Le Suroît abandonné, Québec lance un débat sur l'énergie

Le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, s'est retrouvé sur la défensive hier en lançant le nouveau débat sur l'énergie qui sera conduit par une commission politique de l'Assemblée nationale au lieu d'une commission indépendante, technique et scientifique, sur le modèle adopté pour revoir la gestion forestière.

Même la décision d'officialiser l'annulation du Suroît a laissé le ministre sur la défensive parce que le gouvernement a pris neuf mois pour se rendre compte que le projet ne correspondait pas à un de ses trois critères d'autorisation, soit celui de l'acceptabilité sociale.

Comme l'annonçait récemment Le Devoir et d'autres médias hier, la commission parlementaire chargée d'examiner les enjeux énergétiques sera divisée en deux parties. Elle entendra les 1er et 2 décembre quelques «experts». La commission entendra ensuite, à compter du 25 janvier, les groupes d'intérêt de tous les horizons. On estime à plus de 120 le nombre de ceux qui pourraient vouloir déposer des mémoires sur les enjeux énergétiques, des enjeux évoqués hier dans un document gouvernemental intitulé Le secteur énergétique au Québec, contexte, enjeux et questionnements (www.mrn.gouv.qc.ca).

L'annonce de la décision d'annuler le Suroît comme préalable au lancement d'une commission parlementaire a été immédiatement critiquée par l'opposition. Sa porte-parole officielle, Rita Dionne-Marsolais, a rappelé d'entrée de jeu que la consultation annoncée par le ministre Hamad était «très loin des engagements électoraux du Parti libéral» en faveur d'une commission scientifique et technique, indépendante du gouvernement.

Quant au ministre Hamad, il a justifié l'annulation du Suroît par le fait que les réserves d'eau d'Hydro-Québec se sont en partie reconstituées l'été dernier, que la demande en électricité croît maintenant moins rapidement que ne le prévoyait Hydro-Québec il y a un an, que le nouveau programme d'efficacité énergétique présenté par Hydro à la Régie permet d'économiser plus de 4 TWh et qu'il y a globalement plus de 2500 MW en préparation au Québec.

Le ministre Hamad a eu cependant du mal à expliquer en quoi le programme de cogénération de 800 MW au moyen principalement de gaz naturel sera moins dommageable pour l'environnement et la santé publique que les 837 MW annulés du Suroît. Hier matin, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, y voyait pour sa part un réel gain pour la santé publique. Mais son collègue Hamad estimait que ni le Suroît ni le projet de Bécancour, dûment approuvés par le ministère de l'Environnement, ne contribuaient à la «pollution» en raison de leurs émissions de gaz à effet de serre, même si ces rejets font partie du principal problème d'environnement de la planète.

Les groupes environnementaux ont réagi favorablement hier à l'annulation officielle du projet du Suroît, une mort annoncée par eux depuis au moins deux mois, et ils y voyaient pour la plupart la conséquence de la «mobilisation sans précédent de la population dans un dossier environnemental», comme le soulignaient Équiterre et Greenpeace. La plupart voyaient dans la tenue de la prochaine commission parlementaire une occasion pour le Québec de prendre le virage vert en énergie, un nouveau projet de société qui valoriserait l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables nouvelles, comme l'éolien et la géothermie. Certains émettaient cependant des doutes sur la volonté de Québec d'effectuer un réel virage en raison de ses projets d'exploration pétrolière et gazière dans le golfe, le lancement récent d'un appel d'offres en cogénération thermique de 350 MW ainsi que le feu vert accordé au projet de Bécancour.