Ottawa veut forcer l’industrie pétrolière à réduire ses émissions

Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé lundi l’engagement de son gouvernement à plafonner, puis à réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie pétrolière et gazière, dans le cadre de la 26e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26). Ottawa a par la même occasion mandaté son « Groupe consultatif pour la carboneutralité » pour qu’il lui soumette des moyens d’agir afin de s’attaquer à ce poids lourd du bilan carbone canadien.

Prenant la parole à la tribune de la COP26, devant un parterre d’une centaine de dirigeants politiques du monde entier, M. Trudeau a affirmé que son gouvernement nouvellement réélu allait prendre les moyens nécessaires pour stopper la croissance continue des émissions de la production de pétrole et de gaz naturel. Il avait formulé cet engagement durant la campagne électorale.

« Nous plafonnerons les émissions du secteur pétrolier et gazier aujourd’hui et veillerons à ce qu’elles diminuent demain au rythme et à l’échelle nécessaires pour atteindre le zéro net d’ici 2050. Ce n’est pas une mince tâche pour un important pays producteur de pétrole et de gaz. C’est un grand pas qui est absolument nécessaire », a fait M. Trudeau lundi à la COP26, où il est accompagné par le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault.

Dans un contexte de croissance de la production des sables bitumineux, les émissions de l’industrie pétrolière et gazière ont pratiquement doublé depuis 1990, passant de 102 millions de tonnes à 191 millions de tonnes en 2019. Le secteur compte pour 26 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada, devançant même le secteur des transports.

Le gouvernement Trudeau estime donc que le pays doit agir pour réduire la pollution provoquée par ce secteur s’il souhaite respecter ses engagements climatiques internationaux, soit réduire les émissions de GES de 40 % à 45 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005.

Dans un contexte où l’industrie des énergies fossiles souhaite augmenter la production au cours des prochaines années, et notamment la production de gaz naturel, le ministre Steven Guilbeault et son collègue des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, ont fait parvenir lundi une lettre au « Groupe consultatif pour la carboneutralité ». Celui-ci devra présenter « un avis indépendant concernant l’engagement que nous avons pris de plafonner et de réduire les émissions du secteur du pétrole et du gaz », peut-on lire dans cette lettre.

« Le diable est dans les détails »

Ottawa souhaite notamment recevoir des conseils concernant la mise en œuvre de « cibles quantitatives » de réduction des émissions de GES, qui pourraient être révisées tous les cinq ans. Des « jalons » pourraient être précisés pour 2025 et 2030, de façon à ce que « les niveaux de réduction soient ambitieux et réalisables et que le secteur pétrolier et gazier fournisse une contribution appréciable à la réalisation des objectifs climatiques du pays de 2030 et 2050 dans le cadre d’une approche centrée sur les personnes pour une transition juste pour les travailleurs et les communautés ».

« Pour atteindre la neutralité carbone, il faut commencer par s’assurer que les émissions du secteur n’augmentent pas. L’engagement pris par le Canada de plafonner et de réduire les émissions du secteur pétrolier et gazier est une première mondiale parmi les grands producteurs d’énergie », rappelle aussi la lettre envoyée au comité.

Pour Équiterre, l’engagement des libéraux devra être suivi de précisions pour démontrer sa pertinence. « On aimerait voir un plan et un échéancier basés sur des solutions réalistes qui réduisent les émissions et la production. Le diable est dans les détails, et on espère que ce plan ne s’articulera pas autour de technologies inefficaces ou de compensations carbone qui permettent de poursuivre l’exploitation des énergies fossiles », a fait valoir lundi l’analyste des politiques climatiques de l’organisation, Émile Boisseau-Bouvier.

La semaine dernière, le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a précisé que le « plafond » concernerait les émissions de GES, et non la production de ce secteur économique majeur pour l’économie canadienne. Plus tôt cette année, le gouvernement Trudeau a aussi autorisé 40 nouveaux forages pétroliers en milieu marin. Ceux-ci seront menés dans l’objectif de doubler la production pétrolière de Terre-Neuve, et ce, après 2030.

L’industrie travaille déjà sur des projets, dont la capture et le stockage de carbone, qui pourraient lui permettre de poursuivre la croissance de la production. Le gouvernement fédéral finance certains projets de développement de cette technologie, qui a été évoquée à quelques reprises lundi à la COP26, à Glasgow.

À la tribune de l’événement, lundi, Justin Trudeau a par ailleurs évoqué le fait que les impacts de la crise climatique se font déjà sentir au Canada, en rappelant le cas des feux dévastateurs qui ont frappé le village de Lytton, en Colombie-Britannique, l’été dernier.

« Ce qui s’est passé à Lytton peut se produire, s’est déjà produit ailleurs et pourra se produire encore, n’importe où », a-t-il déclaré. « De combien de signes de plus avons-nous besoin ? C’est le moment pour nous d’intensifier nos efforts — et de le faire ensemble. […] Comme on collabore tous pour en finir avec la pandémie de COVID-19, nous devons appliquer cette même urgence d’agir contre la crise climatique et la perte de biodiversité », a-t-il dit.

Avec La Presse canadienne

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