Ottawa mettra fin aux subventions internationales aux énergies fossiles

Cette initiative doit comprendre une vingtaine de pays qui s’engagent à mettre un terme au soutien public international aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) d’ici la fin de l’année prochaine. Leur financement sera désormais orienté vers les énergies renouvelables, afin de favoriser la transition énergétique.
Photo: Eric Gay Associated Press Cette initiative doit comprendre une vingtaine de pays qui s’engagent à mettre un terme au soutien public international aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) d’ici la fin de l’année prochaine. Leur financement sera désormais orienté vers les énergies renouvelables, afin de favoriser la transition énergétique.

Le gouvernement Trudeau s’engagera jeudi à éliminer d’ici la fin de 2022 le financement public international accordé au secteur des énergies fossiles, a appris Le Devoir. Cette annonce, prévue dans le cadre de la 26e conférence climatique de l’ONU (COP26), ne concerne toutefois pas les fonds accordés au Canada aux producteurs pétroliers et gaziers, que les libéraux ont également promis d’éliminer.

Selon les informations obtenues mercredi auprès de sources bien au fait du dossier, le Canada a décidé de se joindre à une initiative qui doit comprendre une vingtaine de pays qui s’engagent à mettre un terme au soutien public international aux énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) d’ici la fin de l’année prochaine.

L’annonce doit être confirmée jeudi à la COP26, dans le cadre d’une journée thématique consacrée à l’« énergie ». Elle sera l’occasion, pour les pays qui signeront cette déclaration, d’annoncer que leur financement sera désormais orienté vers les énergies renouvelables, afin de favoriser la transition énergétique et l’atteinte des objectifs climatiques de l’Accord de Paris.

Il est toutefois difficile de calculer quel montant des fonds publics canadiens sera ainsi détourné des énergies dont la combustion est responsable de l’essentiel des dérèglements du climat mondial. En s’appuyant sur les données disponibles, la directrice des politiques nationales du Réseau action climat Canada, Caroline Brouillette, estime que le soutien atteint au minimum 2 milliards de dollars par année. Même son de cloche du côté du porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.

Le gouvernement Trudeau s’est engagé en campagne électorale à éliminer dès 2023 « les subventions à l’industrie des combustibles fossiles », ce qui doit comprendre les subventions accordées en sol canadien. Les libéraux ont aussi promis d’« élaborer un plan pour éliminer progressivement le financement public du secteur des combustibles fossiles, y compris des sociétés d’État, conformément à [leur] engagement concernant l’objectif de la carboneutralité d’ici 2050 ».

Le gouvernement fédéral n’a pas diminué son aide aux compagnies pétrolières et gazières par l’intermédiaire de son agence Exportation et développement Canada (EDC) depuis 15 ans, révélait Le Devoir en août dernier. Le bilan des années Trudeau montre même une légère augmentation des coups de pouce à cette industrie par rapport aux années du gouvernement conservateur de StephenHarper. Le secteur des combustibles fossiles a bénéficié d’aides fédérales de près de 10,7 milliards de dollars par année, en moyenne, sous le gouvernement Trudeau. Cette aide ne comprend pas les fonds publics dépensés dans le projet de rachat et d’expansion du pipeline Trans Mountain.

Milliards de dollars

Le Canada est aujourd’hui classé en tête de liste des pays du G20 pour son soutien financier aux producteursd’énergies fossiles, selon un rapport publié récemment par l’organisme Oil Change International. Le rapport, qui comprend les années 2019 et 2020, additionne les prêts, les garanties de prêts, les subventions, les achats d’actions et la couverture d’assurance fournis aux producteurs par les gouvernements, les agences gouvernementales et les banques de développement multinationales appartenant au gouvernement.

Dans le monde entier, ce soutien s’est élevé à près de 78 milliards l’année dernière, en baisse par rapport à la moyenne de 2015-2017 de 111 milliards. Le rapport reconnaît que tous les pays ne sont pas également transparents, les informations provenant de pays comme la Chine et l’Arabie saoudite étant plus difficiles à obtenir. Il a toutefois trouvé que le Canada était en tête de la liste des subventions, ayant fourni en moyenne près de 14 milliards par an entre 2018 et 2020.

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C’est, en dollars, le montant que représentait l’an dernier le soutien mondial aux énergies fossiles, en baisse par rapport à la moyenne de 111 milliards en 2015-2017.

Le Canada est un important producteur et exportateur de pétrole et de gaz naturel. L’industrie souhaite d’ailleurs augmenter sa production au cours des prochaines années. Dans un contexte où le gouvernement Trudeau a promis d’imposer un plafond d’émission de gaz à effet de serre imputables à l’extraction, des entreprises espèrent développer des projets de capture et de stockage de carbone pour réduire leurs émissions tout en augmentant la production.

Pour leur venir en aide, le gouvernement Trudeau a octroyé 319 millions pour « le développement et les démonstrations visant à améliorer la viabilité commerciale des technologies » de capture, de stockage et d’utilisation du CO2 dans le cadre de son plus récent budget.

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