Le cardinal Ouellet confesse certaines fautes de l'Église

Les réactions vives au témoignage du cardinal Ouellet à la commission Bouchard-Taylor ont fait réfléchir le principal intéressé: il publie aujourd'hui une lettre ouverte dans laquelle il invite les Québécois au dialogue et demande pardon pour certaines fautes commises par l'Église.

Le cardinal Marc Ouellet passe à la confesse. Dans une lettre ouverte publiée aujourd'hui en page Idées (A 9), il demande «pardon pour tout [le] mal» causé par certains catholiques et des autorités épiscopales québécoises dans le passé, notamment en ce qui concerne les abus sexuels ainsi que la discrimination à l'égard des femmes et des homosexuels.

S'exprimant à titre d'archevêque de Québec et de primat du Canada, Mgr Ouellet reconnaît dans ce texte que des «erreurs ont été commises» dans le passé, qu'elles «ont terni l'image de l'Église» et qu'il faut en conséquence «demander pardon». Selon le cardinal, l'occasion de «témoigner publiquement de [cette] repentance» se présentera lors du prochain carême.

Il aborde plusieurs points: notamment les «attitudes étroites de certains catholiques» qui ont favorisé avant 1960 «l'antisémitisme, le racisme, l'indifférence envers les Premières Nations et la discrimination à l'égard des femmes et des homosexuels».

Le cardinal exprime également des regrets envers «le comportement des catholiques et de certaines autorités épiscopales relativement au droit de vote, à l'accès au travail et à la promotion de la femme».

Mgr Ouellet poursuit en affirmant que «des abus de pouvoir» ont «terni» chez plusieurs Québécois «l'image du clergé, et nui à son autorité morale: des mères de famille ont été rabrouées par des curés sans égard pour les obligations familiales qu'elles avaient déjà assumées; des jeunes ont subi des agressions sexuelles par des prêtres et des religieux». Résultat? Ces scandales ont «ébranlé la confiance du peuple envers les autorités religieuses».

La sortie de Marc Ouellet sur ces sujets semble être une première au Québec: hier, personne du milieu ecclésial n'avait autrement souvenir d'un semblable chapelet d'excuses présenté par la plus haute autorité religieuse au pays.

L'Église québécoise s'est déjà excusée pour son attitude passée envers les femmes lors du 50e anniversaire de l'obtention du droit de vote, en 1990. La question des agressions sexuelles n'a par contre jamais fait l'objet d'une déclaration officielle, chaque diocèse gérant chaque cas individuellement. Même chose pour les orphelins de Duplessis, qui font encore pression pour obtenir des excuses officielles.

À l'Assemblée des évêques catholiques du Québec, le président Martin Veillette précisait hier que la lettre du cardinal est une initiative personnelle et non une position officielle de l'ensemble des évêques ou de l'Église québécoise. «Chaque évêque a le droit de s'exprimer librement», a-t-il mentionné.

Témoignage

Et si Marc Ouellet a senti le besoin de le faire, c'est que son passage devant la commission Bouchard-Taylor a soulevé plusieurs critiques qui l'ont laissé songeur. Disant avoir entendu les critiques, le primat du Canada offre en réponse cette lettre pour «dissiper les incompréhensions et inviter à une écoute réciproque».

Le 30 octobre, Mgr Ouellet avait livré un vibrant plaidoyer pour le retour de l'enseignement religieux à l'école et une «nouvelle évangélisation» du Québec, tout en dénonçant «l'intégrisme laïque». Il avait aussi associé au vide spirituel des Québécois la chute des mariages, le faible taux de natalité ainsi que le nombre élevé d'avortements et de suicides.

Il ne renie pas ses positions aujourd'hui, mais il apporte quelques précisions. «Je ne demande aucunement à la société québécoise de revenir en 1950. Du point de vue sociologique et culturel, le pluralisme et la laïcité se sont installés à demeure au Québec», admet Mgr Ouellet.

Selon lui, la «quête de spiritualité [des Québécois] languit», ce qui «compromet l'avenir du Québec». C'est pourquoi il invite à établir un dialogue sérieux pour «redonner espérance et foi à l'âme québécoise»... chose qui serait ardue si l'Église ne s'excusait pas pour certaines erreurs du passé, croit-il.

«La société québécoise traîne une mémoire blessée dont les mauvais souvenirs bloquent l'accès aux sources vives de son âme et de son identité religieuse», pense M. Ouellet.

Ce dernier n'était pas disponible pour commenter son texte hier.
32 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 21 novembre 2007 04 h 17

    Et l'enfer ?

    Notre cardinal Ouellet, le nez à terre pour demander pardon au nom de l'église catholique. Le pape Jean-Paul 2 n'arrêtait pas, lui aussi de s'excuser, au nom de la même église et aimait aussi, embrasser le sol.

    Péché avoué est à moitié pardonné disait nos pasteurs catholiques mais il en restait une moitié qui avait besoin de plein de contrition pour être complètement effacé.

    Notre monseigneur n'a pas parlé des traumatismes engendrés par leur description de l'enfer où le pécheur "principalement sexuel" allait brûler éternellement dans les souffrances les plus atroces "sans pouvoir voir son Dieu" qui l'avait ainsi condamné, autre souffrance supplémentaire. Un Catholique pouvait y être précépité seulement pour avoir commis un seul péché mortel comme de conserver une pensée impure "du genre sexuel" plus que quelques secondes, sans la regretter et avoir le temps s'en confesser avant d'aller rejoindre son sauveur pour se faire juger. Ça a beaucoup favorisé la pureté des pensées dans le temps. "Il y a toujours un bon côté à tout".

    Faudrait demander à M. Ouellet si, à son idée, l'enfer est aussi souffrant que dans le temps ou s'ils y ont fait installer l'air climatisé.

  • Jean St-Jacques - Inscrite 21 novembre 2007 07 h 16

    Le cardinal Ouellet

    Vraiment le cardinal semble avoir décroché de la réalité. Pour réparer ses gaffes, il écrit aux Québecois pour se repentir. Le mal est fait et il se penche sur la femme, alors qu'elle est encore exclue de la prêtrise.

    Il a encore du chemin à parcourir pour s'approcher de la réalité.

  • Serge Charbonneau - Inscrit 21 novembre 2007 08 h 40

    Je pleure presque

    Dans sa magnifique tunique rouge, bague au doigt, le bon cardinal me fait presque pleurer!
    Quel mea-culpa! Quelle sincérité! Quelle bonté! Presqu'une bonté divine!
    Comme disait ma grand-mère pour exprimer tout son étonnement:: "Bonté divine de divine bonté!"

    Dans son vibrant mea-culpa, ce seigneur de dieu, sous-entend: laissez venir à moi toutes ces brebis égarées, même les femelles, les gays et les moutons noirs. Il les attend, avec sa toute patience cardinalesque, presque divine, il les espère, en faisant le rêve un peu inavouable, qu'ils accourent, portefeuille en main, pour récolter une quête prometteuse et pour se faire baiser la bague qu'il sent délaissée.

    Ah! Ces fous de dieu. Les nôtres paraissent moins fous. Ils ne tuent plus. Leur croisade sanguinaire s'est terminée il y a seulement quelques siècles. Aujourd'hui ils jouent au repentir.

    Les médias en sont friands. Pour un cardinal, juste un petit bruit de tunique, un petit raclement de gorge et tout le monde accourent pour écouter ce que ce grand personnage doté d'une sagesse divine et oeuvrant selon des valeurs incontestablement irréprochables.
    Il y a moins de monde autour de sa chaire paroissiale, mais sa chaire médiatique est toujours bien efficace. Vite, allons nous abreuver à ses paroles.
    J'aurais envie de dire comme le roi d'Espagne a dit à Chavez: Porque no te callas? Pourquoi tu ne te fermes pas, mon cardinal?
    Pour qui tu te prends? Pour qui tu me prends?
    Si tu veux qu'on t'écoute, présente-toi aux élections et si tu es élu, on t'écoutera. Entre temps, retourne à ton autel et dis des prières avec tes fidèles pour sauver mon âme et ton église.

    Moi, je me prépare à recevoir les pierres que ne manqueront pas de me lancer tes apôtres pour me faire au plus vite aller brûler en enfer pour avoir osé insulter ton éminence.


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Denis Paquette - Abonné 21 novembre 2007 08 h 41

    Un autre vendeur du temple et pas des moindres, celui-ci est appellé un prince de l'église

    Croyez-vous vraiment qu'il suffit seulement de s'excuser pour que tout soit pardonner
    Croyez-vous vraiment que les gens soient assez naif pour croire a votre répentir
    croyez-vous vraiment que nous sommes toujours aussi ignorant pour ne pas voire dans votre discours vos propres intérets
    croyez-vous vraiment que nous ne voyons pas votre panique et votre désarroi monsieur le prince de l'église
    Croyez-vous vraiment que le québec est perdu si nous vous faisons pas confiance
    Est-ce que vous penser que les québécois vous croit, qu'ils voient dans votre message un message d'amour

  • andré michaud - Inscrit 21 novembre 2007 09 h 10

    Larmes de crocodiles

    L'église catholique a été le plus grand nid de pédophiles et abuseurs d'enfants au monde.Elle n'est plus assurable aux USA. Pourquoi? Tout d'abord le fait que l'église soit anti-femmes faisait qu'un prêtre qui aimait mieux les enfants que les femmes n'était pas suspect.C'était donc l'endroit idéal pour un pdédophile. De plus, systématiquement, les abuseurs d'enfants étaient PROTÉGÉS plus que les enfants par le clergé.On refusait de livrer à la justice ces criminels,ce que tout bon citoyen aurait fait.Jésus, celui qui parlait toujours de tendre l'autre joue disait des abuseurs d'enfants:mieux vaudrait leur mettre une meule autour du cou et les jeter dans l'océan" c'est ti assez clair? Pourtant l'église a fait exactement le contraire!!!

    Sans parler des livres à l'index, du mépris des homosexuels et des femmes, du fait que l'église était contre le vote des femmes, contre l'instruction obligatoire etc...Vivement au poubelle de l'histoire l'église catholique!!! Jésus lui-même renierait cet organisme qui a trahi sa pensée.