Hausse subite des demandes d'apostasie au Québec

Photo: Agence France-Presse (photo)

Les récentes controverses impliquant le Vatican et l'Église catholique à travers le monde ont grandement choqué plusieurs catholiques au Québec. Assez pour qu'un nombre record d'entre eux déposent une demande d'apostasie, selon les chiffres du diocèse de Québec.

La chancellerie du diocèse dirigé par le cardinal Marc Ouellet a ainsi reçu une cinquantaine de demandes d'apostasie dans le seul dernier mois. Selon le chancelier, Jean Pelletier, il y a habituellement une vingtaine de demandes par année. Pas plus.

De mémoire, M. Pelletier ne se rappelle que d'un seul événement ayant provoqué des réactions aussi fortes, soit au moment de l'introduction du mariage gai au Québec. Une quarantaine de demandes d'apostasie avaient alors été reçues, émanant principalement de personnes homosexuelles désirant dénoncer l'opposition de l'Église à ce type de mariage.

Le Devoir a pour sa part reçu cette semaine des lettres d'opinion faisant état de démarches d'apostasie, dont une signée par un collectif de 26 personnes (elle est reproduite aujourd'hui en page A 8).

Au diocèse de Montréal, la chancellerie observe une politique de confidentialité quant aux statistiques sur l'apostasie. Si les données sur les mariages ou les baptêmes sont publiques, l'acte d'apostasie est considéré comme confidentiel, indique le chancelier, Michel Parent.

Ce dernier confirme toutefois que l'écart observé à Québec se vérifie aussi à Montréal en ce mois de mars. «Chaque fois qu'il y a une prise de parole [du pape ou des autorités] qui dérange, des propos controversés sur des comportements moraux, on sent une poussée» du nombre de demandes d'apostasie, souligne M. Parent.

Une demande d'apostasie — l'abandon de la foi — est la façon officielle de quitter l'Église catholique (les termes «excommunication» ou «débaptisation» sont parfois utilisés, à tort). Les futurs ex-catholiques doivent écrire à leur diocèse et remplir un formulaire. L'Église engage généralement un dialogue avec ces personnes, mais accepte toutes les demandes.

La démarche est plutôt symbolique, indique le sociologue et théologien Louis Rousseau, professeur à l'UQAM. Mais elle révèle beaucoup du degré d'exaspération de ses auteurs. «Ça veut dire qu'il y a clairement des bornes qui ont été dépassées», dit-il en rappelant qu'avoir recours au droit canonique est «rare» dans notre société laïque.

«Ça renvoie à un jugement de rejet total qui va beaucoup plus loin qu'un simple désaccord sur les croyances religieuses», estime M. Rousseau.

Brésil

C'est vraiment la décision d'un archevêque brésilien d'excommunier, début mars, la mère d'une fillette de neuf ans et les médecins ayant pratiqué un avortement sur cette enfant enceinte de jumeaux après qu'elle eut été violée par son beau-père qui a provoqué ces réactions à Québec, souligne Jean Pelletier.

«Ça a choqué bien du monde», dit M. Pelletier en parlant d'une «gaffe monumentale» faite par un archevêque qui s'est «mis les pieds dans les plats jusqu'à la ceinture» en interprétant mal le droit canonique.

Le Vatican a dans un premier temps défendu cette décision, par la voix du préfet de la Congrégation pour les évêques.

En écho au tollé mondial qui a suivi, le président de l'Académie pontificale pour la vie à Rome a toutefois rectifié le tir un peu plus tard, en critiquant la décision de son collègue brésilien et l'appui du Vatican.

Le chemin ouvert, plusieurs ont ensuite emboîté le pas, notamment les cardinaux Marc Ouellet et Jean-Claude Turcotte.

Mais le mécontentement des catholiques a aussi été alimenté récemment par des commentaires émis par Benoît XVI lors d'un voyage en Afrique, où il a déclaré que le condom aggravait le problème du sida au lieu de le contenir. Sa décision de lever l'excommunication de l'évêque Williamson, un négationniste notoire, a également fait des vagues.

Dissociation

Initiatrice de la lettre ouverte collective, France Gagné indique avoir voulu signifier par son geste qu'elle se dissocie complètement des agissements du Vatican.

«Je ne veux pas être associée, même indirectement, à des décisions qui m'horripilent, indique l'enseignante au collégial au cours d'un entretien. Je ne veux plus faire partie des statistiques.»

Son groupe compte des gens de tous horizons. «Je me dis que s'il y avait un mouvement [d'apostasie], ça pourrait brasser la cage de cette Église», estime Mme Gagné.

À Longueuil, le massothérapeute Jean Baillargeon et sa femme Louise Grégoire, conseillère pédagogique, ont fait exactement la même démarche que France Gagné: contacter leur diocèse et écrire une lettre d'opinion pour annoncer leur apostasie.

Mariés religieusement, ils ont été membres de «mouvements se définissant comme d'obédience catholique». Aujourd'hui, ils ne veulent plus rien savoir. «Les récentes dérives de l'Église nous agressent profondément», dit M. Baillargeon.

Il cite en ce sens les dossiers brésilien et africain, mais aussi la décision du cardinal Turcotte de remettre son insigne de l'Ordre du Canada à la suite de la nomination du docteur Henry Morgentaler, promoteur de l'avortement.

«Nous ne voulons plus être associés de près ou de loin à cet organisme autocratique», écrivent M. Baillargeon et Mme Grégoire, qui «souhaitent bon courage aux chrétiens progressistes qui luttent encore au sein de l'Église».

Ce type de décision ne surprend pas Louis Rousseau. «Il y a eu récemment une cascade d'événements qui vont contre le sens élémentaire de l'humanité», dit-il en soulignant la fracture entre la hiérarchie de l'Église et le commun des catholiques.

Selon Statistique Canada, 83 % des Québécois se définissent comme étant catholiques. La pratique active ne concernerait toutefois que le quart de la population.
77 commentaires
  • André Loiseau - Inscrit 1 avril 2009 01 h 02

    Une bonne idée

    S'ils n'apostasient pas, les croyants ont peur de se retrouver en enfer, avec Benoît. Je les comprends, quoi faire d'autre? Lui servir de caution morale? Les chrétiens progressistes devront être très courageux s'ils demeurent dans la maison du Saint-Père. C'est difficile de vivre contre ses convictions. Je me défini comme croyant...avec des réserves.
    C'est déjà beaucoup et c'est même généreux.
    Je me refuse à tout Dogmes ou Églises. Mon âme n'appartient qu'à son Créateur et à ma petite personne. Pas besoin du discours des hommes et de l'hommerie hiérarchisée pour empirer les choses et obscurcir ma lanterne.
    Dieu sauve le pape, et qu'Il fasse, dans son infinie bonté, qu'il ne nous entraîne pas dans sa déchéance.
    Mais, en fin de compte, inutile de prier pour lui puisqu'il est parfait et le seul, avec ses cardinaux pailletés, à avoir raison.

  • lllaurenttt - Inscrit 1 avril 2009 01 h 47

    Marche à suivre : voir ce commentaire

    Voici une marche à suivre pour demander l'apostasie au Québec:

    1) Il faut d'abord s'adresser à la paroisse où a eu lieu votre baptême.
    2) Faire une demande simultanée sous pli recommandé à l'évêque du diocèse dans lequel se trouve la paroisse où a eu lieu votre baptême.
    3) Attendre patiemment qu'on donne suite à votre requête, environ trois semaines.
    4) Exiger une confirmation écrite attestant qu'on a donné suite à votre requête.
    5) Si vous rencontrez des difficultés... persistez! C'est votre droit légitime! La Commission des droits de la personne vous protège!
    6) Et cela ne coûte absolument rien... Aucun frais.
    7) Voici un exemple de lettre de demande d'apostasie :

    Lettre de demande d'apostasie

    Monsieur le curé (Monsieur l'évêque),
    ayant été baptisé en l'église _________________________ le ________________________ sous le nom de _________________________________, je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter sur le registre de baptême et en regard de mon nom la mention suivante:
    a renié son baptême par lettre datée du ____________________
    En effet, mes convictions philosophiques ne correspondent plus à celles des personnes qui ont estimé devoir me faire baptiser. Ainsi, vos scrupules de vérité, et les miens seront apaisés, et vos registres purs de toute ambiguïté.
    Dans l'attente d'une confirmation écrite, je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments distingués.
    Fait à __________________ le ________________ Signature:________________________________





    Ces étapes proviennent de members.tripod.com/mikebell98/id4.htm

    Un autre modèle de lettre est disponible ici : mlq.qc.ca/vx/8_apostasie

  • Georges Allaire - Inscrit 1 avril 2009 02 h 52

    Les récentes dérives de l'Église?

    Voilà belle lurette que la vaste majorité des Québécois n'a ni le coeur ni la pensée accordés à l'enseignement de Jésus-Christ ni ne lui accorde croyance. Si on allait plus loin, on pourrait observer le même phénomène dans le clergé et la bureaucratie catholiques du Québec.

    Par contre, cette "dérive" n'est pas celle de l'Église. Elle est celle de ces Québécois. Le coeur et la pensée de l'Église n'ont pas changé de cap. La similitude entre les catéchismes d'antan et le récent Catéchisme de l'Église Catholique en font foi. Le coeur et la pensée des Québécois ont navigué vers une autre rive.

    La lente croissance des apostasies explicites s'explique par l'apostasie effective de tant de responsables de l'Église québécoise qui a masqué cette démarcation. Ce n'est pas par hasard qu'une population passée au travers des décennies de catéchèse scolaire en soit arrivée à une ignorance complète du contenu et de la signification de la pensée et du coeur de l'Église. Les responsables de cette catéchèse y ont mis leur propre apostasie.

    Paradoxalement, dans bien des cas la persistance d'une pratique religieuse guidée par une incroyance effective cause autant une apostasie de fait que l'absence des gens à l'église.

    D'où l'apparence d'une dérive de l'Église. Si on se fait enseigner une contre-Église pendant des années, par des gens d'Église, il s'ensuit que la redécouverte de l'Église, même défigurée par les médias, donne l'impression que c'est l'Église qui a perdu son compas.

    Ceci dit comme observation de fait, sans préjuger de la valeur des options divergentes. Rappelons cette observation de Gilles Vigneault: "Autrefois, les jeunes savaient que leurs parents ne se quitteraient pas." Depuis, bien d'entre eux ont quitté l'Église et se sont quittés. Ont-ils trouvé la liberté, ou perdu la liberté de la fidélité?

  • Christian Montmarquette - Abonné 1 avril 2009 06 h 19

    Les Québécois...

    Vous dites :

    « Selon Statistique Canada, 83 % des Québécois se définissent comme étant catholiques. La pratique active ne concernerait toutefois que le quart de la population. »

    Les Québécois sont nationalistes et vote « Non » aux référendums...

    Ils sont contre la guerre... Et restent dans le Canada...

    Ils sont progressistes et votent libéral...

    Ils gueulent contre le gouvernement et ne votent pas...

    Ils sont catholiques, mais pas pratiquants...

    Ils aiment leur culture et répondent en anglais au gars dépanneur...

    Les Québécois... Franchement...

    C'est de plus en plus n'importe quoi...

    Et vive le hockey, Nintendo et Star Académie !

    Une belle dope pas cher qui vous ampute un cerveau plus vite qu'un as du scalpel...

  • Patrick Leclerc - Inscrit 1 avril 2009 06 h 31

    Le seul choix valable

    J'ai apostasié il y a environ 6 ans. Des propos tenus par l'Église et appuyés par le Vatican, propos semblables à ceux tenus en Afrique récemment et semblables aussi à ce qui s'est passé avec la fillette brésilienne, m'ont "forcé" à me dissocier de cette institution rétrograde.

    Facile d'apostasier? Pas tout à fait. J'ai dû m'y prendre à trois reprises afin que l'Église accepte finalement d'accéder à ma demande. J'en étais rendu à menacer les autorités catholiques d'en faire un cas public si personne ne donnait suite à ma requête. J'avais l'impression d'essayer de sortir de la mafia tellement l'emprise de l'Église était forte.

    Ma décision en avait surpris plus d'un autour de moi à l'époque. Je me suis vite rendu compte que l'Église bénéficie encore d'une influence profonde sur les gens bien qu'ils ne se définissent pas comme étant pratiquants. C'est comme s'il restait une petite crainte de ce qui arrivera s'ils défiaient l'Église. Et s'il y avait véritablement un Paradis après la mort???...Ce que les gens doivent comprendre c'est qu'il y a une différence importante entre la spiritualité et l'Église. L'institution catholique s'est appropriée la spiritualité mais elle n'en détient pas les droits exclusifs. Si Dieu existe réellement, la présence ou l'absence de l'Église n'y changera strictement rien. Laissons donc Dieu de côté pour un instant et disons clairement aux autorités religieuses que des propos homophobes, sexistes et dangereux ne sont pas tolérer dans notre société. Il n'y a plus de place pour les discours rétrogrades.

    Je suis réellement heureux de voir que le nombre de demandes d'apostasie est en hausse. Je souhaite simplement que cela perdurera et que les gens ne retourneront pas tout simplement devant leur téléviseur pour regarder la fin de Virginie en se disant que, de toute façon, ils ne vont plus à l'Église, alors à quoi bon apostasier?

    Le geste n'est peut-être que symbolique mais, dans une guerre d'influence des religions, il revêt une importance particulière. Vous le constaterez assez rapidement lorsque l'Église demandera à vous rencontrer pour discuter de votre foi et tenter de vous persuader de ne pas quitter le navire.