Détournement de la rivière Rupert - L'étude d'impacts est rendue publique

Hydro-Québec a franchi une étape importante dans le projet de détournement des eaux de la tête de la rivière Rupert vers les turbines de la baie James, deux bassins hydrographiques plus loin, en remettant avant-hier aux autorités provinciales et fédérales son étude des impacts environnementaux du projet de dérivation et de la construction des centrales Eastmain 1A et Sarcelle.

Les 2500 pages de l'étude, désormais accessibles sur Internet à l'adresse www.bip-pio.qc.ca, devront passer le test d'une première série d'audiences au cours desquelles les responsables de la consultation publique devront statuer sur la conformité de cette étude avec les directives qui définissent les questions à élucider.

Une fois cette étape franchie, Hydro-Québec pourrait devoir répondre à des questions supplémentaires. Par la suite, une fois l'étude d'impact officiellement complétée, il y aura audiences publiques dans six communautés cries ainsi qu'à Montréal. Selon le calendrier officiel, qui ne tient pas compte des délais pour répondre à de nouvelles questions, Hydro-Québec espère obtenir le feu vert au printemps 2006. Dans ce scénario, le dérivation de la Rupert vers La Grande en passant par le bassin de la Eastmain serait complété en 2009 et les deux centrales ajoutées sur le parcours pourraient entrer en service en 2010 et 2011.

Le gain énergétique le plus important de cette dérivation des eaux de la Rupert réside dans le fait qu'Hydro-Québec pourra augmenter la production du complexe La Grande sans avoir à y changer quoi que ce soit. L'énergie ainsi obtenue grâce aux turbines existantes de La Grande atteindrait 5,3 TWh. En comparaison, le gain marginal obtenu aux centrales Eastmain 1A et Eastmain 1 se limiterait à 2,3 TWh, auxquels il faut ajouter le gain de 0,9 TWh obtenu à la future centrale de la Sarcelle.

Hydro-Québec a délaissé l'idée de développer le complexe NBR (Nottaway, Broadback et Rupert), qu'elle caressait dans les années 70-80, pour des raisons de coûts et aussi parce que les sols où devaient être construit le plus important barrage en aval de la Rupert n'avaient pas la stabilité requise, dit-on officieusement du côté d'Hydro-Québec. Alors, conformément à une stratégie mise en place par le p.-d.g. André Caillé après son entrée en fonction, on a plutôt opté pour détourner partiellement les eaux de la tête de la rivière Rupert vers des turbines existantes et ajouter deux nouvelles centrales pour optimiser la récupération d'énergie. Les deux réservoirs sur la Rupert communiqueront par un tunnel de 3 km et l'eau traversera dans le bassin versant voisin de la Eastmain par des canaux d'une longueur de 12 km. Depuis plus de 20 ans, les eaux de la Eastmain se déversent pour l'essentiel dans le complexe La Grande.

Ce projet, de loin le plus important d'Hydro-Québec dans la présente décennie, exigera la construction de quatre barrages, d'un évacuateur de crues qui régularisera le débit réservé de la Rupert, et de 75 digues entre les différentes montagnes de la région pour créer deux réservoirs totalisant 346 km2. Pour réduire l'impact sur la Rupert du détournement des eaux de l'amont de cette grande rivière nordique, Hydro-Québec prévoit construire, en aval de son barrage principal, une série de seuils et petits ouvrages pour redonner à la rivière à peu près son ancienne largeur sur environ 48 % de son parcours. Cette «lacustration» de la Rupert maintiendra l'apparence de l'ancien cours d'eau mais pas son débit, à l'évidence.