Le Noël des familles écolos

Pour Noël, des familles québécoises ont amorcé le virage vers une consommation moins néfaste pour l’environnement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour Noël, des familles québécoises ont amorcé le virage vers une consommation moins néfaste pour l’environnement.

Pour Noël, des familles québécoises ont amorcé le virage vers une consommation moins néfaste pour l’environnement. Malgré l’effort supplémentaire requis et le jugement des autres, elles disent n’en tirer que des bénéfices.

Dans un petit appartement du quartier Saint-Henri, Théodore, neuf mois, pousse sa voiture en plastique devant un arbre de Noël. Ce véhicule en format réduit ne serait pas particulièrement écologique si sa mère, Ann-Mary Poulin, ne l’avait pas acheté de seconde main, comme la grande majorité de ses jouets.

« On trouve presque tout sur Facebook Marketplace. Des fois, ça prend un temps de recherche supplémentaire, mais on finit toujours par trouver ce qu’on veut », assure l’infirmière de formation.

Pour Noël, elle a averti tous ses proches : elle ne veut que des cadeaux usagés ou faits à la main au Québec. Elle fait la même chose pour les cadeaux qu’elle offre, achetant parfois des expériences comme des soupers au restaurant.

« Quand on a un enfant, on ne veut pas qu’il ait une vie misérable à cause de la destruction de l’environnement », explique la Beauceronne.

Les pièces d’artisanat coûtent plus cher que des jouets du Walmart, bien entendu. Mais les objets réutilisés, de leur côté, sont moins dispendieux. Et comme elle dit acheter en moins grande quantité, son budget cadeaux reste environ le même, croit-elle.

Marie de Bellefeuille, elle, ne jure que par les groupes Facebook de troc Buy Nothing, qui réunissent parfois des centaines de personnes, par ville ou quartier, disposées à échanger gratuitement divers produits ou services. Elle gâtera ainsi ses enfants de quatre et six ans avec des pyjamas aux motifs de licornes et de personnages de Star Wars, des pantoufles, des Lego Star Wars, une cape de licorne et un cheval pour poupées.

Pour Noël, en 2019, elle a commencéun échange de cadeaux sans achats. « Ça a été un gros succès. Tout lemonde a trouvé son compte, que ce soit des jeux de société, des livres ou même des souliers », raconte celle qui habite dans la région de Québec.

Jacques A. Levesque, à Rimouski, raconte que les huit membres de sa famille s’offrent des petits plats cuisinés, comme des gelées et des confitures de fruits sauvages qu’ils ont cueillis. De plus, ils mangent tous des plats végétariens et se déplacent en véhicule électrique.

Marie-Josée Fréchette, résidente du quartier Ahuntsic, privilégie les objets en bois ou en matière recyclée, évitant le plastique. Elle fabrique aussi ses propres cadeaux, que ce soit en tricotant ou en concoctant des petits pots de produits naturels maison.

Défier les conventions

Au départ, les parents de Mme Poulin étaient réticents à limiter leurs achats de cadeaux. Mais ils ont aujourd’hui « avalé la pilule », affirme la jeune mère. Ce qui est plus difficile à faire passer, c’est le repas végétarien.

« J’ai beau recommander à ma mère de regarder des documentaires sur les nuisances causées par l’élevage et la pêche, c’est compliqué pour elle », dit-elle.

Mais elle constate un changement progressif. Elle et sa sœur, qui est végétarienne, ont réussi à faire ajouter des options végétariennes au traditionnel repas de Noël.

Marie-Josée Fréchette, de son côté, apporte sa tourtière végétalienne et son rôti de seitan lors des soupers de Noël. « Les gens sont toujours surpris que ce soit bon », remarque-t-elle.

Ce que la mère de famille trouve parfois difficile, c’est le jugement des autres. « Certains nous trouvent pincés. Mes parents, mes sœurs et mes amis n’adoptent pas nécessairement le même mode de vie que moi. Mais même si on fait encore face aux préjugés, les gens se sont adaptés », dit Mme Fréchette. « Les gens autour de nous ont fini par se poser des questions sur leur propre consommation », ajoute-t-elle.

Ce clivage est loin de la décourager. « Le meilleur cadeau qu’on peut faire à nos enfants, ce n’est pas du matériel, mais une conscience environnementale et sociale pour Noël », estime-t-elle.

Estelle Scalzo-Hamel, qui a adopté des habitudes semblables, estime que fabriquer ses cadeaux maison prend plus de temps et de planification, mais que les proches l’apprécient d’autant plus. « Au début, je m’inquiétais de comment ça serait reçu. Mais c’est toujours la surprise et la joie de posséder quelque chose d’unique », dit la résidente de Saint-Alphonse-Rodriguez.

Une solution pour les moins fortunés

Mais est-ce que tous les Québécois ont le temps et l’argent nécessaire pour acheter de l’artisanat québécois ou pour fabriquer leurs propres présents ? Certains n’ont-ils pas d’autre choix que de se tourner vers des magasins bon marché dont les produits sont faits en Asie ?

L’Association des familles du Centre-Sud, à Montréal, a mis en place une solution à la fois écologique et économique pour les familles à faibles revenus. Grâce à une grande collecte de jouets usagés, l’organisme communautaire remettra cette année 230 cadeaux à 90 enfants.

« Les gens apportent des jouets en bon état et on prépare de beaux emballages cadeaux, souligne la coordonnatrice de l’association, Lisbeth Figallo. Les enfants ne remarquent pas si c’est usagé ou neuf. »

C’est effectivement ravie que Zenabou Imorou s’est présentée jeudi pour ramasser des cadeaux pour ses quatre enfants. « Ça me coûterait trop cher d’acheter quatre cadeaux à la fois », dit celle qui se procure parfois, lorsqu’elle en a les moyens, des articles comme des livres à colorier chez Dollarama ou Canadian Tire. C’est toutefois grâce à ses compétences en tricot qu’elle habille ses enfants avec des tuques et des cache-cous.

L’œuvre de l’Association ne s’arrête pas aux cadeaux. La protection de l’environnement faisant partie des préoccupations de ses membres, ses administrateurs organisent au courant de l’année des ateliers de fabrication de décorations et d’objets utiles zéro déchet, comme des tampons démaquillants et des pellicules en cire.



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