Les victimes exigent la démission de Mgr Ouellet

Selon l’Association des victimes de prêtres, Mgr Ouellet est l’ultime responsable du silence et de l’indifférence de l’Église catholique à l’égard des victimes d’agressions sexuelles en son sein.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Desmazes Selon l’Association des victimes de prêtres, Mgr Ouellet est l’ultime responsable du silence et de l’indifférence de l’Église catholique à l’égard des victimes d’agressions sexuelles en son sein.
Selon France Bédard, présidente de l'Association des victimes de prêtres, Mgr Ouellet est l'ultime responsable du silence et de l'indifférence de l'Église catholique à l'égard des victimes d'agressions sexuelles en son sein, puisqu'il est le primat de l'Église — «son grand patron» — au Canada.

Elle sera accompagnée de plusieurs victimes, parmi lesquelles des anciens étudiants du collège Notre-Dame. Depuis que le quotidien The Gazette a publié une enquête au sujet des frères de Sainte-Croix, fin 2008, les révélations s'accumulent au sujet des sévices subis par les pensionnaires du collège privé.

René Cornellier père cherche à obtenir l'autorisation des tribunaux pour intenter un recours collectif au nom des anciens étudiants du collège Notre-Dame victimes de sévices sexuels aux mains des frères et du personnel, entre 1972 et 2001. Il a intenté ce recours au nom de son fils, René fils, qui a gardé le secret des agressions jusqu'à sa mort en 1994.

C'est en lisant le dossier de la Gazette que la famille Cornellier a appris l'étendue du désarroi de René fils. Un an avant sa mort, il a écrit trois lettres aux autorités de la congrégation de Sainte-Croix et du collège Notre-Dame pour dénoncer les sévices qu'ils avaient subis, ses amis et lui, et pour demander que des mesures soient prises contre les quatre responsables. Ses appels n'ont pas été entendus. Son frère, Robert Cornellier, porte-parole de la famille, demande aussi la démission de Mgr Ouellet.

Pierre (nom fictif) a fréquenté le collège Notre-Dame au milieu des années 1970. L'histoire de feu René Cornellier ne l'étonne guère. Un frère de Sainte-Croix a aussi tenté de l'agresser sexuellement. Il s'est tellement débattu qu'il a réussi à lui échapper. Il en a été quitte pour une frousse et des attouchements sexuels. «J'ai enfoui ça en dedans de moi jusqu'à aujourd'hui», dit l'homme, qui évolue dans le domaine des médias.

Pierre a choisi de parler parce que c'est la seule façon de forcer l'Église à répondre de ses actes. «Il faut la mettre au pied du mur pour qu'elle réagisse. Il faut la poursuivre pour obtenir justice. [...] Il faut la forcer à reconnaître le problème et à se débarrasser de ses pédophiles», dit-il.

Une preuve accablante

Violée par le vicaire Armand Therrien à l'âge de 17 ans, en 1965, la présidente de l'Association des victimes de prêtres, France Bédard, a porté plainte au criminel 40 ans après les faits. Elle détenait une preuve accablante: un test d'ADN attestait que Therrien était le père de l'enfant né de ce viol.

Therrien est mort le 2 février 2008, avant de subir son procès. France Bédard a intenté une poursuite de 325 000 $ contre l'archevêché de Québec (les agressions se sont déroulées à Saint-Marc-des-Carrières). «Je vais aller jusqu'au bout. Je veux un verdict», dit-elle, déterminée à briser la loi du silence qui règne au sein de l'Église catholique.
20 commentaires
  • René Girard - Inscrit 17 février 2010 04 h 13

    Bravo!

    Bravo madame Bédard je vous appuie et souhaite ardemment que les gens prennent conscience du grave problème qui résulte du fait qu'à force de contenir la nature sexuelle dans le but de plaire à un dieu hypothétique, cette abnégation contre nature conduit forcément à des résultats déviants. Et dire que cette église est contre l'homosexualité et ose se prononcer sur l'amour et l'union conjugale. Elle dira que l'institution est divine mais composée d'êtres humains pécheurs, comme pour atténuer le blâme. Deux affirmations fausses dans la même phrase. 1 - Aucune preuve scientifique sur la divinité de l'institution. 2 - Rien ne permet d'affirmer que l'être humain est un pécheur et que c'est pour cette raison qu'il commet parfois des actes répréhensibles. Mais cette fausse doctrine du péché originel est bien commode pour expliquer les déviances sexuelles dont certains prêtres sont coupables. Qui ne voit pas le lien de cause à effet? La cause c'est la continence de pulsions sexuelles normales, l'effet ce sont les débordements qui résultent de l'impossibilité à maintenir cette continence. Certains prêtres ont des maîtresses et vivent une sexualité normale en cachette. D'autres s'intéressent à des êtres plus fragiles et sans défense comme des enfants qui cèdent facilement devant l'autorité surtout quand celle-ci prétend agir au nom de dieu. Voilà vers quels comportements anormaux conduit une institution si contraire à l'ordre de la nature et de la raison.

  • Henry Fleury - Inscrit 17 février 2010 05 h 45

    Prêtes recherchés

    La traque aux prêtes pédophiles devraient s'étendre partout dans le monde au même titre que pour les criminels de guerre. Combien de vies violées, de rêves brisés, d'avenirs perdus ? À cause de ces malades dissimulés derrière une soutane et à qui on avait pourtant confié le plus précieux. La démission de Mgr Ouellet peut-être... Mais une enquête publique sur ces criminels en cavale certainement !

  • Michel Bourgault - Abonné 17 février 2010 07 h 22

    Un chef responsable

    Je ne suis pas en faveur de la démission de Mgr Ouellet. J'en attends plutôt le comportement d'un chef: reconnaissance des torts, réparation auprès des victimes, enfin amendement ou prévention.
    1) Reconnaissance publique des abus, reconnaissance de ne pas avoir pris les mesures appropriées au moment voulu, reconnaissance du tort fait à l'Église par les responsables de ces actes.
    2) Réparation de bon gré dans un premier temps envers les victimes et leurs proches, sinon réparation devant les tribunaux civils.
    3) Finalement des amendements. Remettre en question la procédure et le traitement qui est fait de ces cas d'abus, abolir la discipline du célibat obligatoire pour les prêtres dans l'Église.
    Un chef crédible ne va pas se cacher derrière une démission, mais prend des mesures énergiques pour remédier à la situation et surtout aux torts causés.
    Michel Bourgault

  • Sanzalure - Inscrit 17 février 2010 07 h 59

    Lucien Bouchard devait le savoir

    Les gens de la génération de Lucien Bouchard savaient très bien ce qui se passait et n'ont rien fait pour y mettre fin. Qu'il continue aujourd'hui de défendre cette religion hypocrite questionne la justesse de sa soi-disant «lucidité».

  • Claude Gilbert - Inscrit 17 février 2010 08 h 37

    Question!

    Le cardinal Ouellet étant le seul prélat québécois à avoir présenté des excuses et demandé pardon pour ces crimes, est aujourd'hui le seul évêque dont on demande la démission. (Le fait d'être "primat du Canada" ne lui confère aucune autorité sur les autres diocèses; c'est un titre attaché au siège, pas à la personne, en considération du fait que Québec a été le premier évêché fondé ici.)

    Et le cardinal Turcotte? Lui a toujours refusé d'en faire autant que son collègue, il s'en est même dissocié quand l'archevêque de Québec a fait ses demandes publiques de pardon, et il s'est toujours défilé dans le dossier des orphelins de Duplessis. Moins on en fait, moins on se fait achaler?