Qui s’assurera que les États respectent leurs engagements climatiques?

L’ONU-Climat est chargée de refaire l’an prochain son évaluation des engagements des États membres pour 2030, mais son analyse est mondiale, prédisant à ce stade une augmentation de la température de +2,7°C.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse L’ONU-Climat est chargée de refaire l’an prochain son évaluation des engagements des États membres pour 2030, mais son analyse est mondiale, prédisant à ce stade une augmentation de la température de +2,7°C.

Tous les gouvernements devront avoir présenté d’ici un an des engagements climatiques compatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris. Mais évaluer les objectifs individuels des États est un exercice hautement sensible et controversé.

« C’est tellement politique que je ne pense pas que ça puisse avoir lieu dans le cadre de l’ONU » au sein de laquelle s’inscrit l’Accord de Paris, résume Anne Olhoff, une des auteurs du rapport annuel de référence du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), sur l’écart entre les engagements des États et les baisses réelles d’émissions de gaz à effet de serre.

La décision adoptée par tous les États à la conférence sur le climat COP26 de Glasgow en novembre appelle chacun d’entre eux à renforcer « le cas échéant » d’ici fin 2022 leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour 2030, pour « être en ligne » avec l’Accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement bien en deçà de +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, si possible +1,5 °C.

Mais l’ambition de l’Accord de Paris est collective, et il n’existe aucune instance chargée d’évaluer les trajectoires nationales déterminées, elles, par les États.

« Il n’y a pas de “police” qui vérifie, c’est une faiblesse du processus, mais ça permet aux pays de s’approprier leurs objectifs climatiques et d’avancer au rythme adapté à leur système politique », commente la climatologue Corinne Le Quéré.

L’ONU-Climat est bien chargée de refaire l’an prochain son évaluation des engagements des États membres pour 2030, mais son analyse est mondiale, prédisant à ce stade une augmentation de la température de +2,7 °C.

« La pression des pairs »

Le rapport de référence du PNUE va plus loin, en particulier pour les pays du G20 responsables de deux tiers des émissions. « On ne montre pas du doigt, mais nous attirons l’attention sur les membres du G20 qui ne sont vraiment pas en bonne voie », comme l’Australie ou le Mexique, indique Anne Olhoff.

Les États seraient-ils de toute façon réceptifs à une évaluation extérieure ? Les experts en doutent.

« Nous avons entendu clairement à Glasgow des pays comme les États-Unis dire qu’ils détermineront tous seuls ce qu’est une trajectoire vers +1,5 °C », indique Bill Hare, du centre de recherche Climate Analytics.

Et ils ne sont pas les seuls. « Je ne pense pas que la responsabilité revienne à l’Union européenne, parce que nous sommes sur la voie de respecter largement [l’Accord de] Paris », déclarait récemment le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans. « Nous pouvons le prouver avec des faits ! »

Dans ce contexte, même les États les plus ambitieux devront « aiguiser leurs argumentaires » pour convaincre, commente Lola Vallejo, du centre de réflexion IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). « Charge ensuite à la société civile, aux médias, voire aux autres pays de jouer les poils à gratter. »

« Les pays qui ne sont pas en ligne avec l’Accord de Paris sentiront qu’ils sont sur la sellette. La pression des pairs fonctionne », poursuit un diplomate occidental.

Pour fournir des armes à cette pression, il existe des outils d’évaluation comme le Climate Action Tracker (CAT) qui classe les pays selon leur trajectoire estimée, vers +1,5 °C, en dessous de +2 °C, vers +3 °C, ou pire.

Grâce à de telles analyses indépendantes, « le risque d’être montré du doigt pourrait aider certains pays à se concentrer sur ce qu’ils doivent faire »,note Bill Hare, partenaire du CAT, prédisant « beaucoup de discussions et de désaccord » d’ici l’échéance de fin 2022.

Équité

Peut-être est-il possible de rendre la critique plus acceptable en changeant de messager. Lola Vallejo souligne ainsi la légitimité plus « forte » quand l’avis vient de l’intérieur.

Comme des chercheurs qui, dans chaque pays, imaginent les chemins vers la décarbonation ou des comités indépendants comme le Climate Change Committee britannique ou le Haut Conseil pour le climat français, chargés d’évaluer et d’éclairer les politiques climat du gouvernement qui les a créés.

Dans tous les cas, même les plus ambitieux ne peuvent pas « s’endormir sur leurs lauriers […] parce qu’il y a une autre question : celle du poids des émissions historiques et de l’équité », met en avant Anne Olhoff.

L’Accord de Paris souligne le principe de « responsabilités communes, mais différenciées » en fonction des situations nationales. Alors, certains estiment que les pays riches, responsables du réchauffement, ont une responsabilité vis-à-vis des plus pauvres, et devraient ainsi faire plus pour parvenir à une contribution « juste ».

Émissions historiques, émissions par habitant, empreinte carbone prenant en compte les émissions générées par les biens importés, aide aux pays pauvres… : les critères sont multiples pour évaluer cette « juste part » pour la planète.

Le message clé, lui, ne change pas : pour espérer freiner le réchauffement, « tous les pays doivent réexaminer leurs engagements et voir s’ils peuvent faire plus, et plus vite », plaide Anne Olhoff.

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