L’avenir passe par une transition juste, clame la FTQ

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
Le concept de transition juste implique de prendre en compte les bouleversements qu’a sur les milieux de travail la transition vers des énergies propres. Sur la photo, on aperçoit des travailleurs d’une mine de charbon.
Dake Kang Associated Press Le concept de transition juste implique de prendre en compte les bouleversements qu’a sur les milieux de travail la transition vers des énergies propres. Sur la photo, on aperçoit des travailleurs d’une mine de charbon.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Maintenant que le rideau est tombé sur la grande scène de la COP26, l’heure est aux bilans. Pendant près de deux semaines, des politiciens et des organisations provenant des quatre coins du monde ont réfléchi, questionné, analysé et proposé des solutions pour accélérer la lutte contre les changements climatiques. Parmi les grands thèmes abordés, celui de la transition juste pour les travailleuses et travailleurs a particulièrement intéressé les membres de la FTQ présents à Glasgow.

Dans son bilan rendu public le 14 novembre dernier, la plus grande centrale syndicale au Québec n’a laissé place à aucune ambiguïté : « Nous sommes déçus par le manque d’ambition de nos gouvernements », pouvait-on y lire. En creusant davantage, on comprend que la conférence climatique organisée par l’Organisation des Nations unies (COP26) n’est pas un échec pour autant, comme l’explique Denis Bolduc, secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), en revenant sur ces propos publiés un peu plus tôt : « Pendant deux semaines, les yeux ont été tournés vers l’Écosse et les attentes envers les dirigeants mondiaux étaient très élevées. C’est un exercice diplomatique que l’on devine comme n’étant pas facile. D’autant plus qu’il y a une conjoncture qui met une pression sur les États pour qu’ils s’engagent et agissent rapidement. Chaque fois, on réussit à faire des pas et ce fut encore le cas cette fois-ci. Mais considérant l’urgence d’agir, ça ne va pas assez loin. »

Clarifier la transition juste

Selon M. Bolduc, lorsque l’on réfléchit aux effets des changements climatiques, il importe de se pencher également sur la question de la justice et de l’égalité sociale dans la transition vers des énergies propres : « D’un côté, la transition peut être une source de création d’emploi et de diversification économique, mais à l’inverse, ça peut aussi créer des bouleversements dans les milieux de travail. Il faut s’assurer que les gens ne soient pas touchés négativement et, s’ils le sont, il faut les accompagner et les soutenir socialement. »

Dans la foulée, la FTQ suggère d’ouvrir le dialogue social, de consulter toutes les parties concernées par les changements climatiques — les travailleurs, les travailleuses, les entreprises, les communautés —, et d’anticiper les impacts de la transition énergétique sur les emplois. « On demande la création d’un groupe de travail qui pourrait fouiller pour obtenir des données sur le marché du travail, analyser et prévoir les effets socio-économiques et réfléchir aux politiques qui pourraient être mises en place, précise M. Bolduc. Sans oublier les indicateurs de résultats pour mesurer à quelle vitesse on avance. »

La FTQ a d’ailleurs profité de la COP26 pour demander au ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, de nommer un sous-ministre à la transition juste : « S’il veut démontrer toute l’importance d’une transition juste et donner le signal que c’est une priorité pour le gouvernement fédéral, une nomination comme celle-là démontrerait que l’on prend ça au sérieux. »

Jouer sur l’échiquier mondial

La COP26 a permis à la délégation de la FTQ de multiplier les rencontres avec plusieurs politiciens provinciaux et fédéraux dans un contexte où l’environnement et les changements climatiques sont au cœur de toutes les discussions. Le caractère international n’est pas à négliger non plus pour l’organisation syndicale puisqu’un événement d’une telle ampleur est tout désigné pour s’inspirer de ce qui se fait ailleurs et apprendre de ceux présentés comme des précurseurs : « L’enjeu de la transition juste est apparu dans le préambule de l’Accord de Paris en 2015, à la suite de l’insistance des syndicats internationaux. Le pays hôte de la COP26, l’Écosse, a créé la Commission pour une transition juste, à l’automne 2018. L’Irlande a fait de même. Le Costa Rica, l’Espagne et la Norvège sont parmi les pays qui ont mis en place des plans de transition juste crédibles », énumère Denis Bolduc.

À cet égard, la rencontre a permis de nouer des liens avec des syndicalistes de plusieurs pays et de constater, par la même occasion, que lorsque vient le temps d’aborder la question d’une transition juste pour les travailleurs et les communautés, les défis sont souvent les mêmes.

Une signature, un engagement

Sur place, la FTQ a signé le Traité de non-prolifération des combustibles fossiles, devenant ainsi la première fédération syndicale à se joindre au traité pour s’assurer que la voix des travailleurs et des travailleuses soit entendue. « Il y a, dans ce traité, des notions de transition juste. Sachant qu’il n’y a pas d’avenir dans les énergies fossiles, il faut prévoir dès maintenant comment l’on pourra diminuer notre consommation de ces énergies, quels seront les impacts de ce changement et comment nous pourrons accompagner les gens touchés par cette transition. Si on veut prendre soin de l’environnement, mais aussi des gens, il faut assurer un passage vers des énergies propres qui est ordonné, et c’est ce que prévoit le traité[…] L’idée n’est pas de fermer les cimenteries ou les mines, c’est de les rendre moins polluantes. D’ici là, chaque année qui passe ne fait que rendre le défi de la diminution des gaz à effet de serre encore plus grand. N’oublions pas que l’urgence est réelle », rappelle M. Bolduc.



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