L’incontournable verdissement des villes

Simon Diotte
Collaboration spéciale, Unpointcinq.ca
Présentement, presque toutes les municipalités promettent de planter davantage d’arbres et de verdir les espaces publics.
Illustration: Sébastien Thibault Présentement, presque toutes les municipalités promettent de planter davantage d’arbres et de verdir les espaces publics.

Ce texte fait partie du cahier spécial Action climatique

Les espaces verts n’améliorent pas seulement l’esthétique des villes, ils apportent une multitude de bienfaits pour l’environnement, le climat et la santé humaine. Tour d’horizon des solutions à préconiser afin de naturaliser les milieux urbains, mais aussi des pièges à éviter.

Il existe un engouement sans précédent autour du verdissement. Présentement, presque toutes les municipalités promettent de planter davantage d’arbres et de verdir les espaces publics. « Les politiciens et les administrations municipales se sentent de plus en plus investis d’une mission. Ils veulent contribuer à la lutte contre les changements climatiques », observe Fanny Maure, coordinatrice de projets chez Habitat, une firme qui travaille en stratégie de verdissement auprès des municipalités.

L’attrait pour les végétaux n’est pas seulement une lubie de politiciens en mal de réélection. Il s’explique par les bienfaits multiples, scientifiquement prouvés, qu’apportent les milieux naturels en ville : protection et refuge pour la biodiversité, réduction de la chaleur ambiante et des îlots de chaleur, purification de l’air, rétention de l’eau de pluie et amélioration de la santé publique, sans compter la capacité des végétaux à séquestrer du carbone. Celle-ci est loin d’être anecdotique : une épinette blanche mature peut capter une tonne d’équivalent CO2. C’est l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre d’un vol entre Montréal et Buenos Aires, en Argentine.

Alors oui, on doit planter des arbres, mais attention au piège de la quantité, très à la mode par les temps qui courent, avertit Alain Paquette, professeur titulaire de la Chaire de recherche sur la forêt urbaine de l’Université du Québec à Montréal. « Les politiciens promettent de planter des milliers d’arbres, mais il est important de déterminer ce qu’on va planter. Le réchauffement du climat ne fait pas souffrir que les humains, les arbres écopent également. On doit s’assurer que ceux que nous plantons aujourd’hui survivront au bouleversement du climat. »

Dans l’équation, il ne faut pas oublier de protéger les forêts existantes. « On ne compense pas la perte d’une forêt mature par une nouvelle plantation, dont les effets bénéfiques se feront ressentir à long terme. Pourtant, on continue à gruger dans les forêts urbaines sans discernement », déplore Alain Paquette.

Du potentiel entre ciel et terre

Il y a aussi une limite à l’espace public disponible pour la plantation d’arbres, d’arbustes et de plantes, surtout dans les villes densément peuplées. « On doit aller chercher la collaboration du privé afin d’atteindre les objectifs de verdissement », souligne Alain Paquette.

Là où l’espace manque, il existe une solution : le verdissement des toits des immeubles. « Les quartiers industriels et les zones commerciales possèdent un potentiel immense », note Guillaume Grégoire, professeur titulaire de la Chaire de leadership en enseignement sur les infrastructures végétalisées Jean Tremblay de l’Université Laval.

Actuellement, les toits verts sont inusités au Québec. La raison : « les municipalités ne les obligent pas », constate Guillaume Grégoire. Il existe une exception : la Ville de Gatineau vient d’adopter une modification de son règlement de zonage obligeant une surface minimale de toiture végétalisée de 20 à 60 % pour les bâtiments de plus de 2000 m2 de superficie au sol. Peut-être le début d’une nouvelle tendance.

Pour aller plus loin

Retrouvez d’autres textes sur les enjeux climatiques auxquels font face les municipalités dans le dossier spécial : Les villes, en mode solution

Les toits verts représentent cependant un surcoût de construction par rapport à un toit plat conventionnel. « Pour encourager les toits verts, les villes pourraient accorder des crédits d’impôt », suggère M. Grégoire. En plus de capter l’eau de pluie, de rafraîchir la température ambiante, de favoriser la biodiversité urbaine et de générer des économies de climatisation, les toits verts se transforment aussi en terrasse pour les employés, ou en potager comme sur le toit de l’épicerie IGA Famille Duchemin, dans l’arrondissement de Saint-Laurent à Montréal.

En plus de réclamer davantage de verdure, les citoyens peuvent aussi pousser à la roue en verdissant leur propre terrain. Bye bye, pelouse parfaite, digne d’un terrain de golf. Place aux aménagements plus naturels, où les plantes indigènes et les herbes poussent en liberté.

« La pelouse parfaite à poil court génère peu de bénéfices environnementaux, alors que les aménagements plus naturels sont plus résilients, séquestrent plus de carbone et favorisent la biodiversité. Un changement de culture à ce chapitre s’impose au sein de la population, et les municipalités y ont un rôle à jouer », dit Fanny Maure, de la firme Habitat.

Pourquoi pas des concours du terrain le plus sauvage, où l’on accorderait des points en fonction de la présence de plantes pollinisatrices et indigènes ?

Laval, de cancre à modèle

Autrefois l’une des pires villes en matière d’environnement, Laval est devenue aujourd’hui un modèle à suivre. Dans le cadre de sa vision stratégique « Laval 2035 : urbaine de nature », la municipalité de 440 000 habitants multiplie les gestes concrets de verdissement.

 

En voici quelques exemples : objectif d’augmenter la canopée du territoire de 23,6 % en 2017 à 27 % d’ici 2035 ; subvention aux propriétaires lavallois pour la plantation d’arbres et d’arbustes ; vaste chantier de déminéralisation et de verdissement dont ont bénéficié écoles, établissements de santé et institutions privées ; projet de réglementation visant à augmenter le verdissement pour les stationnements en construction ou en rénovation (au moins 40 % de canopée) ; et collaboration avec l’organisme Plantation, une initiative citoyenne qui plante des plantes sur des terrains résidentiels et institutionnels. Laval, plus vert que jamais !

Du vert plutôt que des pilules

Verdir nos villes n’est pas qu’une question de lutte et d’adaptation aux changements climatiques. C’est un enjeu de santé publique. De plus en plus d’études démontrent que le verdissement a des influences positives sur la santé physique et psychologique. « Il est prouvé qu’en passant quinze minutes dans la nature, les gens ressentent déjà un apaisement de leur niveau de stress et de leur anxiété. L’effet est encore plus fort dans une nature biologiquement complexe, comme une forêt mature », explique Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement. Cette association vient de mettre en ligne un site Web grand public sur les liens entre aménagement urbain et santé publique, « Je vote pour ma santé ». À visiter avant d’aller voter !

Capter et filtrer l’eau de pluie

Avec les changements climatiques, les épisodes de fortes pluies se multiplient, causant des débordements d’égouts. D’où l’intérêt d’aménager des systèmes de biorétention, qui captent l’eau de pluie tout en la filtrant. Les noues végétalisées — des bassins de rétention linéaire aménagés entre la rue et le trottoir — sont un bon exemple de ce genre d’infrastructures vertes. « La gestion de la neige constitue souvent un frein au Québec pour les noues végétalisées, mais des exemples récents prouvent qu’on a tout avantage à en faire, car les gains économiques et environnementaux sont substantiels », explique Guillaume Grégoire.

 

Le modèle en la matière, c’est la Ville de Granby, qui a aménagé des noues végétalisées en 2013 à une fraction du prix d’un système de drainage des eaux grises. En plus d’accomplir leur fonction primaire, soit d’éviter les débordements, les bassins augmentent la superficie d’espaces verts en ville. Doublement gagnant !



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