Le «délit grave» de l'ordination des femmes - Le Vatican suscite indignation et peine

Michele Birch-Conery (à gauche) a été parmi les premières Canadiennes a avoir été ordonnées. Elle avait reçu ce sacrement en 2005 à bord d’un bateau dans les eaux internationales du golfe du Saint-Laurent.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Michele Birch-Conery (à gauche) a été parmi les premières Canadiennes a avoir été ordonnées. Elle avait reçu ce sacrement en 2005 à bord d’un bateau dans les eaux internationales du golfe du Saint-Laurent.

Les groupes qui défendent l'ordination des femmes et leurs sympathisants en sont encore à accuser le coup du Vatican qui, en voulant modifier le droit canon pour accélérer la radiation des prêtres coupables de pédophilie, en a profité pour réaffirmer le caractère inadmissible du sacerdoce féminin en le qualifiant de crime grave. Cette modification survient trois jours après que l'Église d'Angleterre eut consenti à sacrer des femmes évêques au terme de houleux débats.

Ainsi, dans un document intitulé Normes sur les délits les plus graves, le Saint-Siège a qualifié l'ordination des femmes de «délit grave contre la foi», en laissant croire qu'une telle tentative était aussi lourde de conséquences que la pédophilie et les agressions sexuelles sur les mineurs. À Rome, on s'est défendu d'avoir voulu considérer ces actes comme équivalents.

«Je suis surprise et peinée. Pas personnellement, mais parce que je sens que c'est une blessure profonde infligée aux gens de Dieu qui souhaiteraient le faire», a dit Michele Birch-Conery, parmi les premières Canadiennes a avoir été ordonnées. À l'instar de trois autres femmes ordonnées prêtres et de cinq autres devenues diacres, cette théologienne et poétesse originaire de l'île de Vancouver avait reçu ce sacrement en 2005 à bord d'un bateau dans les eaux internationales du golfe du Saint-Laurent. «C'est la façon dont [le Vatican] en parle. En termes de gravité, on nous compare aux pédophiles... comme si on était des criminelles.»

Mme Birch-Conery, qui continue de servir dans une communauté malgré son excommunication, voit dans le geste du Vatican un retour aux pratiques du temps de l'Inquisition. «D'après moi, ce sont eux qui blasphèment l'esprit de Dieu en niant notre mouvement au sein de l'Église romaine catholique, a-t-elle soutenu. Ils ne comprennent d'aucune façon la spiritualité au XXIe siècle. En continuant de la sorte, ils maintiennent la violence dans l'Église.»

Par voie de communiqué, le groupe américain Roman Catholic Womenpriests, qui regroupe 100 femmes ordonnées depuis la première cérémonie, en 2002, sur le Danube, s'est aussi indigné. «Nous suggérons que le Vatican écoute la douleur des victimes des abus du clergé: les religieuses, les femmes prêtres et les laïques, qui sont tout autant des victimes de l'Église que les personnes qui ont subi des agressions sexuelles», a-t-il écrit.

Excommunication automatique

Le canon 1024 du Code de droit canonique établit en effet que «seul un homme baptisé reçoit validement l'ordination sacrée». L'ordination de femmes au sacerdoce et à l'épiscopat a été définie comme inadmissible depuis toujours et pour toujours par Jean-Paul II dans la lettre apostolique du 22 mai 1994 «Ordinatio Sacerdotalis».

D'ailleurs, toute ordination faite sans mandat du pape est punie par l'excommunication latae sententiae, c'est-à-dire immédiate. En ce sens, il ne faut pas se surprendre si le Vatican en a profité pour réaffirmer son message sur le caractère «grave» du sacerdoce des femmes. «Je ne sais pas pourquoi le Vatican a fait ça. J'avoue que ça m'étonne que l'on mette dans un même texte la condamnation des gestes de pédophilie qu'ont posés des prêtres et d'autres crimes, en particulier celui de l'ordination non légitime des femmes. C'est un peu choquant», a dit le prêtre Marc Rondeau, du diocèse de Saint-Hyacinthe.

En 1967, à l'Université Angelicum à Rome, l'homme avait soutenu sa thèse de doctorat sur ce que les papes, sur une période de cent ans, avaient dit de la situation des femmes dans le monde. «Dans la mentalité des Québécois, je ne pense pas que ce soit quelque chose d'acceptable», a reconnu Mgr Rondeau qui, dans l'exégèse et les Écritures, ne voit pas d'obstacle à l'ordination des femmes.

Mme Birch-Conery ne croit toutefois pas que cette mesure sévère découragera les futures femmes prêtres. «Je ne pense pas qu'on va être marginalisées, car les gens croient à notre place dans l'Église. Ils sont fatigués de cette insanité et de ces politiques du Vatican, a-t-elle noté. Je crois qu'au contraire, on aura encore plus de soutien.»
56 commentaires
  • Johanne St-Amour - Inscrite 17 juillet 2010 00 h 08

    Le délit grave des religions

    Quel scandale que cette misogynie catholique! Et celles d'autres religions bien sûr. Au moins l'Église d'Angleterre a fait un pas vers l'ordination des femmes.

    On dénonce haut et fort les groupes et personnes qui discriminent les femmes pourquoi est-ce qu'on l'accepte des religions? Un vrai scandale!

  • Gilbert Troutet - Abonné 17 juillet 2010 00 h 48

    Un régime d'apartheid

    Les comportements du Vatican me rappellent le régime d'apartheid en Afrique du Sud. Je suis étonné que les femmes continuent à fréquenter une Église catholique qui les méprise et les asservit. Quant à moi (qui suis du sexe des évêques et des papes), j'appelle au boycott de cette hiérarchie arrogante et sclérosée. Vivement le retour d'un Messie un peu éclairé pour dissiper cette grande noirceur!

  • René Girard - Inscrit 17 juillet 2010 02 h 13

    Peine perdue

    Si vous ne pouvez pas changer la religion catholique changez de religion parce qu'elle ne changera pas pour vous. Vous dites qu'elle tarde à évoluer alors qu'elle prétend être la représentante de dieu sur terre, vous accusez donc dieu de ne pas évoluer? oh le gros péché!

    Ce qui est nouveau depuis que l'Église a perdu le pouvoir politique dans certaines parties du monde (car il semble qu'elle l'a encore dans certains pays d'Afrique et même aux États-Unis d'une certaine façon par la voix des preachers, oui oui il y en a chez les catholiques comme chez les protestants) c'est qu'elle tolère la contestation. Avant elle excommuniait ceux qui contestaient. En passant où est la bonté de dieu dans l'excommunication. Si il savait d'avance qu'il était pour être offensé à quoi bon avoir créé l'homme? Pour jouir de le voir commettre des fautes afin de le punir? Quel cruel personnage! Que lui aurait-il coûté de créer l'homme sans la possibilité de pécher, il me semble que cela aurait été digne d'un dieu d'une extrême bonté que d'agir ainsi. On voit bien que c'est une invention toute humaine. Alors être excommunié d'une telle institution devient donc un bonheur. Pourquoi même souhaiter faire partie d'une telle institution? Les femmes qui veulent être ordonnées perdent leur temps, l'Église catholique, misogyne par nature, n'acceptera jamais.
    En passant je me demande pourquoi un journal sérieux comme Le Devoir attache encore de l'importance à ces choses si désuètes.

  • Georges Allaire - Inscrit 17 juillet 2010 02 h 52

    Les papesses et le Pape

    Les gens qui ne croient pas en l'Église du Christ fondée sur Pierre peuvent bien inventer une église à leur propre image. L'humour commence quand ils (elles) s'insurgent de ne pas se reconnaître dans l'Église fondée sur le Pape comme garde-fou (et garde-folles, pour être inclusive).

    Elles inventent alors une inquisition contre le garde-fou afin de préserver la sagesse de ce monde.

    Ou encore:

    «Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue. ... Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue. Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.»

    Où donc est la lumière et où donc sont les ténèbres?

  • Jean St-Jacques - Abonnée 17 juillet 2010 04 h 56

    Le Vatican est aveugle

    En agissant ainsi, le Vatican continue à éloigner les personnes de l'Eglise et perdre de plus en plus de sujets. Les églises se vident et continueront à se vider. Les religions ne sont pas nécessaires et il faut le faire disparaître. Elles sont à l'origine des troubles dans le monde.

    Pourquoi une femme ne pourrait pas être prêtre?