L'Église catholique du Québec - Un patrimoine en danger

Ayant longtemps exercé une forte présence dans le paysage québécois, l'Église catholique, depuis la Révolution tranquille, s'est faite plus discrète. Où en est-elle aujourd'hui? Portrait de l'Église catholique du Québec en ce début de millénaire.

Lors du dernier recensement, un peu plus de six millions de Québécois ont déclaré être de religion catholique. Ce chiffre, qui peut paraître élevé, s'explique du fait que bon nombre de francophones ont été baptisés, comme le veut la tradition, mais il n'indique en rien l'étendue de la pratique.

«On estime que seulement 10 % des Québécois qui se déclarent catholiques sont de véritables pratiquants, avance Jacques Racine, professeur de théologie à l'université Laval. Sans compter que cette pratique n'est plus la même qu'avant. Pour de nombreux catholiques, elle se limite souvent aux grands événements de la vie.»

Respect des rituels

Si le rituel de la messe dominicale ne fait plus courir les fidèles comme autrefois, d'autres rituels de l'Église catholique demeurent la référence pour la grande majorité des Québécois. «On pense en premier aux funérailles, explique Gilles Routhier, lui aussi professeur de théologie à l'université Laval. Ensuite viennent les baptêmes et les mariages. Ce sont les trois pratiques qui touchent encore le plus de monde.» «En 2004, rajoute Jacques Racine, deux tiers des nouveau-nés au Québec ont été baptisés et l'Église catholique a célébré 39 % de tous les mariages.»

De plus, la pratique religieuse varie selon la région. «Les différences régionales sont importantes, précise Gilles Routhier. Par exemple, la pratique à Montréal est plus élevée à cause de la présence d'une pratique nationale plus élevée. On n'a qu'à penser aux communautés italiennes et latino-américaines. Ensuite, il y a plus de jeunes pratiquants en milieu urbain qu'en milieu rural. La stigmatisation est plus grande pour un jeune en milieu rural. En ville, le milieu est plus anonyme.»

Paroisses et officiants

La paroisse est la base de la structure de l'Église catholique. «On en dénombre aujourd'hui 1692, souligne Jacques Racine, tandis qu'on en comptait plus de 2000 il y a dix ans. C'est donc dire qu'il y a eu fermetures et regroupements de paroisses.» En théorie, chaque paroisse devrait avoir à sa tête son propre curé, mais en pratique, les choses ne sont plus comme cela. «Certains curés ont la responsabilité de plusieurs paroisses, précise Gilles Routhier. On a déjà vu un curé responsable de neuf paroisses.»

Les paroisses sont réunies en diocèses. On en compte 25 au Québec, dont trois dits nationaux et trois dits limitrophes. Étant donné que certains diocèses ont des évêques auxiliaires, il y a donc

30 évêques en poste au Québec. En ce qui a trait aux effectifs religieux, il y a au Québec 2790 prêtres diocésains, 1792 prêtres religieux, 14 841 soeurs religieuses et 1603 frères

religieux. S'ajoutent à ceux-ci 422 diacres permanents et 1298 agents de pastorale.

Difficile relève

On compte présentement au Québec 60 séminaristes, un nombre nettement insuffisant pour assurer la relève. «Soixante séminaristes pour plus de 20 diocèses, cela ne permet pas d'assurer la relève, soutient Jacques Racine. D'autant plus que cela prend six ans pour former un prêtre, ce qui veut dire qu'il ne peut en sortir que dix par année. À ce rythme, dans dix ans, il y aura tout au plus 600 prêtres diocésains au Québec.» Sans compter que l'âge moyen des séminaristes est de 40 ans, ce qui veut dire que leur carrière de prêtre sera aussi moins longue.

La formation d'un prêtre exige d'abord l'obtention d'une maîtrise en théologie. C'est la formation intellectuelle et elle dure cinq ans. De plus, le futur prêtre réside six ans au séminaire, où il reçoit une formation spirituelle et pastorale. «Le séminaire n'est pas seulement un lieu de résidence, explique Jacques Racine, c'est aussi un lieu de formation.» Le séminariste, lors de son séjour de six ans, devra aussi effectuer deux ans de stage en paroisse ou en travail pastoral. Ce n'est qu'après ce parcours qu'il pourra être ordonné prêtre.

Nouvelle réalité

Une des nouvelles réalités dont l'Église catholique du Québec doit aujourd'hui tenir compte, c'est que l'enseignement religieux catholique ne se fait plus à l'école. «C'est l'une des choses qui vient modifier la vie de l'Église, soutient Gilles Routhier. Cet enseignement religieux devra maintenant être pris en charge par la paroisse. D'un côté, cela peut redonner du souffle et une nouvelle vie à la paroisse, mais de l'autre côté, il y a aussi le risque de surcharger la paroisse.»

Quelle forme prendra cet enseignement religieux? «Les formules seront variées, explique Jacques Racine, tout comme il y a différents modèles de pratique. Ce sont les curés, appuyés par l'équipe pastorale, qui proposeront la formule qui convient le mieux aux paroissiens.»

Autre nouvelle réalité, c'est celle du patrimoine religieux. «Je ne parle pas ici du patrimoine immobilier, ni du culte, explique Gilles Routhier, mais le catholicisme au Québec a toujours été inscrit dans la société.» Il poursuit en soulignant que les paroisses ont souvent été à l'origine des cuisines communautaires, des vestiaires et autres organismes sociaux d'entraide. «Il ne faut pas oublier qu'il y a toute une économie sociale qui tourne autour de l'Église catholique au Québec.»

Transition et métamorphoses

Pour Gilles Routhier, le plus grand défi que devra assumer l'Église catholique au Québec est celui de la transmission. «Les institutions sont fragiles et le défi de la transmission se pose à toutes les institutions. Comment passer le flambeau à la nouvelle génération? C'est le problème qui se pose actuellement à l'Église catholique au Québec. Et comment cette nouvelle génération vivra-t-elle son catholicisme? Ces deux questions font que l'Église d'aujourd'hui en est une de transition et de métamorphoses.»

Jacques Racine avance que l'autre défi que devra surmonter l'Église catholique au Québec, c'est celui de l'appauvrissement. «D'abord, les prêtres et les religieux sont en baisse; il faudra donc faire preuve de beaucoup de créativité. Les laïcs seront sans doute appelés à jouer un plus grand rôle. Mais il y a aussi l'appauvrissement financier. Comment, par exemple, assurer une pension de retraite adéquate aux prêtres âgés?»

Collaborateur du Devoir
3 commentaires
  • Pierre-Paul Côté - Inscrit 7 avril 2007 11 h 44

    Un changement nécessire

    Que l'Église catholique dans sa forme actuelle change, c'est plus que réaliste mais souhaitable et surtout s'avère un passage obligatoire. Si nous voulons, comme catholiques, et pratiquants, faire advenir le Royaume, il nlous faut accepter de changer la structure qui est trop stagnante. Nous avons des rassembleurs qui ne sont pas nécessairement les prêtres. Des laïcs (ques) rassemblent et font advenir le règne de Dieu dans notre monde. L'Église doit s'ouvrir et je pense que Benît XV1 tout comme Mgr Ouellet retardent cette ouverture. Soyons comme le Christ, des gens à contre courant. Nos croix ne sont pas seulement hors de nous mais surtout et d'abord en nous. Joyeuses Pâques à tous, même ceux et celles qui ne sont pas catholiques.

  • Jean Paul Bélanger - Inscrit 7 avril 2007 20 h 37

    Un patrimoine en danger

    Un patimoine en danger ou un dangereux patrimoine? La question se pose. Il serait important de préciser de façon un peu plus démographique les données présentées par M. Vallée. Il est aussi intéressant de noter que les religieuses représentent cette tranche à plus de 10 fois celle des frères. Texte très probant et presque même probatique. Merci.
    Jean-Paul Bélanger

  • martin grenier - Inscrit 8 avril 2007 08 h 56

    grenier.martin@videotron.ca

    Quand un peuple commence a instruire les religions tombe pouquoi on commence a comprende martin