Passe d’armes entre des citoyens et un promoteur immobilier

Des projets de développement immobilier sèment l’inquiétude chez plusieurs résidents de la couronne nord, qui craignent la disparition de milieux naturels où vivent des espèces potentiellement vulnérables. Si le promoteur de ces projets, bien implanté dans la région, assure agir de bonne foi, les résidents, eux, réclament une meilleure protection de ces milieux.

À Saint-Joseph-du-Lac, une municipalité des Laurentides de près de 7000 habitants, vergers, champs d’agriculteurs et maisons unifamiliales se côtoient.

Au sud de l’autoroute 640, de grandes affiches promotionnelles installées à côté d’une forêt qui s’étale sur quelques kilomètres annoncent les nouveaux logements du projet Les Plateaux du Ruisseau. Il a été développé par le promoteur GBD construction et totalisera 700 000 pieds carrés lorsque complété. Il y a quelques jours, des panneaux « défense de passer » et « surveillance accrue », menaçant les marcheurs de poursuite judiciaire, sont apparus aux entrées du grand boisé habituellement fréquenté par les résidents. Des fils barbelés ont également été posés par le promoteur dans la forêt, a constaté Le Devoir.

« Ça a mis les gens en colère », lance Anabel Monge, qui réside à côté depuis 25 ans. Elle a lancé en janvier dernier une pétition pour préserver le boisé, qui a récolté près de 2500 signatures. « C’est une super belle forêt, et GBD Construction bâtit partout », dit celle qui s’inquiète pour le futur de sa région.

Ils sont plusieurs citoyens à militer plus activement depuis l’hiver dernier contre une portion de ce projet domiciliaire. « On espère protéger la forêt pour en faire un parc de conservation, où les gens pourraient se promener, mentionne Jean Baril, membre du groupe REgarde citoyen !. C’est la dernière forêt qu’il reste dans le coin. »

La municipalité, elle, a approuvé le projet. Elle veut mettre la main sur 1,7 million de pieds carrés d’espaces « non construisibles », donc 70 % du terrain que possède le promoteur. Elle veut préserver le reste du boisé pour en faire un lieu ouvert au public. « C’est un baume pour compenser le fait que des arbres seront coupés pour le projet », souligne le maire, Benoit Proulx, qui vient d’être réélu par acclamation pour un troisième mandat.

Mais la ville est actuellement dans un bras de fer avec le promoteur. Le conseil municipal a voté en août dernier l’expropriation de GBD Construction des terrains sur lesquels des projets immobiliers ne sont pas prévus. « On n’arrive pas à s’entendre, le promoteur veut développer plus que prévu », explique le maire.

La municipalité veut la cession en sa faveur de ces 1,7 million de pieds carrés, alors que les frais de parcs représentent 240 000 pieds carrés, réplique de son côté GBD Construction. « GBD Construction a été propriétaire de bonne foi pendant des années, a payé ses taxes, et là, la municipalité veut changer les règles à la dernière minute », affirme le porte-parole de l’entreprise, Patrick Howe.

Il ajoute que les fils barbelés ont été installés parce qu’il y aurait eu du vandalisme. « Les travaux d’arpentage ont été ralentis parce que des citoyens ont retiré des piquets de délimitation », dit-il.

Espèces vulnérables ?

Avant de démarrer les travaux, le promoteur doit entre autres choses renouveler un certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement du Québec. La demande est en cours d’analyse, a indiqué le ministère au Devoir.

Le groupe de citoyens conteste toutefois le rapport technique — nécessaire à l’obtention du certificat — produit par des biologistes embauchés par le promoteur. Il a demandé à une autre firme de mener une évaluation sommaire.

« Leur document n’est pas complet », souligne Isabelle-Anne Bisson, biologiste et présidente de TerraHumana Solutions. L’équipe termine actuellement la rédaction d’un rapport court après une visite du site. Un caryer ovale et un noyer cendré ont notamment été identifiés, deux espèces d’arbres susceptibles d’être désignées comme menacées ou vulnérables dans la province. Cela signifie qu’elles sont à risque et qu’elles requièrent une attention particulière. Le noyer cendré est d’ailleurs classé comme une espèce en voie de disparition au niveau fédéral.

Ces informations n’apparaissent pas dans le rapport du promoteur, précise Isabelle-Anne Bisson. « Nous recommandons de faire une étude plus approfondie au printemps et à l’été prochain », dit-elle.

 
Photo: Anne-Marie Provost Le Devoir En décembre dernier, GBD Construction avait abattu les arbres d’un boisé de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, en vue de construire des logements et des commerces, mais le projet est depuis suspendu.

Sainte-Marthe-sur-le-Lac inquiète

Dans la municipalité voisine, Sainte-Marthe-sur-le-Lac, des citoyens ont organisé un rassemblement samedi au parc Félix-Leclerc avec des résidents d’autres municipalités, dont certains de Saint-Joseph-du-Lac. L’atteinte d’une cible minimale de 17 % d’aires protégées et un reboisement pour atteindre un couvert forestier de 50 % font partie des demandes adressées à la MRC de Deux-Montagnes.

Les organisateurs s’inquiètent de la construction prévue, mais présentement sur la glace, d’un centre aquatique dans le parc Félix-Leclerc, où se trouve un boisé. « On s’oppose à ce que ce soit construit à cet endroit, dans cet écosystème, parce que ça le détruira », souligne Sylvie Clermont, présidente du Regroupement écocitoyen de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Une responsable des communications de la mairesse, Sonia Paulus, a répondu par courriel au Devoir que la municipalité veut « limiter la coupe d’arbres au minimum » et prévoit « replanter le plus d’arbres possibles ».

La coupe de centaines d’arbres sur un terrain à côté du parc en décembre dernier est aussi au centre des préoccupations. GBD Construction avait abattu les arbres sans permis en vue de construire des logements et des commerces. Plusieurs mois plus tard, les arbres sont toujours par terre, et le projet, retiré du site Internet. « La communication a été suspendue parce que le dossier fait l’objet d’une analyse par l’administration municipale », précise Patrick Howe.

Le dossier est actuellement devant les tribunaux, et la municipalité dit n’avoir « aucun développement pour le moment ». Des citoyens aimeraient voir le projet abandonné.

Le candidat à la mairie et conseiller municipal indépendant François Robillard trouve « désolante » cette « coupe à blanc ». Il déplore un manque de réponses en provenance de l’Hôtel de Ville et aimerait en savoir plus avant de se positionner. « Ce n’est pas clair s’il peut construire ou non sur cette superficie », dit-il.

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