Les puits abandonnés ne représentent pas «des sommes astronomiques», assure Québec

En plus des puits orphelins, certains puits de gaz de schistes fermés «temporairement» ont connu des fuites, notamment à La Présentation.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir En plus des puits orphelins, certains puits de gaz de schistes fermés «temporairement» ont connu des fuites, notamment à La Présentation.

Même si le gouvernement ne sait toujours pas à combien s’élèvera la facture pour le nettoyage des dizaines de puits pétroliers et gaziers abandonnés sur son territoire, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a assuré mardi que les fonds publics qui seront dépensés ne représentent pas des sommes « astronomiques ».

Le Devoir révélait mardi matin qu’il est impossible, à l’heure actuelle, d’obtenir une évaluation précise des coûts de décontamination des puits d’exploration qui sont à la charge de l’État québécois. Selon les données du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), 534 puits « inactifs » ont été localisés depuis 2018, et 241 autres n’ont pas été retrouvés, malgré les inspections menées par le ministère. De ce nombre, 209 sont considérés comme « non localisables ».

Parmi les puits inactifs localisés, le MERN évalue que 95 nécessiteront des « travaux », par exemple pour stopper des fuites de gaz naturel ou de pétrole. Or, la seule liste comportant une évaluation des coûts de restauration par puits date du 31 mars 2020. Elle compte seulement 30 puits inscrits au « passif au titre des sites contaminés » (PTSC), soit moins du tiers des puits qui sont officiellement à restaurer. Le montant estimé pour ces 30 puits totalise 54 millions de dollars.

Le ministère nous a transmis une liste plus récente, datée du 31 mars 2021. Celle-ci compte 44 puits, mais elle ne comporte plus d’estimation des coûts, contrairement à la liste de 2020. Malgré des demandes répétées depuis vendredi dernier, il n’a pas été possible d’obtenir davantage de détails.

Budget

Malgré cette absence de précisions, le ministre responsable du MERN, Jonatan Julien, s’est voulu rassurant mardi. « Ce ne sont pas des sommes astronomiques », a-t-il insisté lorsqu’il a été interpellé par des journalistes à l’Assemblée nationale.

Tout en rappelant que 209 puits sont introuvables, en raison du manque de données pour les localiser, le ministre a rappelé que le gouvernement a prévu 10 millions de dollars dans le plus récent budget, afin de « sécuriser » des puits retrouvés et inspectés par des experts du ministère, et ce, d’ici 2023. « Il n’y a aucun danger par rapport aux puits qui ont été visités. On parle d’une dizaine de millions dans le budget pour les deux prochaines années », a résumé M. Julien.

Des rapports d’inspections du MERN consultés par Le Devoir font toutefois état de risques. Par exemple, pour un puits foré près de Trois-Rivières, en 1956, les coûts de restauration sont évalués à plus de 7 millions de dollars. Les inspecteurs du ministère y ont constaté « une forte odeur d’hydrocarbure », de la contamination du sol par le pétrole, une migration de gaz qui représente « un risque pour la santé ou la sécurité des personnes » en vertu de l’article 130 de la Loi sur les hydrocarbures.

Un total de 16 des 30 puits identifiés dans la liste du 31 mars 2020 pourraient coûter plus d’un million de dollars en « travaux » au gouvernement du Québec. Pour un puits de 4000 mètres de profondeur foré en 1996 au sud-est de Trois-Rivières par l’entreprise Genoil, le « montant » inscrit au PTSC est de 14,1 millions de dollars. Il s’agit du montant le plus élevé inscrit pour un seul puits.

Appels d’offres

Pourquoi est-ce que la facture pour seulement 30 des 95 puits est évaluée à 54 millions de dollars ? Les rapports d’inspection du MERN offrent peu de détails, mais le ministère a indiqué au Devoir qu’en attendant une estimation plus précise, « le coût d’inscription au passif est évalué en fonction de la profondeur des puits ».

Afin d’obtenir une évaluation plus détaillée, le gouvernement a d’ailleurs lancé cette année deux appels d’offres pour trouver une entreprise chargée d’élaborer « un programme de fermeture définitive des puits d’hydrocarbures inactifs » et de superviser les travaux à venir. À deux reprises, l’appel d’offres a dû être annulé, dont la dernière fois le 25 novembre, faute de soumissionnaire.

Tous ces puits « inactifs » ont été forés par des entreprises qui ont depuis longtemps cessé d’exister. Certains de ces puits ont en effet été forés à la fin du XIXe siècle en Gaspésie et ils laissent encore aujourd’hui fuir du pétrole brut en surface, ce qui a contaminé le sol, selon ce qui se dégage des rapports d’inspection des dernières années, photos à l’appui.

C’est le cas de puits de l’entreprise Petroleum Oil Trust, dont un foré en 1891 à Gaspé et dont la facture de nettoyage est évaluée à 3,4 millions de dollars. Dans ce cas, les inspecteurs du ministère ont aussi constaté en 2019 « une forte fuite de méthane », un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2, sur une période de 20 ans.

Avec François Carabin et Marie-Michèle Sioui

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