Plan de lutte aux changements climatiques - Les écologistes se scandalisent des intentions d'Ottawa

On était estomaqué hier, à Québec, d'apprendre par Le Devoir à quel point le Plan national de lutte aux changements climatiques s'apprête à faire fi des efforts historiques du Québec dans ce domaine, au point d'ailleurs d'augmenter le fardeau des industries d'ici, alors que le Québec a le meilleur bilan d'émissions de gaz à effet de serre (GES) par habitant au pays.

Le Québec affiche effectivement le plus faible taux d'émissions de GES au Canada, avec une moyenne de 12 tonnes par habitant par année, soit la moitié environ de la moyenne canadienne. Sans le Québec, d'ailleurs, la moyenne du Canada serait plus élevée que celle des États-Unis, qui sont actuellement considérés comme le pays le plus énergivore de la planète. Comme le plan impose des normes qui vont frapper spécifiquement les différents secteurs économiques, ceux du Québec vont devoir faire autant que ceux des autres provinces, ce qui ne tient pas compte du bilan québécois.

À Québec cependant, a-t-on appris d'une source fiable, on met la dernière main à un nouveau plan de lutte contre les changements climatiques et on espère signer avant le début de l'été une entente avec Ottawa. Présentement, seuls le Nunavut, l'Île-du-Prince-Édouard, l'Ontario et le Manitoba ont signé des ententes avec le fédéral. Mais aucune ne contient des programmes comportant des objectifs chiffrés, ce que réclament les milieux écologistes, inquiets de voir venir si rapidement l'échéance de 2008.

La réaction officieuse du Québec au plan fédéral de réduction des GES, obtenue de sources gouvernementales bien informées, cadrait avec celle qu'a exprimée le critique du Bloc québécois, le député Bernard Bigras (Rosemont), et celle des grands groupes écologistes canadiens. Tous ont dénoncé l'allégement, aux dépens des contribuables, du fardeau de réductions qui devrait échoir au club sélect des «grands émetteurs finaux».

Ce groupe d'entreprises, responsable de 50 % des émissions de GES au Canada, n'assumera en fin de compte que 13 % du nouveau plan national de réductions, dont l'objectif global est passé de 240 Mt en 2002 à 270 Mt maintenant.

Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina d'Ottawa, en réduisant de 55 Mt à 36 Mt le fardeau initial du plus important club d'émetteurs de GES au Canada, «Ottawa fait passer la part de ce secteur de 23 % à 13 %, alors qu'il devrait assumer 50 %. Le Canada mine totalement la crédibilité de son plan au pays et à l'étranger en contrevenant de façon aussi grossière au principe pollueur-payeur, qu'il défend officiellement.»

Pour Steven Guilbeault, de Greenpeace, la stratégie fédérale, qui transfère l'essentiel du fardeau des grands émetteurs sur l'ensemble des contribuables, est d'autant plus inacceptable que le coût réel d'une réduction proportionnelle à leurs émissions équivaut à 5 cents de plus par baril de pétrole. C'est, affirme Steven Guilbeault, ce que le sous-ministre en titre du ministère des Richesses naturelles du Canada, George Anderson, aurait confirmé l'automne dernier en commission parlementaire.

Steven Guilbeault estime d'autre part qu'Ottawa demande au public canadien de «faire littéralement acte de foi en basant l'essentiel des réductions sur deux programmes seulement, le Fonds du climat et le Fonds du partenariat, alors qu'on est à trois ans seulement du moment où il faudra démontrer la réalité de nos réductions devant la communauté internationale. Ce n'est pas avec des programmes aussi peu conformes à l'éthique environnementale et à la responsabilité sociale qu'on va avoir l'air crédible devant la communauté internationale l'automne prochain, lors de la réunion de Montréal sur le traité de Kyoto.»

Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, explique que si les coûts du Plan national sont passé de cinq à 10 milliards en trois ans, c'est «parce qu'il y a un coût pour le retard du gouvernement à passer à l'action et, surtout, parce qu'il y a un coût énorme à acheter des crédits d'émissions» à la place des pétrolières milliardaires ou des producteurs d'électricité qui utilisent du charbon ou du gaz dans leurs centrales thermiques.