Montréal - Les Écocentres débordent

Au milieu des années 1990, la Ville de Montréal se dotait de deux importants instruments dans le domaine de la gestion des matières résiduelles: les Écocentres et les Éco-quartiers. Issus donc de la même mouvance mais, bien que leurs rôles soient complémentaires, une distinction s'impose. Évaluation d'une stratégie municipale.

«Les Écocentres sont des équipements municipaux, tandis que les Éco-quartiers sont un programme municipal de soutien financier à des organismes communautaires qui oeuvrent dans le domaine de l'environnement», explique Jacques Tremblay de la Direction de l'environnement à la Ville de Montréal.

Leur mission est aussi différente. Les Écocentres sont des centres de récupération où le citoyen peut aller déposer les matières résiduelles qui ne vont ni dans la poubelle ni dans le bac vert. Par contre, les Éco-quartiers sont des organismes communautaires dont la mission consiste à sensibiliser le citoyen aux divers problèmes liés à la gestion des matières résiduelles.

Écocentres

Jean-Pierre Panet est ingénieur à la Direction de l'environnement de la Ville de Montréal et il a travaillé à la mise en place du premier Écocentre à Montréal. «Au départ, la ville voulait surtout rendre plus sécuritaires les cours d'enfouissement, qui étaient au fond des dépotoirs à ciel ouvert, raconte-t-il. Je connaissais à ce moment-là le concept des déchetteries françaises et je m'en suis inspiré, mais en poussant le concept plus loin.»

Un Écocentre est un lieu où le citoyen peut aller déposer les matières résiduelles domestiques qui ne peuvent pas aller dans la collecte sélective. On y traite plus d'une centaine de matières allant du bois et des métaux aux ordinateurs et aux appareils électroménagers. Chaque Écocentre possède aussi un abri permanent pouvant recevoir les résidus domestiques dangereux tels que les piles, les huiles, les solvants et la peinture.

Le citoyen accède à l'Écocentre au moyen d'une rampe qui lui permet de déposer, au fur et à mesure qu'il avance, les matières résiduelles dans les conteneurs appropriés. C'est que le principe derrière l'Écocentre est le tri. «Si vous démolissez votre galerie et que vous ramassez le vieux bois avec la terre, vous obtenez un déchet. Si vous séparez le bois de la terre, vous obtenez deux matières recyclables.»

Le principe peut paraître simple, mais il est drôlement efficace. Environ 70 % des matières résiduelles ainsi triées et déposées dans un Écocentre sont recyclées ou revalorisées. «C'est un taux d'efficacité exceptionnel puisque, à Montréal, on arrive à recycler seulement 17 % de la collecte sélective.»

La popularité des six Écocentres ne fait pas de doute puisque plus de 250 000 citoyens montréalais les ont visités l'an dernier. D'ailleurs, certains jours, les Écocentres les plus achalandés arrivent à peine à répondre à la demande. «Nous planifions en construire huit autres d'ici les prochaines années.»

Mais cette popularité a aussi son revers. L'accès aux Écocentres est gratuit pour les résidants montréalais qui vont y déposer leurs matières résiduelles domestiques. En principe, les commerçants et les entrepreneurs n'y ont pas droit. Mais certains résidants montréalais en profitent malgré tout pour aller y déposer les matières résiduelles de leurs commerces ou entreprises. «On s'est aperçu que certains en faisaient un usage autre que résidentiel et qu'ils représentaient parfois jusqu'à 30 % de l'achalandage.»

C'est la raison pour laquelle certains Écocentres ont maintenant une tarification à l'intention des commerçants et des entrepreneurs. «La tarification est de loin inférieure aux coûts d'enfouissement. Et en offrant le service aux entrepreneurs, on évite aussi les dépôts sauvages, par exemple, la nuit dans une ruelle.»

Éco-quartiers

Les Éco-quartiers fêteront leur dixième anniversaire l'an prochain. Ils ont été créés grâce à un programme de soutien financier mis en place par la Ville de Montréal afin d'aider les organismes communautaires à sensibiliser et à promouvoir auprès des citoyens montréalais des comportements respectueux de l'environnement. «Ils agissent comme une interface entre les services municipaux et les citoyens», précise Danielle Fortin de la Direction de l'environnement de Montréal.

On compte présentement 27 Éco-quartiers répartis dans 10 arrondissements montréalais, le plus récent étant l'Éco-quartier Saint-Laurent situé dans l'arrondissement du même nom. Depuis la fusion municipale, les Éco-quartiers sont passés sous la responsabilité financière des arrondissements. «Que les Éco-quartiers aient survécu à la fusion démontre clairement leur pertinence.»

Les activités des Éco-quartiers peuvent varier grandement puisque chaque Éco-quartier doit tenir compte des particularités de la clientèle qu'il dessert. Mais on peut tout de même les classer en trois principaux types d'activités: celles reliées au 3-R, soit la réduction à la source, le réemploi et le recyclage, celles reliées à l'embellissement et celles reliées à la propreté.

«Une des raisons du succès des Éco-quartiers est que ceux qui y travaillent ne sont pas des fonctionnaires et qu'ils ne sont pas perçus comme tels. Ce sont des citoyens sur le terrain qui parlent avec d'autres citoyens.»

Sur le terrain

Raphaëlle Groulx fait partie de ce groupe. Elle est la coordonnatrice de l'Éco-quartier du Plateau-Mont-Royal, un des deux Éco-quartiers de l'arrondissement. L'Éco-quartier du Plateau-Mont-Royal est parrainé par Vélo-Québec. «Le rôle d'un Éco-quartier est de faire la promotion de l'éco-civisme auprès des citoyens du territoire qu'il dessert.»

L'arrondissement octroie présentement à l'Éco-quartier du Plateau-Mont-Royal un financement annuel d'environ 100 000 $, ce qui permet de défrayer le salaire de la coordonnatrice et de son assistante ainsi que le coût de la plupart des activités. Les projets ponctuels et plus coûteux — telles les ruelles vertes, qui coûtent environ 10 000 $ — sont rendus possibles grâce à d'autres sources de financement.

Parmi les activités de cet Éco-centre, notons celle qui invite chaque mercredi de l'été les riverains d'une ruelle à un 5 à 7 afin de la nettoyer. «Nous arrivons en vélo avec tout l'équipement nécessaire. En plus de nettoyer la ruelle, cette activité permet aussi aux voisins de se parler et de mieux se connaître.»

Une autre activité digne de mention est le projet «Accréditation commerce vert», qui est un programme d'accréditation environnementale gratuit à l'intention des petits commerçants du quartier soucieux de faire leur part pour protéger l'environnement.

Raphaëlle Groulx croit que l'utilité des Éco-quartiers n'est plus à prouver. «Il reste encore beaucoup de travail à faire. Par exemple, si l'on recycle beaucoup sur le Plateau, on recycle mal. Il y a trop de matières souillées dans nos bacs verts.» Et les camions qui contiennent trop de matières souillées sont dirigés illico vers le site d'enfouissement. Un geste aussi simple que celui de rincer les contenants avant de les déposer à la collecte sélective est précisément le genre de comportement que les Éco-quartiers cherchent à susciter chez les citoyens montréalais.
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Précisions au 7/10/2004
Dans l'article précédent, il aurait fallu lire qu’à Montréal on arrive à recycler 17 % de l’ensemble des matières résiduelles générées par les citoyens et non 17 % de la collecte sélective. Le taux effectif de recyclage des matières récupérées à la collecte sélective est de 92 à 97 %, selon les centres de tri et la quantité d’impuretés ou de déchets qui s’y «égarent».