L’environnement à Laval, ce royaume des bungalows

Huit candidats se disputent la mairie de Laval, et les espaces verts sont au coeur de la campagne électorale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Huit candidats se disputent la mairie de Laval, et les espaces verts sont au coeur de la campagne électorale.

Au royaume du bungalow et de l’automobile, le vent commence-t-il à tourner en matière d’environnement ? Ou pas ? Laval aura un nouveau maire ou une nouvelle mairesse le 7 novembre prochain, et les candidats rivalisent d’ardeur pour proposer aux électeurs des solutions afin de mieux protéger les espaces verts menacés par le développement immobilier effréné.

La lutte s’annonce serrée à Laval, où huit candidats se disputent la succession de Marc Demers, qui a décidé de se retirer après huit ans à la mairie. Engagés dans un marathon de porte-à-porte, les candidats travaillent fort pour se faire connaître et rallier à leur cause les indécis, qui demeurent nombreux. Selon un sondage CROP réalisé pour le compte de Radio-Canada et publié le 21 octobre dernier, Laval compterait encore 56 % d’indécis.

Il faut dire qu’à Laval les candidats souffrent, à divers degrés, d’un déficit de notoriété et que la campagne se déroule dans l’ombre de celle de Montréal. « Je regarde la visibilité de M. Coderre et de Mme Plante à Montréal. C’est tous les jours dans les médias », signale Michel Trottier, chef du Parti Laval. « En plus, il y a une explosion de partis politiques à Laval. »

Trois candidats se détachent du peloton, selon le sondage CROP. Stéphane Boyer, dauphin de Marc Demers à la tête du Mouvement lavallois, détient une légère avance dans les intentions de vote avec 14 % des appuis, contre 11 % pour ses adversaires Michel Trottier, du Parti Laval, et Sophie Trottier, d’Action Laval.

Les autres candidats dans la course sont Michel Poissant, de Laval citoyens, Nicolas Lemire, indépendant, Pierre Anthian, de Ma ville maintenant, ainsi qu’Hélène Goupil et Redouane Yahmi, tous deux indépendants.

Ce même sondage révélait que 65 % des répondants se disaient satisfaits du maire Demers, ce qui conforte Stéphane Boyer. « Je suis moins connu que M. Demers, […] mais sur le terrain, on sent que les gens sont satisfaits, et ça va bien », dit-il.

Ses adversaires ne partagent pas son avis. Sophie Trottier n’a pas les mêmes échos sur le terrain. « Les gens ne se sentent pas écoutés. […] Ils me disent que les décisions leur sont imposées », soutient-elle.

« Stéphane Boyer a l’usure de huit ans au pouvoir », soutient pour sa part Michel Trottier. Selon lui, M. Boyer traîne plusieurs boulets hérités de l’administration Demers, dont celui du complexe aquatique dont la construction a été suspendue en raison de la hausse des coûts du projet.

Les tours de condos

Les effluves de la corruption, qui ont longtemps flotté au-dessus de Laval sous l’ère Vaillancourt, se sont peut-être dissipés, mais la frénésie immobilière subsiste. Au cours des dernières années, les tours de condos ont continué à pousser, et plusieurs coupes d’arbres par des promoteurs ont fait les manchettes. Dans ce contexte, le thème de l’environnement s’est imposé en campagne.

Le candidat indépendant à la mairie Nicolas Lemire, 25 ans, en a d’ailleurs fait son cheval de bataille. En avril dernier, il a publié un « manifeste » en faveur d’un virage écologique pour Laval avec 48 propositions. « Ce qu’il y a dans mon programme, je veux que ça se réalise, que je gagne ou que je perde le 7 novembre, parce que je crois en ce qu’il y a là-dedans », a-t-il expliqué lors d’un débat sur le thème de l’environnement organisé par le Conseil régional de l’environnement (CRE) de Laval et par Laval en transition, le 21 octobre dernier.

L’environnement est aussi au cœur des engagements électoraux des autres candidats. Stéphane Boyer indique que l’administration Demers, dont il faisait partie, a réussi à faire passer de 3 à 12 % la superficie de territoire protégé et que, s’il est élu, il fera grimper ce taux à 17 %. Il entend aussi investir 100 millions de dollars dans l’acquisition et la protection de milieux naturels. « Dans les dernières années, Laval a fait des pas de géant en environnement. Les émissions de gaz à effet de serre en territoire lavallois ont diminué de 12 % par rapport à 1990, et ce, malgré l’augmentation de la population », explique-t-il.

L’ancien directeur général du CRE de Laval, Guy Garand, remet en question certaines données avancées par le candidat du Mouvement lavallois. Il est vrai qu’une part de 12 % du territoire lavallois est protégée en vertu de la réglementation municipale, mais elle ne l’est pas en vertu des statuts du gouvernement du Québec et du Canada, signale-t-il. En réalité, seulement 0,82 % de la superficie du territoire lavallois est inscrite au Registre des aires protégées du Québec et une autre administration en quête de revenus de taxes pourrait à l’avenir dézoner ces terrains pour permettre le développement immobilier, rappelle-t-il : « On fait du greenwashing. »

M. Garand a d’ailleurs décidé d’accorder son appui à Michel Trottier qui, dit-il, a la meilleure plateforme en matière d’environnement.

« Il est minuit moins une pour la nature à Laval », clame Michel Trottier, qui s’est engagé à créer un service des grands parcs à la Ville — ce qui n’existe pas à l’heure actuelle — et à protéger 90 % des milieux humides. Il promet aussi de créer un Fonds vert lavallois pour l’acquisition de milieux naturels et d’y consacrer 10 % des surplus annuels de la Ville. « Laval a été vendue à l’époque de Vaillancourt. Tout le monde a acheté des terrains et souhaitait des dézonages. Ce qu’il nous reste, il faut le garder. »

Son adversaire d’Action Laval, Sophie Trottier, propose pour sa part qu’à l’instar de Montréal, Laval se dote d’un droit de préemption afin de faciliter l’acquisition de terrains à protéger. « Je suis une mère de famille de trois enfants. Alors, pour moi, l’environnement, c’est super important parce que je veux laisser une belle planète à mes enfants », dit-elle, tout en précisant que la protection de l’environnement « doit coexister avec le développement économique de la Ville ».

Il est minuit moins une pour la nature à Laval.


Lors du débat du 21 octobre, Michel Poissant, conseiller depuis 2013 et candidat à la mairie pour Laval citoyens, a insisté sur la nécessité de s’attaquer aux îlots de chaleur. « Le centre-ville est un désert. Il n’y a pas d’arbres. On peut bien planter des arbres à Saint-François, mais si on n’en plante pas au Carrefour Laval, on ne règle pas le problème de qualité de l’air et de qualité de vie de ces gens-là », a-t-il expliqué.

Lors de cette rencontre, le candidat Pierre Anthian a d’ailleurs fait remarquer qu’en matière d’environnement, les partis devraient prêcher par l’exemple, montrant du doigt les milliers de pancartes en Coroplast imprimées par certains de ses adversaires. « Ça va prendre 400 ans pour qu’elles disparaissent dans les sites d’enfouissement. Quatre siècles ! Mais ça fonctionne parce que, d’après les sondages, ce sont ces trois-là qui ont les meilleurs pourcentages. »

En matière de taxes, Stéphane Boyer s’est engagé à ne pas les augmenter au-delà de l’inflation. Michel Trottier propose un gel pour 2022 et une hausse de 1,33 % pour les années suivantes. Quant à Sophie Trottier, elle entend geler les taxes foncières pendant quatre ans, une proposition que ses adversaires jugent irréaliste. « Si je ne respecte pas mon engagement, je donnerai ma démission », a soutenu Mme Trottier.



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