Couche d'ozone et changements climatiques - Deux luttes à mener de front

Un rapport publié hier par l'ONU estime qu'il faut désormais jumeler la lutte contre l'amenuisement de la couche d'ozone et celle contre les changements climatiques car les solutions qui valent dans un dossier nuisent présentement à ceux qui se battent dans l'autre.

Cette incohérence dans la lutte aux deux plus important phénomènes qui menacent des équilibres planétaires avait été relevée au début des années 90 par de nombreux groupes écologistes. C'est l'acuité du problème des changements climatiques et l'urgence de juguler les sources d'émission qui a incité l'ONU, et en particulier le Programme des Nations-Unies pour l'environnement (PNUE), à prendre le taureau par les cornes et mettre un peu de cohérence dans l'action des deux secrétariats responsables d'appliquer les deux traités.

Le rapport commandé à 145 experts de 35 pays a nécessité deux ans de travaux .

On y indique que les hydrochlorofluorocarbones (HCFC), les hydrofluorocarbones (HFC) ainsi que les hydrocarbures perfluorés (PFC) qu'on utilise pour remplacer les chlorofluorocarbones (CFC) — les premiers destructeurs de la couche d'ozone —contribuent beaucoup trop au réchauffement du climat. La plupart de ces gaz de remplacement des CFC sont beaucoup plus dévastateurs pour le climat de la planète que le principal gaz à effet de serre (GES), le gaz carbonique ou CO2. Leur efficacité comme GES peut dépasser de 1300 fois celle du gaz carbonique. C'est pourquoi les HFC et les PFC font partie de la liste des six GES dont le Protocole de Kyoto prévoit aussi la réduction.

Selon le rapport d'experts rendu public hier, l'élimination des pires destructeurs de la couche d'ozone en vertu des dispositions du Protocole de Montréal a si bien fonctionné qu'on est en voie de stabiliser le mégaphénomène qui détruisait chaque année davantage la couche qui protège les espèces vivantes contre les rayonnements nocifs du soleil.

Les substituts chimiques aux CFC, adoptés par les industriels de la réfrigération et de la fabrication des mousses isolantes, représentent présentement 10% des GES attribuables aux émissions de combustibles fossiles ou 5% de toutes les émissions d'origine humaine sur une base annuelle. Ils détruisent eux aussi la couche d'ozone mais moins que les CFC qu'ils remplacent.

Ces substituts aux CFC représentent toutefois une véritable bombe à retardement environnementale parce que très peu de gouvernements exigent la récupération des molécules de CFC et de leurs nouveaux substituts, présents dans les appareils vieillissants. Les HCFC et les HFC ne représentent présentement que 20% et 15% respectivement de la contribution globale des destructeurs de la couche d'ozone aux problèmes du climat. Mais leur libération progressive avec le vieillissement des équipements va faire passer cette contribution à 50% d'ici quelques années alors que le produit initialement ciblé, les CFC, ne représentera plus que 10% du problème.

Selon le rapport, le remplacement des substituts aux CFC est techniquement possible. L'utilisation de l'ammoniaque en faible concentration, un procédé abondamment utilisé au début du siècle, ou de gaz comme le butane est possible à court terme.

Au Québec, les vieux frigos et climatiseurs bourrés de CFC ou de leurs substituts sont toujours enfouis ou détruits sans la récupération préalable des molécules dommageables à la couche d'ozone. Même chose pour les climatiseurs d'autos envoyées à la casse dont les gaz sont encore plus virulents comme gaz à effet de serre.