France - Élus et professionnels des transports enterrent la «journée sans voiture»

Instaurée en 1998 en France par Dominique Voynet, alors ministre de l'Environnement, la manifestation s'est essoufflée. Les maires, très souvent engagés dans de grands travaux d'amélioration de la circulation, veulent lui substituer des actions de promotion des transports collectifs.

La 8e édition de la «journée sans voiture» n'aura sans doute pas lieu. Cette éventualité a été évoquée avec insistance à Paris, mercredi 9 février, lors de la signature du protocole d'accord pour le développement d'une mobilité durable, entre les élus du Groupement des autorités responsables de transport (GART) et les professionnels de l'Union des transports publics (UTP). En renonçant à organiser cette année, dans sa forme actuelle, cette journée symbolique, les acteurs du transport collectif veulent donner un signe. Leur priorité, expliquent-ils, est de relancer «une véritable dynamique du transport collectif». «Il nous faut réfléchir, désormais, à la requalification de la semaine des transports publics», indique Michel Cornil, président de l'UTP.

Une ville sans voiture

La journée sans voiture avait été lancée, le 9 septembre 1997, par Michel Crépeau, alors maire (MRG) de La Rochelle (Charente-Maritime). Il s'agissait d'expérimenter, dans un moment ludique, une nouvelle manière de se déplacer en ville. Dès son entrée dans le gouvernement de Lionel Jospin, en 1997, Dominique Voynet, ministre (Verts) de l'Environnement, avait porté cette initiative au niveau national. Sous son impulsion, le 22 septembre 1998, 35 villes avaient participé à cette journée rebaptisée «En ville, sans ma voiture!». En 1999, on comptait deux fois plus de participants, des villes italiennes et suisses s'associant au mouvement. En 2002, cette journée, devenue européenne depuis 2000, avait réuni 1353 villes dans 37 pays, et la France avait alors enregistré sa plus forte participation, avec 94 villes. Depuis, le rendez-vous annuel n'avait cessé de perdre du terrain — 72 villes participant en 2003 et 58 en 2004.

«Nous sommes arrivés au bout de l'expérimentation de cette journée», estime Jean-Marie Bockel, maire (PS) de Mulhouse (Haut-Rhin), dont la ville a renoncé depuis deux ans à la manifestation. L'élu mulhousien, qui est également président de l'Association des maires des grandes villes de France (AMGVF), se dit plus favorable à l'organisation d'une semaine des transports publics. L'AMGVF vient d'être sollicitée par le GART pour sonder l'avis de ses adhérents sur son maintien ou non. La réponse de l'association sera transmise à Serge Lepeltier, ministre de l'Écologie, qui tranchera prochainement cette question. Une réunion au ministère de l'Écologie est prévue, le 17 février, avec les représentants des collectivités locales.

«L'État s'est désengagé depuis deux ans, souligne Denis Baupin, adjoint (Verts) au maire de Paris, chargé de la circulation et des transports. En ce qui concerne Paris, poursuit-il, l'absence de communication sur cette journée, dans les autres communes de l'agglomération, a rendu ce rendez-vous peu lisible.» Au ministère de l'Écologie, on reconnaît que l'engagement de l'État dans l'édition 2004 a été très en recul par rapport à l'année précédente. En effet, le budget national de la communication est passé de

200 000 euros en 2003 à 3500 euros en 2004.

À cette diminution drastique du budget est venu s'ajouter un problème d'image. «La journée sans voiture commençait à être contre-productive pour le développement des transports en commun, indique Michel Destot, maire (PS) de Grenoble et président du GART. Elle avait fini par provoquer moins d'adhésion que de rejet. Le "sans" ne donnait pas très envie.»

«Image troublée»

Pour expliquer la baisse régulière du succès de cette journée, M. Destot évoque aussi «les citadins de plus en plus gênés par les embarras de la circulation provoqués... par les chantiers de transport en commun». Actuellement, au plan national, pas moins de 12 agglomérations, comme Paris, Grenoble (Isère) ou Valenciennes (Nord), ont entrepris d'importants travaux pour développer le transport en commun en site propre.

«Instaurée à Lyon depuis 2001, cette journée, à partir de 2004, a vu son image se troubler», analyse Étienne Tête, adjoint (Verts) au maire de Lyon et conseiller régional. Pour l'élu, le périmètre réduit de la dernière manifestation lui a fait perdre tout son intérêt. «Mais l'important n'est pas tant dans le maintien à tout prix de cette journée que dans l'utilisation que l'on peut en faire», précise-t-il.

«Cette journée prenait un tour trop formel, pour ne pas dire rituel, voire devenait un alibi», renchérit, de son côté, Dominique Plancke, président (Verts) de la commission transports et infrastructures au conseil régional de la région Nord-Pas-de-Calais.

Cette année comme en 2004, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ne participera pas à la journée pour cause de travaux pour le tramway. «Cette manifestation est devenue trop restrictive», indique le maire (PS) de la ville, Serge Godard, qui, lui aussi, se prononce pour une semaine du transport collectif. L'élu traduit par une maxime, partagée par une majorité de ses collègues, l'avenir de cette journée particulière: «Personne ne veut la tuer mais tout le monde voudrait l'enterrer.»