présumés guérisons rendues possibles grâce à l'intercession du frère André.
 
Les victimes de Notre-Dame

Tel que promis, les victimes de prêtres pédophiles qui souhaitaient obtenir une partie des profits engrangés lors de la messe célébrée au Stade olympique ne se sont pas présentés sur les lieux pour manifester — et ce, même s'ils n'ont obtenu aucune réponse à leur demande, formulée plus tôt cette semaine.
 
Dans une lettre envoyée mardi au cardinal Jean-Claude Turcotte et à Mgr Pierre Morissette, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, deux associations de victimes estimaient avoir droit aux bénéfices que rapportera la vente des billets à cinq dollars.
 
Le porte-parole du Comité des victimes de pédophiles au Collège Notre-Dame, à Montréal, Robert Cornellier, a toutefois répété qu'il était primordial que l'Église écoute les victimes d'abus sexuels.
 
M. Cornellier, dont le frère René a été victime de sévices sexuels alors qu'il fréquentait le Collège Notre-Dame, espère déposer un recours collectif en mémoire de son frère mort en 1994.
 
La Congrégation de Sainte-Croix, qui a fondé l'établissement scolaire et l'Oratoire Saint-Joseph, a présenté ses excuses un peu plus tôt ce mois-ci et a promis de collaborer avec les enquêteurs si des plaintes étaient logées dans le futur.
8 commentaires
  • J.Gabriel - Abonné 31 octobre 2010 00 h 55

    Vive saint André!

    Vive saint André de Montréal!
    Enfin, on reconnaît la gloire de l'humilité qui bâtit.

  • Philivan - Inscrit 31 octobre 2010 01 h 43

    Le Stade olympique et le culte de la personnalité

    Quand la population du Québec va-t-elle enfin se lever debout et s'opposer à ce que des millions de dollars soient dépensés pour assouvir un culte de la personnalité pendant que des victimes d'actes de pédophilie commis par des confrères de ce soi-disant saint sont laissés sans soin et sans empathie?

  • Jacques Morissette - Inscrit 31 octobre 2010 09 h 08

    Comme une pièce de théâtre ou le climat est "nostalgie du passé".

    Pour certains, en tous les cas, cette mascarade était "nostalgie du passé". Pour d,autres, c'était le besoin de "participer à la parade". Je présume qu'il y avait plus de sincérité chez les premier que chez les seconds; n'est-ce pas messieurs Charest et Harper?

  • France Marcotte - Abonnée 31 octobre 2010 12 h 42

    Le temple de l'irrationnel

    "Le Stade était peut-être l'endroit tout indiqué pour cette cérémonie; l'écho caractéristique des cérémonies religieuses étant magnifié par le son particulier du lieu qui, habituellement, ne sied pas tout à fait aux prestations musicales".

    Voilà. Le Stade a enfin trouvé sa vocation. Il est le réceptacle idéal pour la dévotion religieuse, comme s'il avait été conçu pour cela. Mais quel étrange tableau! Une architecture futuriste qui évoque un vaisseau spatial qui draine de façon irrationnelle les finances publiques depuis des décennies et qu'on conserve simplement parce qu'on est déjà allé trop loin, rassemblant les dévots d'un autre âge autour des reliques d'un saint. Un lieu tout désigné pour des miracles qu'on ne cesse pas d'attendre...

  • Syrinus - Inscrit 31 octobre 2010 14 h 25

    Droit au respect

    Les abus sexuels sont révoltants et absolument inacceptables. Les incestes et les crimes sexuels commis par des professionnels et des prêtres qui devraient faire la promotion de la vertu et protéger les enfants nous font tous horreur. Ils doivent être dénoncés et punis sévèrement.
    Malgré le sentiment de profonde tristesse qu’ils inspirent, les catholiques font la part des choses et croient que ce ne sont pas la majorité des pères de famille, des professionnels et des religieux qui commettent ces crimes.
    C’est pourquoi les 50,000 à 60,000 personnes présents à la messe en l’honneur du Frère André ce samedi au Stade Olympique croient profondément à la dignité de la personne, à la beauté du monde et sont reconnaissants envers les hommes et les femmes des communautés religieuses qui ont donné généreusement d’eux-mêmes à notre éducation et aux soins des malades et des nécessiteux depuis des générations.
    Tous ont droit au respect de leur croyance et de leurs convictions, même les catholiques.