Vulgariser pour mieux consommer

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Le sapin naturel remporte généralement la palme du choix le plus écologique, mais l’analyse du cycle de vie d’un produit permet d’orienter les consommateurs vers la solution la plus durable.
Jacques Nadeau Le Devoir Le sapin naturel remporte généralement la palme du choix le plus écologique, mais l’analyse du cycle de vie d’un produit permet d’orienter les consommateurs vers la solution la plus durable.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les 20 ans du CIRAIG

Bien expliquer les questions du développement durable et de l’analyse du cycle de vie, c’est la mission que se donnent les étudiants-chercheurs affiliés au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). Portraits de quelques-uns d’entre eux, qui ont toutes et tous le désir de transmettre leur savoir au grand public.

Guider le consommateur

Catherine Lalongé et Lysanne Blais-Gingras voulaient expliquer le processus complexe de l’analyse du cycle de vie (ACV) en prenant l’exemple des sacs d’emplettes jetables. Les deux chercheuses se sont ainsi vu attribuer le premier prix au concours étudiant de vulgarisation scientifique « Valorisez les sciences ! » pour leur billet de blogue et leur brochure sur le sujet.

« Être capable d’avoir des exemples clairs ou de faire des analogies dans ma tête, je trouve ça très pertinent pour faire mes propres choix. Et ce concours a démontré que c’était quelque chose qu’on pouvait rendre accessible », souligne Mme Lalongé. Elle et Mme Blais-Gingras font toutes deux une maîtrise à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). La première, à l’Institut des sciences de l’environnement et la seconde, à l’École des sciences de la gestion.

Chercheuses affiliées au CIRAIG, les étudiantes ont choisi l’exemple des sacs et uni leur expertise pour résumer le processus au grand public. « Se demander comment on pouvait se mettre dans la peau de non-experts, c’était ce qui nous rassemblait », note Mme Blais-Gingras.

« On est vraiment retournées à la base de l’analyse du cycle de vie, étape par étape », ajoute Catherine Lalongé. Les jeunes chercheuses ont pu ainsi démontrer à quel point une telle analyse est multidisciplinaire puisqu’elle implique des spécialistes en chimie, en biologie et en génie notamment.

De tels procédés permettent d’orienter les gens vers les meilleures options en tant que consommateurs, continue Catherine Lalongé. « Durant le temps des Fêtes, l’éternelle question sur le choix du sapin, naturel ou en plastique, est sans cesse de retour, illustre-t-elle. Avec une analyse du cycle de vie de chacun, ça nous aiguille sur la solution la plus durable. »

Si l’ACV des sacs de plastique est déjà bien connue de la communauté scientifique, elle l’est sensiblement moins du grand public. En transmettant ce type de connaissances au plus grand nombre, Lysanne Blais-Gingras pense pour sa part que « les discussions pourraient avoir une portée encore plus grande ».

Le vin du futur

Débarqué de son Mexique natal pour étudier au Québec, Ivan Viveros Santos a quant à lui remporté le deuxième prix au concours « Valorisez les sciences ! » pour ses recherches sur les impacts des changements climatiques sur le vin. Afin de vulgariser l’écotoxicité du cuivre sur les aires viticoles, ce Québécois d’adoption a ainsi créé une page sur la question, Quel vin fera-t-il demain ? sur GitHub.

Le doctorant en génie chimique à Polytechnique Montréal se réjouit de cet honneur qui lui est fait. « Ça me motive à continuer. C’est une belle occasion que de pouvoir communiquer nos résultats à la société dans son ensemble », confie celui qui est arrivé au Québec en 2014 pour une maîtrise et qui n’en est jamais reparti.

Ses travaux l’ont amené à se pencher sur les propriétés toxiques de l’utilisation du cuivre dans un mélange phytosanitaire pour la vigne. « En général, on étudie les indicateurs tels que la toxicologie et les impacts environnementaux de façon séparée. Moi, je regarde l’interaction des deux ensemble », résume-t-il. Son objectif est ainsi de déterminer si les conséquences sont les mêmes que lorsque l’on observe chaque facteur séparément.

Les grandes régions productrices de vin pourront-elles continuer leurs activités avec les changements climatiques ? « Les climatologues disent que c’est possible, mais que l’altitude des vignobles devra être revue. On voit également un déplacement vers le nord, en tout cas en Europe, parce que les conditions y seront certainement plus favorables dans les décennies à venir », indique M. Viveros Santos. D’autres solutions consisteraient notamment à modifier la gestion de la vigne, ou encore le cépage. Mais tout cela aura forcément une incidence sur le goût des vins.

Lutter contre les GES au Québec

Six femmes. Six étudiantes en génie à Polytechnique Montréal. Elles ont ensemble fondé en 2017 PolyCarbone. Cet organisme encourage les universitaires québécois à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en adoptant des comportements plus responsables.

« On dit que c’est un spin-off du CIRAIG parce qu’on était toutes engagées dans des projets de recherche avec le CIRAIG quand on a créé PolyCarbone », résume Catherine Houssard. La jeune femme est diplômée au doctorat en génie industriel et spécialiste en analyse du cycle de vie.

Celle qui est maintenant coordonnatrice scientifique au CIRAIG explique qu’à la base, les étudiantes désiraient changer les habitudes de consommation des Québécois. « L’idée était de maximiser l’impact positif de chaque individu tout en minimisant l’effort qu’il a à faire », dit-elle.

L’organisme sans but lucratif développe aujourd’hui des partenariats avec différentes organisations qui veulent engager leur communauté dans l’action climatique. « On leur propose d’utiliser nos outils en les personnalisant avec leur logo, leurs façons de parler, pour avoir un rayonnement beaucoup plus large sur l’ensemble de la société québécoise et toucher un maximum de personnes », explique la chercheuse.

PolyCarbone compte actuellement une trentaine de membres et a notamment créé un calculateur de carbone contextualisé à la réalité d’ici. « Contrairement à ailleurs, au Québec, quand on achète un appareil électrique, ce n’est pas l’énergie consommée qui va compter. C’est plutôt la durée de vie de cet objet, parce que notre hydroélectricité a très peu d’impact sur les changements climatiques », souligne-t-elle.

L’organisme prépare d’ailleurs une application qui permet à une personne de suivre sa progression et qui va l’aider à maintenir ses efforts pour modifier ses habitudes. « C’est le Weight Watchers du climat ! » illustre Mme Houssard.

PolyCarbone travaille actuellement à son plan d’affaires avec l’accélérateur de projets l’Esplanade. « On est entre de bonnes mains pour un avenir qui est intéressant pour la société », conclut-elle.

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