Réchauffement du climat - L'agriculture se développera mieux au nord qu'au sud

Un activiste portant un masque représentant George W. Bush manifestait hier à Johannesburg où se tient le Sommet de la Terre.
Photo: Agence Reuters Un activiste portant un masque représentant George W. Bush manifestait hier à Johannesburg où se tient le Sommet de la Terre.

Johanneburg — Un rapport divulgué hier soir au Sommet de Johannesburg sur le développement durable indique que l'«apartheid économique», stigmatisé par le président sud-africain Thabo Mbeki à l'ouverture des délibérations, va s'intensifier dans le domaine de l'agriculture au cours du prochain siècle parce que le réchauffement du climat va favoriser la production agricole des pays nordiques tout en réduisant le potentiel des pays de l'hémisphère sud.

L'étude en question a été commandée par l'ONU en prévision du Sommet. Elle a été réalisée par l'Institute for Applied Systems Analysis. Les chercheurs ont comparé les résultats analytiques de trois modèles mathématiques différents, qui donnent presque toujours des résultats identiques. C'est la première fois qu'une étude intégrée analyse les impacts du réchauffement climatique dans toutes les régions du monde dans une même saisie de données.

Selon le Dr Mahendra Shah, coauteur de l'étude, au moins 40 pays en voie de développement (PVD), dont la population globale s'élèvera à trois milliards de personnes en 2080, pourraient perdre entre 10 et 20 % de leur capacité de production céréalière en raison du réchauffement climatique.

«La situation, a-t-il expliqué en entrevue, est particulièrement préoccupante dans l'Afrique sub-saharienne. Par exemple, le Soudan, le Nigeria, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, la Somalie, l'Éthiopie, le Zimbabwe, le Tchad, la Sierra Leone, l'Angola, le Mozambique et le Niger perdent tous une part importante de leur potentiel de production quel que soit le modèle mathématique qu'on utilise. Ces pays abritent déjà 90 millions d'affamés, soit 45 % de toutes les personnes souffrant de malnutrition en Afrique sub-saharienne. Par contre, le Zaïre, la Tanzanie, le Kenya, l'Ouganda, Madagascar, la Côte-d'Ivoire, le Bénin, le Togo, le Ghana et la Guinée bénéficieraient d'un potentiel accru. Ces pays comptent présentement 70 millions d'habitants sous-alimentés.»

De façon globale, les régions semi-arides du globe verraient leurs problèmes s'aggraver dans une proportion d'environ 10 %, ce qui serait suffisant en certains endroits pour rendre l'agriculture à peu près impossible.

Par contre, en Amérique du Nord, la productivité agricole pourrait profiter du réchauffement climatique au point de pouvoir augmenter ses rendements de 30 %. En Russie, l'augmentation pourrait atteindre 55 %, ce qui contraste énormément avec la situation en Afrique du Nord, qui enregistrerait une perte pouvant atteindre 75 %, et avec la situation de l'Afrique australe, où la production pourrait chuter de 55 %.

Cette situation est d'autant plus inique que les pays en voie de développement d'Afrique et aussi plusieurs de l'Asie du Sud-Est, qui seront les plus touchés, ont contribué marginalement à l'aggravation du réchauffement climatique. Par contre, les États-Unis, qui sont responsables de 33 % des émissions globales de gaz à effet de serre d'origine humaine depuis le début de l'ère industrielle, il y a 150 ans, seraient parmi les principaux bénéficiaires. Les États-Unis refusent de ratifier le protocole de Kyoto après avoir accepté de le signer avec comme objectif de ramener leurs émissions à 7 % sous le niveau de 1990. Avec la politique actuelle du président Bush, les Américains pourraient se retrouver avec une augmentation de 30 % et plus de leurs émissions d'ici 2010, une augmentation si importante qu'elle ralentirait dramatiquement l'effort consenti par le reste de la communauté internationale.

La Chine, le plus important producteur céréalier actuel, pourrait augmenter sa production céréalière de 25 % dans le prochain demi-siècle. En Inde, les modèles mathématiques sont en désaccord avec des hausses et des baisses anticipées. En Asie du Sud, la réduction de potentiel céréalier pourrait atteindre 75 % et le record frapperait l'Asie du Sud-Est, avec une baisse anticipée de 95 %! Quant à l'Amérique latine, elle perdrait quelque 30 % de sa productivité céréalière.