Les Québécois réclament plus d’ambition climatique des gouvernements

Le Baromètre de l’action climatique 2021 permet de constater, encore une fois, le « fort attachement » des Québécois pour leur voiture.
Alexandre Shields Le Devoir Le Baromètre de l’action climatique 2021 permet de constater, encore une fois, le « fort attachement » des Québécois pour leur voiture.

La vaste majorité des Québécois estime que les entreprises, les différents ordres de gouvernement et les citoyens n’en font pas assez pour lutter contre la crise climatique, selon ce qui se dégage de l’édition 2021 du Baromètre de l’action climatique. Ils ont toutefois tendance à surestimer l’importance de leurs propres actions pour l’environnement et sont très peu nombreux à vouloir se départir de leur voiture.

Devant la réalité de plus en plus criante des bouleversements climatiques, les Québécois sont plus nombreux que jamais (84 %) à adhérer à l’idée qu’il y a « urgence d’agir » pour s’attaquer à cette crise environnementale planétaire. Mais à ce chapitre, ils sont aussi très nombreux à juger que la réponse n’est pas à la hauteur, et ce, même si à peine 22 % d’entre eux se sentent « personnellement menacés ».

« La majorité de la population » considère que tous les ordres de gouvernements, mais aussi les entreprises et les individus « devraient en faire davantage pour le climat », peut-on lire dans le Baromètre de l’action climatique 2021, qui est publié ce mercredi par le Laboratoire de l’action climatique, une collaboration entre une équipe de recherche de l’Université Laval et le média Unpointcinq.

Selon cette enquête menée par questionnaire en ligne auprès de 2002 personnes de 18 ans et plus du 27 septembre au 2 octobre 2021, pas moins de 80 % des Québécois jugent que le gouvernement fédéral n’en fait pas assez, un taux qui se situe à 76 % pour le gouvernement du Québec et à 73 % pour les municipalités et les MRC. Dans le cas des entreprises manufacturières, 81 % des répondants croient qu’elles devraient en faire davantage pour lutter contre les changements climatiques.

Les citoyens sont aussi très critiques de l’action climatique des individus, puisque 79 % d’entre eux estiment que leurs concitoyens doivent agir de façon plus proactive pour réduire leur empreinte carbone. À peine 10 % jugent que les autres citoyens en font assez pour la protection du climat.

« Impuissance »

« La proportion de personnes qui affirment accomplir des gestes pour le climat est stable (89 %) par rapport à l’édition 2020 du Baromètre de l’action climatique », mais la population est moins disposée que l’an dernier à en faire davantage pour le climat (74 %, -4 points). « Il est possible que la hausse du sentiment d’impuissance explique en partie ce résultat, ainsi que la perception que d’autres acteurs doivent également en faire davantage quant aux enjeux climatiques », peut-on lire dans le document.

L’enquête a en effet permis de constater que les Québécois sont nombreux à exprimer des sentiments d’impuissance (62 %), de tristesse (61 %), de peur (51 %) ou de culpabilité (49 %) par rapport aux enjeux climatiques. « Pour certaines personnes, ces sentiments serviront de moteur à l’action climatique alors que, pour d’autres, il s’agira de freins », expliquent Valériane Champagne St-Arnaud, professeure au département de marketing à l’Université Laval, et Clémence Lalloz, cofondatrice et directrice générale adjointe d’Unpointcinq. Les femmes et les jeunes adultes (18-34 ans) « sont significativement plus habités par ces émotions négatives que les autres groupes ».

En ce qui concerne les gestes individuels, sauf pour la réduction de la consommation de viande (43 %), la population adopte en majorité chacun des gestes climatiques sondés. C’est encore le recyclage qui domine (94 %), suivi de la diminution du gaspillage alimentaire (85 %) et de l’utilisation de produits réutilisables plutôt que jetables (78 %).

« Tout comme en 2020, la population tend à surestimer l’impact climatique de plusieurs gestes du quotidien », souligne par ailleurs Mme Champagne St-Arnaud. Par exemple, une majorité de citoyens (65 %) croit qu’en achetant « des produits emballés en vrac plutôt qu’en portions individuelles », on pose un geste significatif de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or, cela réduit les émissions de l’équivalent de seulement six kilos de CO2 par année pour une famille moyenne.

« Attachement » à la voiture

Une majorité de citoyens (62 %) serait en faveur de « frais supplémentaires » pour compenser les émissions de gaz à effet de serre lors de l’achat d’un billet d’avion, 58 % sont pour l’imposition de « frais supplémentaires » pour l’immatriculation de véhicules énergivores, dont les véhicules utilitaires sport (VUS), une catégorie de plus en plus populaire au Québec. Mais à peine 33 % sont favorables à la mise en place de « frais » pour l’utilisation du réseau routier, comme des péages.

L’enquête a en outre permis de constater, encore une fois, le « fort attachement » des Québécois à leur voiture. « La majorité possède ou loue à long terme une voiture, et à peine 1 personne sur 10 envisage un changement à cet égard dans la prochaine année », souligne le document. Cette culture de la voiture fait partie des « grandes résistances » de la population, mais elle s’explique en partie par l’aménagement du territoire de la province, selon Valériane Champagne St-Arnaud.

Le document met enfin en lumière des lacunes par rapport aux connaissances des « concepts » liés aux bouleversements du climat. À peine 17 % des personnes sondées pourraient expliquer la notion de « compensation carbone », 30 % celle de l’« adaptation », 45 % celle des « événements climatiques extrêmes » et 48 % le concept de « gaz à effet de serre ».

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