Bombardier produits récréatifs - Un moteur deux-temps «révolutionnaire»?

Le 7 avril, Bombardier produits récréatifs (BRP) s'est vue octroyer le Clean Air Excellence Award par l'EPA (Environmental Protection Agency) pour un nouveau type de moteurs hors-bord Evinrude. Selon l'agence américaine de protection de l'environnement, les innovations à la base de ce moteur «ont redéfini la technologie des moteurs de bateau».

«L'EPA nous a dit que c'était la première fois que ce prix a été remis à un manufacturier de moteurs hors-bord, souligne Pierre Pichette, vice-président aux communications et aux affaires publiques de BRP. Jamais aucun autre manufacturier de moteurs hors-bord n'a vu la performance de ses moteurs reconnue par une telle mention. Pour nous, c'est vraiment très important.»

La révolution du deux-temps

Selon le représentant de Bombardier, cette société vient de mettre en marché un produit véritablement révolutionnaire: un moteur deux-temps qui offre les qualités des moteurs quatre-temps.

«Comme vous le savez, dit-il, un moteur deux-temps est beaucoup plus "nerveux" qu'un moteur quatre-temps, il donne plus de sensations. Par contre, un moteur quatre-temps est moins bruyant, moins polluant et nécessite moins d'entretien.»

Or, les moteurs de la famille Evinrude de Bombardier combinent ces qualités. «Par exemple, indique M. Pichette, ils émettent nettement moins de CO2 que tout autre moteur, alors que les émissions d'hydrocarbure et d'azote sont excellentes. Au chapitre sonore, nos moteurs sont au même niveau que les moteurs quatre-temps.» De surcroît, ces moteurs nécessitent nettement moins d'entretien qu'un moteur quatre-temps: «Vous n'aurez qu'à ajouter une fois par année un peu d'huile, sans plus!», clame-t-il.

Pour la petite histoire, celui-ci raconte qu'en 2001, BRP a fait l'acquisition du célèbre manufacturier de moteurs hors-bord Johnson Evinrude, en réalisant très bien le potentiel d'une technologie alors en développement dans les laboratoires de la compagnie américaine.

Baptisée depuis E-TEC, cette technologie a effectivement permis de relancer, à partir de 2003, la gamme des moteurs Evinrude. Confiante de la qualité de ces Evinrude E-TEC, BRP les a d'abord présentés au California Air Resource Board, l'équivalent californien de l'EPA, «une agence aussi sévère que réputée, de noter M. Pichette. Or, [les représentants du CARB] nous ont dit qu'on les surprenait autant qu'on les impressionnait... Ils nous ont même suggéré d'aller nous présenter à l'EPA!»

Voilà précisément ce que l'équipe de BRP a fait l'automne dernier et qui lui a valu, il y a quelques semaines, la mention témoignant des qualités environnementales de la technologie E-TEC.

Contredire les affirmations

Pour l'entreprise québécoise, c'est là toute une percée puisque, souligne M. Pichette, la société s'aventure dans le monde des moteurs hors-bord depuis quatre années seulement. De surcroît, en proposant un moteur deux-temps, elle s'attaque au «dogme» stipulant que seuls les moteurs quatre-temps devraient permettre d'obtenir d'importants gains en matière de qualité de l'air et de niveau sonore.

Bombardier produits récréatifs rapporte avoir démontré que ses Evinrude E-TEC émettent de 30 % à 50 % moins d'oxyde de carbone qu'un moteur quatre-temps semblable, et de 50 à 100 fois moins lorsqu'il tourne au ralenti. M. Pichette compare d'ailleurs le bruit de l'un de ces moteurs à celui d'une simple balayeuse!

«Les représentants de l'EPA ont été particulièrement impressionnés d'observer de telles caractéristiques dans un moteur qui fournit par ailleurs des performances qui égalent, sinon même dépassent, un moteur quatre-temps... Somme toute, l'EPA dit au monde entier qu'on ferait fausse route en pensant que seul un moteur quatre-temps peut fournir de bons rendements puisque, dans les faits, il existe une technologie pour moteurs deux-temps qui fait véritablement l'affaire. De surcroît, l'EPA nous a dit que cette technologie pourrait s'appliquer à bien d'autres choses... ce qui n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd!»

E-TEC appliquée aux motoneiges et motomarines?

Pierre Pichette en profite pour rappeler que BRP est avant tout reconnue pour ses motoneiges, ses motomarines et ses véhicules tout-terrain. «Nous sommes également un important motoriste, dit-il, puisque nous fabriquons des moteurs pour des avions ultralégers et pour des firmes comme BMW et Aprilia, etc.»

C'est ainsi que les avancées de la technologie E-TEC pourraient éventuellement se retrouver dans plusieurs des produits de la compagnie. Toutefois, précise M. Pichette, BRP n'en est pas encore là, puisqu'elle vient à peine de mettre en marché cette technologie et que «nous avons encore énormément de choses à apprendre. Voyez-vous, nous devons d'abord apprendre à marcher... avant de courir!».

Mais il s'empresse d'ajouter que BRP n'est surtout pas insensible aux inconvénients qu'imposent les motoneiges et les motomarines. «En matière de motomarines, dit-il, nous avons fait d'importants développements. Si vous comparez une motomarine construite au cours des quatre ou cinq dernières années avec une datant des années 1990, vous constaterez que ce n'est vraiment plus la même chose. Vous constaterez, entre autres, une réduction sonore de 50 %.»

Quant au tintamarre généré par une motoneige, M. Pichette souligne que le problème est différent. «La motoneige n'évolue pas dans l'eau, mais sur la terre ferme, dit-il. Ce qui contribue à l'émission sonore d'une motoneige, ce n'est pas seulement le moteur mais, dans une proportion de 40 à 45 %, la chenille. Bien sûr, il y a aussi le moteur qui cause problème, nous en sommes très conscients et nous y travaillons fort!»

Il indique que l'une des façons les plus simples d'atténuer l'intensité sonore des motoneiges consiste à réduire la vitesse de circulation de celles-ci. «C'est ce qu'on devrait faire en tout premier lieu dans les zones habitées, suggère-t-il. C'est, selon nous, une grande partie de la solution.»

Néanmoins, BRP étudie diverses avenues possibles, dont la possibilité de développer des moteurs électriques. «Il y a des recherches qui se font, indique M. Pichette, mais il y a encore très loin de la coupe aux lèvres... On pourrait aussi éventuellement appliquer la technologie E-TEC aux moteurs de motoneige... Tout est possible, vous savez.»