L’avenir de la forêt Fairview au coeur de la campagne électorale

Plusieurs citoyens tentent de préserver la forêt Fairview des projets immobiliers. 
Photo: Adil Boukind Le Devoir Plusieurs citoyens tentent de préserver la forêt Fairview des projets immobiliers. 

La protection de la forêt Fairview, un poumon vert au cœur d’un quartier résidentiel, s’impose comme enjeu électoral dans la ville liée de Pointe-Claire, au moment où ce milieu naturel est menacé par la pression immobilière dans ce secteur.

Au nord de l’autoroute 40, les quartiers résidentiels se suivent et se ressemblent à Pointe-Claire et dans la ville voisine de Kirkland. Pour les résidents de ces secteurs, la forêt Fairview représente ainsi un havre de fraîcheur et un abri de l’importante pollution sonore émanant des nombreux liens routiers qui entourent cet espace vert de 50 acres, qui comprend plusieurs arbres centenaires.

Cette forêt, située à proximité de la future station du REM de Pointe-Claire, actuellement en construction, pourrait néanmoins subir les contrecoups du boom immobilier que connaît ce secteur, craignent les membres du groupe Sauvons la forêt Fairview. Ceux-ci ont organisé samedi avant-midi une série de visites guidées au cœur de cet espace vert auxquelles ont pris part plusieurs candidats aux élections municipales de Pointe-Claire et de municipalités voisines.

« Quand les gens se promènent dans la forêt, quand ils se rendent compte de la biodiversité de la forêt […] Ça fait toute la différence. Quand on voit ce qui peut être perdu, c’est à ce moment-là que ça devient beaucoup plus réel », relève au Devoir la porte-parole de ce regroupement de citoyens engagés, Geneviève Lussier, rencontrée en marge de cette visite guidée.

Photo: Adil Boukind Le Devoir Cet espace vert de 50 acres comprend plusieurs arbres centenaires.

Un enjeu électoral

Depuis 2013, ce milieu naturel appartient au promoteur privé Cadillac Fairview. Ce dernier, qui possède l’immense centre commercial qui jouxte cette forêt à l’est, souhaite réaliser un immense projet immobilier à vocation résidentielle et commerciale sur plusieurs phases dans ce secteur. Or, cette forêt dispose justement d’un zonage mixte résidentiel et commercial. De nombreux résidents craignent ainsi qu’une part importante de celle-ci soit éventuellement rasée pour concrétiser ce projet, qui prévoit notamment la construction de 5000 unités résidentielles, l’aménagement de tours à bureaux et d’une résidence pour personnes âgées, entre autres.

La tension a d’ailleurs monté d’un cran en plein milieu de la visite lorsque les aspirants candidats à la mairie de Pointe-Claire ont fait valoir leur vision de l’avenir de cette forêt. Ils sont trois à briguer ce poste cette année, incluant le maire sortant, en poste depuis 2017, John Belvedere. En entrevue au Devoir samedi, il a assuré que cette forêt « n’est pas en danger », puisque des dispositions réglementaires en place à la Ville permettront d’en protéger « au moins » 61 %. « Si on peut en protéger encore plus, ce sera encore mieux », ajoute-t-il.

Mme Lussier est toutefois sceptique. « On attend encore que ce soit écrit officiellement », réplique la militante, qui rappelle que le ministère de l’Environnement du Québec n’a pas encore remis le rapport sur lequel il travaille concernant cette forêt et la possibilité de protéger celle-ci.

« On a toujours demandé que 100 % de la forêt soit protégée et ça ne changera pas », insiste la citoyenne. Celle-ci estime que la Ville devrait changer le zonage de ce terrain pour en assurer la protection, même si elle risque par le fait même de s’exposer à « des poursuites » de la part de Cadillac Fairview, un promoteur à l’origine de nombreux centres commerciaux et développements immobiliers au Canada et à l’étranger.

« Les planificateurs urbains pensent que du résidentiel à proximité du transport en commun, c’est écologique. Mais le problème, c’est : comment faites-vous ça sans couper la forêt ? », soulève pour sa part M. Belvedere, qui souhaite trouver « la meilleure solution pour tout le monde » dans ce dossier.

« Je suis très sceptique », réplique un de ses opposants dans cette course à la mairie, Tim Thomas. « La position de compromis [proposée par M. Belvedere] ne sera pas acceptable face à la crise climatique et écologique mondiale », lance le candidat. Celui-ci dit ainsi souhaiter sauver l’entièreté de cette forêt, quitte à faire « arrêter certains développements ».

Photo: Google Maps La forêt Fairview est un véritable poumon vert au coeur d'un quartier résidentiel.

« Une mission »

Lois Butler, une des membres fondatrices du groupe Sauvons la forêt Fairview compte d’ailleurs parmi les candidats à la mairie de Pointe-Claire. Pour elle, la protection de cet espace vert, « ce n’est pas une plateforme, c’est une mission ».

« C’est important pour le bien-être de notre ville, de notre population, de notre air. On ne peut pas couper tous les espaces verts. On en a besoin pour des raisons sanitaires, pour l’environnement », insiste-t-elle, alors que le bruit des voitures se fait de nouveau assourdissant sur le boulevard Brunswick, au terme de notre tournée de cette forêt. Tout comme Mme Lussier, elle se montre dubitative de la promesse de M. Belvedere de protéger la majorité de cette forêt. Celle-ci a été formulée dans les dernières semaines, en pleine campagne électorale, relève-t-elle.

« Ça fait longtemps qu’on pose des questions [à ce sujet] pendant les séances du conseil municipal. Ce qui m’énerve, c’est quand des promesses tombent ainsi en contexte électoral. Quel sera l’engagement après [les élections] ? » questionne-t-elle. À savoir comment elle entend assurer la protection de cette forêt si elle devient mairesse de Pointe-Claire en novembre, la candidate propose d’interpeller de façon « persistante » Québec et Ottawa pour obtenir leur soutien dans la protection de ce milieu naturel.

« Il y a de l’argent à plusieurs niveaux [de gouvernement] », soulève d’ailleurs Geneviève Lussier. La résidente engagée rappelle, en guise d’exemple, que la Ville de Montréal a réussi en 2019 à obtenir un engagement de financement de 50 millions de dollars de la part du gouvernement fédéral pour concrétiser l’achat de terrains et protéger des espaces verts dans le cadre de son projet de Grand parc de l’Ouest. Pourquoi ne pas faire de même pour la forêt Fairview ? questionne-t-elle. « Ça prend juste de la volonté de la Ville [de Pointe-Claire] », fait-elle valoir.

Un porte-parole de Cadillac-Fairview n’était pas disponible pour commenter ce dossier, samedi.

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