Le chauffage au bois pollue davantage quand le vent manque de souffle

Le chauffage au bois, probablement le plus vieux mode de chauffage au monde, engendre d'intenses problèmes de pollution lorsqu'on l'utilise dans des agglomérations comme des villes et des villages et l'intensité de cette pollution toxique dépend grandement de la puissance des vents. Lorsque le vent s'arrête, il vaudrait mieux s'abstenir de chauffer au bois dans les agglomérations humaines.

C'est ce que révèle un suivi de la pollution causée par le chauffage au bois dans une ville comme Montréal, une étude conjointe de la Ville, du ministère québécois de l'Environnement et de son pendant fédéral. D'autres études, dont une réalisée à Baie-Comeau, avaient démontré l'existence de pics de pollution toxique à peu près sans équivalent aux abords de grandes entreprises polluantes. À Baie-Comeau, la ville se retrouve dans une sorte de cuvette où la pollution causée par le chauffage au bois atteint des sommets inquiétants lorsque l'air ne bouge pas ou à peu près pas. Des vents de 15 km/h et plus diluent cette pollution.

Une première étude, publiée en 1999, avait démontré que l'air d'un quartier comme celui de Rivière-des-Prairies, dans l'est de Montréal, était sensiblement plus pollué que le centre-ville de la métropole par certains des pires contaminants toxiques. La cause de cette intense pollution hivernale avait été identifiée comme étant le chauffage au bois. Les pires épisodes de pollution ont été relevés les soirs de fin de semaine.

Le suivi réalisé au cours des dernières années dans ce quartier démontre que les concentrations d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), une famille de molécules dont plusieurs sont hautement cancérigènes, atteignent 74,5 nanogrammes par mètre cube d'air, soit cinq fois ce qu'on y mesure en été et deux fois les concentrations relevées au centre-ville de Montréal aux heures de pointe. Cette pollution atteint ses sommets en novembre et février avec un pic absolu en janvier. Les pires épisodes, qui atteignaient 144 ng/m3, ont été relevés les soirs de fin de semaine.

Des constats similaires ont été faits pour les concentrations de dioxines et de furanes, deux familles de molécules cancérigènes et mutagènes parmi les plus dangereuses qui soient, ainsi que pour les particules fines, elles aussi cancérigènes. Les concentrations relevées en hiver à Rivière-des-Prairies atteignent presque le double de celles relevées au centre-ville. Mais ces concentrations se situent toutes sous le seuil du «critère annuel» défini par le ministère québécois de l'Environnement bien qu'elles s'en rapprochent souvent lors de certains épisodes.

Dans des milieux plus isolés, où les résidences sont peu nombreuses et espacées, le chauffage au bois ne hausse pas de façon aussi importantes les concentrations de contaminants dangereux dans l'air ambiant.
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Rectificatif du 30 décembre 2004
Contrairement à ce que nous écrivions dans cet article, ce n’est pas à Baie-Comeau mais bien à Sept-Îles, sur la Côte-Nord, qu’a été réalisée une des premières études
sur l’acuité de ce problème urbain.