Société - Quand même Barbie se cache sous une burqua

Pour ses 50 ans, la célèbre poupée Barbie a décidé la semaine dernière de se cacher... dans une burqa, le voile intégral musulman. Un geste provocateur, soutenu par Mattel, afin d'alimenter une campagne de financement d'un organisme caritatif. Un geste aussi qui, partout dans le monde occidental, soulève l'indignation.

La cause est juste, mais la manière, discutable. Barbie, le jouet phare de la multinationale américaine Mattel, vient, du haut de ses 50 ans, de faire une autre folie: elle a décidé de porter la burqa, ce voile intégral destiné à cacher le corps des femmes musulmanes.

La chose s'est passée en Italie, il y a quelques jours, dans le cadre d'une collecte de fonds orchestrée pour un organisme caritatif qui vient en aide aux enfants. Et elle entraîne depuis étonnements, questionnements et un certain vent d'indignation un peu partout sur la planète.

«C'est très bizarre, a commenté hier l'historienne du féminisme Micheline Dumont, auteure du Féminisme québécois raconté à Camille (éditions du Remue-Ménage). On utilise ici le scandale de la burqa pour se faire de la publicité et l'injustice faite aux femmes pour faire de l'argent. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.»

La semaine dernière, 500 Barbie ont été exposées à Florence pour souligner le 50e anniversaire de la poupée — l'objet de désir pour jeunes filles, imaginé par Ruth Handler, a vu le jour le 9 mars 1959 aux États-Unis. De ce nombre, une portait un voile islamique noir ne laissant apparaître que son délicat visage bronzé. Deux autres ont été affublées d'une burqa intégrale, couleur orange et vert lime, avec filet de rigueur devant les yeux pour leur permettre de se mouvoir dans l'espace.

L'ensemble des figurines, présentées dans ce salon international du cinquantenaire commandité par Mattel, ont été vendues aux enchères par la célèbre maison Sotheby's, et ce, au bénéfice de l'organisme Save the Children, qui vient en aide aux enfants dans les pays musulmans comme dans ceux qui ne le sont pas.

À l'origine de cette nouvelle inscription de Barbie dans un autre univers culturel, la designer italienne Eliana Lorena a justifié cette islamisation de l'icône en parlant d'un geste d'ouverture: «Il est important pour les jeunes filles, peu importe où elles habitent, de jouer avec une poupée qui leur ressemble, a-t-elle indiqué au quotidien britannique Daily Mail. Barbie, comme modèle pour les jeunes filles, est parfois perçue négativement. Mais dans ce cas, le message est qu'avec Barbie, une femme peut être qui elle veut.»

«C'est un geste réfléchi, estime Johanne Brunet, professeure de marketing international à l'école des HEC de Montréal. Les compagnies cherchent de plus en plus à adapter leurs produits en fonction des marchés. Mettre Barbie dans une burqa, ce n'est donc pas étonnant. Ça va avec notre temps, où l'on parle beaucoup en Occident de la présence musulmane, d'accommodements... Et c'est peut-être le début de quelque chose.»

Au Devoir hier, la multinationale du jouet a toutefois assuré que ce n'était pas le cas. «Depuis plus de 50 ans, des artistes à travers le monde utilisent Barbie pour s'exprimer, a laconiquement indiqué Julia Jensen, porte-parole de l'entreprise. Dans ce cas-là, il n'y a rien de différent: Eliana Lorena utilise cette poupée pour parler de différentes cultures. Mais pour Mattel, Barbie va continuer de se tenir loin de la politique et de la religion», a-t-elle dit.

Malgré lui, ce jouet se retrouve régulièrement au centre de controverses dans les pays musulmans, où il est généralement mal vu. En 2003, l'Arabie saoudite a fait de Barbie une persona non grata sur son territoire en raison de ses vêtements, de sa «gestuelle honteuse» et de ses accessoires, «symboles de la décadence et de la perversion de l'Ouest». La même année, l'entreprise NewBoy des Émirats arabes unis a introduit sur le marché un clone de Barbie, baptisé Fulla, en harmonie avec les valeurs musulmanes, expliquait le fabricant à l'époque.

«Cette Barbie en burqa, c'est fou et fascinant en même temps, lance à l'autre bout du fil Denis Alisson, collectionneur de Barbie qui travaille au Musée national des beaux-arts du Québec. Cette icône est de plus en plus galvaudée par le sensationnalisme. Le message que cela envoie est toutefois dangereux: une poupée doit rester un jouet, pas un objet de propagande pour des adultes.»

Micheline Dumont s'inquiète, elle aussi, du détournement de cette figure de l'enfance au féminin, symbole de la consommation, certes, mais qui depuis 50 ans, sous la pression des mouvements féministes, a finalement beaucoup évolué. De femme au foyer au destin traditionnel, elle a fini par devenir plus libérée en s'affichant en femme d'affaires, en pilote d'avion, en policière, aspirant à un avenir qui s'inscrit davantage dans son époque. «Enfermer tout ça dans une burqa, c'est un message plutôt ambigu que l'on envoie», conclut l'historienne du féminisme.
11 commentaires
  • Monia Ayachi - Inscrite 3 décembre 2009 01 h 33

    Oulala !!! Barbie et Fulla deux integristes !!!


    Et quand l’argent devient Dieu !

    Merci pour cet article qui nous transpose sur une autre sphère, sur la vraie problématique de notre civilisation.

    La question n’est plus un simple jouet mais une manipulation et instrumentalisation de tout genre de capital au profit des multinationales en dépit de toute valeur humaine.

    Ce n’est pas la burqa ou le voile qui me gênent mais cette dégradation humaine qui vend et achète tout à tout prix au nom d'un Dieu Argent.
    Un cadeau original pour Noël !!!!!

  • Brun Bernard - Inscrit 3 décembre 2009 06 h 53

    Bizarre...

    ..car si vous regardiez les vidéos-pubs, on voit l'intérieur des maisons les Barbie ayant les cheveux à l'air. La musique est géniale. L'intérieur même des maisons est absolument occidental (pas l’architecture) avec parfois quelques signes de culture arabo-musulmans. Lorsque ces poupées sortent dehors, elles mettent le voile pour éviter le regard d'autrui. Cela donne raison à Simone de Beauvoir pour les poupées et la condition féminine. Il y a à voir avec notre culture occidentale, la nôtre, prête à tout pour un nouveau marché. La Barbie chinoise existe aussi en tenue traditionnelle; japonaise en kimono; africaine en boubou etc...(cf. aux liens envoyés) Rien pour les musulmans? Ils n'ont pas le droit à exister ni à exprimer leurs traditions. Rien pour leurs enfants? Pourtant les chinois ont encore des concubines, clandestines à cause de communisme-capitaliste. Ainsi c'est toute la tradition chinoise qui n'a rien à envier aux traditions arabes (cf. à la grande littérature chinoise comme son chef-d’œuvre « Le rêve dans le pavillon rouge » de Cao Xueqin du 18ième (la Pléiade) où on voit très bien la condition féminine de la femme chinoise ou le célèbre « Récits d’une vie fugitive » de Chen Fou (19ième siècle) etc. La liste est longue. Ne parlant pas de la japonaise tout en sachant depuis le « Journal de Tosa » un texte du 8ième siécle écrit par un grand poète japonais qui donna par sa manière d’écrire l’impulsion à une écriture féminine japonaise. Nous connaissons tous Sei Shônagon et son non moins fameux « Notes de chevet » un chef-d’œuvre par exemple. Sans oublier que la femme au Japon n’est pas mieux lotie, même moins, que la femme arabe dans sont rapport aux hommes (le cinéma et la culture japonaise accessible en témoignent. Par exemple le Nô où on ne voit pas de femmes. Ce sont les hommes qui incarnent les femmes). Pourtant la littérature japonaise est une des plus grande littérature érotique au monde. La libération de la femme a bon dos. On se souvient des speechs de Bush à propos de la démocratie pour l'Irak avant l'invasion. Il s'avère que c'était pour le marché du pétrole et son exploitation par les firmes américaines. Barbie s’internationalise, commerce oblige. C’st normal et c’est comme ça que les choses peuvent changer. Je tiens à préciser qu’il n’y a aucune apologie de l’intégrisme islamique afin d’éviter les malentendus. L’objectivité a des exigences. Voilà tout.

    http://www.univers-poupees.com/boutique/article.ph

    http://www.priceminister.com/offer/buy/20671350/Ba

    http://cgi.befr.ebay.be/RARE-Barbie-africaine-en-c

  • Catherine Courchesne - Abonnée 3 décembre 2009 10 h 14

    Deux pas en avant... un pas en arrière

    Ça me dépasse que la situation des femmes dans le monde soit toujours aussi précaire, qu'elles soient toujours aussi opprimées, qu'on doive encore en parler et verser des flots d'encre à ce sujet. Comment peut-on imaginer obliger une personne à vivre sous une couverture en lui laissant un petit trou pour voir? C'est un traitement digne d'un animal destiné à la consommation humaine. Faut-il vraiment expliquer ça et en discuter? Encore???

  • Albert Descôteaux - Inscrit 3 décembre 2009 10 h 21

    Burqua, symbole de beauté de féminité et de féminisme?

    En tout cas, espérons que couverte de cet accessoire, la Barbie ne sera peut-être plus considérée comme symbole de la décadence et de la perversion de l'Ouest!

  • Monia Ayachi - Inscrite 3 décembre 2009 16 h 21

    Pour votre info !

    Mr Descoteaux n’oubliez pas c’est une poupée manipulée et non pas un humain qui a droit à boire, manger et s’habiller comme il veut.
    Avez-vous entendu des hommes ou des femmes critiquer les habits des hommes en Arabie Saoudite, en Iran, au Soudan, en Inde et au Pakistan pourtant tous les hommes de ces pays couvrent leurs têtes.
    Le jour où on libèrera nos pensées nous pourrions parler d’égalité et de beauté, pour le moment, la décadence et la perversion règnent partout dans les esprits avec ou sans voile, c'est une question d'éducation humaine.
    Le problème c’est l’accueil enthousiaste des gens de cet événement tant qu’il provient d’un système économique puissant! Et on parle de soumission!
    La civilisation occidentale (Ouest) reste toujours valorisée par son apport humain (droits de l’homme) et technique. L’autocritique nous évite d’être absorber par le capitalisme.