Un projet d’aire protégée menacé de coupes forestières

Le secteur des coupes forestières est ciblé pour un projet d’aire protégée que des citoyens de Saint-Mathieu-du-Parc veulent présenter au gouvernement.
Judicaël Aspirot Le secteur des coupes forestières est ciblé pour un projet d’aire protégée que des citoyens de Saint-Mathieu-du-Parc veulent présenter au gouvernement.

Le gouvernement Legault maintient sa décision d’autoriser l’entreprise Groupe Rémabec à faire des coupes forestières dans un milieu naturel de villégiature que des citoyens voudraient préserver en vue de déposer un projet d’aire protégée aux limites du parc national de la Mauricie. Des discussions sont toutefois en cours afin de limiter les impacts du déboisement, a appris Le Devoir.

Les coupes de bois, qui doivent débuter au cours des prochains jours, seront menées à Saint-Mathieu-du-Parc, tout près d’un parc récréoforestier, d’un « refuge biologique » et dans un habitat reconnu de la tortue des bois, une espèce menacée.

Pour la Coalition pour la préservation du parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc, le projet approuvé par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) est inacceptable. Son porte-parole, Éric Proulx, souligne que la zone de coupes est située directement sur un territoire ciblé pour la création d’une aire protégée de 127 km2, un projet que le regroupement compte soumettre au gouvernement.

S’il se concrétise, il permettrait notamment d’agrandir le parc récréoforestier fréquenté par des randonneurs, des cyclistes et des adeptes d’escalade. Ce territoire, où d’autres coupes sont prévues au cours des prochaines années, est également situé aux limites du parc national de la Mauricie. En plus des habitats propices à la tortue des bois et à d’autres espèces menacées, on y trouve des portions boisées qui comptent des arbres centenaires.

Négociations

Les opposants au projet de coupes de Rémabec ont réclamé en décembre au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, un moratoire sur les coupes, qui doivent débuter le 17 janvier. Mais Québec n’a pas acquiescé à cette requête, qui est appuyée par la municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc, la Ville de Shawinigan, des intervenants du milieu touristique, l’ancien premier ministre Jean Chrétien et Québec solidaire.

Le Devoir a toutefois appris que des négociations sont en cours afin de trouver une solution pour combiner les coupes forestières et la protection de certains éléments précis de ce milieu naturel, dont certaines essences d’arbres. Le début des coupes serait aussi reporté d’au moins une semaine. Les discussions en cours impliquent des membres de la coalition, l’entreprise Rémabec et des représentants du cabinet de Pierre Dufour.

Selon Éric Proulx, les citoyens mobilisés pour la protection de ce territoire sont prêts à accepter une « modulation » des coupes pour protéger des éléments importants du secteur. Mais ils souhaitent aussi que le gouvernement mette en réserve les terres publiques nécessaires pour leur projet d’aire protégée. Celui-ci servirait d’assise à un plan de « développement » territorial comprenant « des activités de conservation, de réhabilitation, de récréation, d’enseignement et de sylviculture adaptées aux changements climatiques », souligne M. Proulx.

Cette mise en réserve est nécessaire, selon lui, pour permettre le dépôt de la demande de création d’une aire protégée au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Dans le contexte de l’atteinte de l’objectif de protéger 17 % du territoire québécois avant la fin de 2020, le gouvernement Legault a mis de côté des dizaines de projets d’aires protégées dans la portion sud de la province. Certains de ces projets auraient été délaissés pour protéger les intérêts de l’industrie forestière.

Le cabinet du ministre Benoit Charette a été interpellé jeudi, dans une lettre signée par le porte-parole de la Coalition pour la préservation du parc récréoforestier de Saint-Mathieu-du-Parc. « Nous avons bien reçu la lettre des citoyens et une réponse officielle leur sera transmise dans les prochains jours. Nous sommes toujours heureux de recevoir de nouveaux projets d’aires protégées et nous invitons les citoyens à déclencher le processus dès que possible », a répondu au Devoir le bureau du ministre vendredi. Le cabinet du ministre Pierre Dufour n’a pas souhaité commenter la situation avant la fin des discussions en cours.

Quant à Rémabec, elle n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue. Selon le projet actuel, il est prévu que l’entreprise puisse couper 6660 mètres cubes de bois à Saint-Mathieu-du-Parc. Ce volume équivaut à 0,025 % du volume de bois récolté au Québec au cours de l’année 2020-2021.

Le MFFP a par ailleurs précisé par courriel que des mesures sont prévues pour limiter les impacts des coupes forestières et de l’utilisation de la machinerie sur les tortues des bois du secteur. Les coupes, qui ne sont pas interdites dans les habitats de cette espèce menacée, doivent notamment être menées lorsque les tortues hibernent.

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