Une poignée de pays, dont le Canada, sont responsables de la crise climatique

Un très petit groupe de pays assume une grande responsabilité historique dans la crise climatique qui continue de s’aggraver, selon ce qui se dégage d’une analyse publiée ce mardi. Le Canada, qui aurait déjà émis plus de 65 milliards de tonnes de gaz à effet de serre depuis le début de l’ère industrielle, fait partie du lot, alors que les Canadiens, pris individuellement, sont eux-mêmes de très gros émetteurs.

L’organisme britannique Carbon Brief, spécialisé dans l’information climatique, a produit une analyse qui permet de mieux comprendre quels pays sont « historiquement responsables » du réchauffement climatique. Cette notion est importante puisqu’elle est étroitement liée à la hausse des températures, qui atteint déjà +1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, mais aussi à la question de savoir jusqu’où les États doivent aller pour assumer leurs responsabilités en matière de lutte contre la crise du climat. Cet enjeu sera d’ailleurs bien présent lors de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat (COP26), qui débute dans quelques semaines.

Sans surprise, les États-Unis figurent en tête de liste des émetteurs historiques de gaz à effet de serre (calculées en équivalent de tonnes de CO2), avec pas moins 509 milliards de tonnes depuis 1850. Cela représente 20 % de toutes les émissions produites par l’activité humaine depuis cette date, qui elles s’élèvent à environ 2500 milliards de tonnes.

Après les États-Unis, on retrouve la Chine, avec 11 % de toutes les émissions, soit 284 milliards de tonnes. Dans ce cas, Carbon Brief souligne c’est le recours accru au charbon pour stimuler la croissance depuis le début des années 2000 qui a fait grimper rapidement les émissions de gaz à effet de serre (GES), de telle sorte que le pays est désormais le premier émetteur mondial, devant les États-Unis.

Ce palmarès des pays émetteurs compte par la suite la Russie (7 %), puis le Brésil (5 %) et l’Indonésie (4 %). Pour ces deux derniers pays, ce ne sont toutefois pas les émissions imputables aux énergies fossiles qui expliquent leur lourd bilan de GES, mais plutôt la destruction massive de leurs immenses forêts, principalement depuis 1950, pour faire plus de place à l’agriculture industrielle.

Le rôle du Canada

Le Canada apparaît au dixième rang, avec 2,6 % du total, selon Carbon Brief. Cela équivaut à un peu plus de 65 milliards de tonnes de gaz à effet de serre (GES), soit 34 milliards de tonnes imputables à l’utilisation d’énergies fossiles et 31,3 milliards de tonnes liées à un changement de l’utilisation des terres : déboisement, agriculture, destruction de milieux humides, etc.

Dans le cadre d’une comparaison « per capita » des émissions historiques, les Canadiens apparaissent par ailleurs au premier rang mondial, avec des émissions de 1751 tonnes de GES par habitant (contre 1547 tonnes pour les Américains). Cette méthode de calcul, qui suppose toutefois que toutes les émissions historiques sont assumées par la population actuelle, démontre surtout que malgré sa faible population, le Canada est un important émetteur de GES, selon Carbon Brief.

Le document publié mardi constate par ailleurs que si notre dépendance aux énergies fossiles est la principale source historique d’émissions de GES, avec plus de 1700 milliards de tonnes, la transformation des terres et le déboisement ont ajouté au moins 786 milliards de tonnes au bilan depuis 1850.

L’analyse de Carbon Brief démontre également que le « budget carbone » de l’humanité est pratiquement épuisé. Ce « budget » constitue en fait le total d’émissions de GES qu’il est possible d’émettre, tout en limitant le réchauffement planétaire, ce qui est l’objectif de l’Accord de Paris. Après avoir émis déjà plus de 2500 milliards de tonnes de GES depuis 1850, l’humanité ne disposerait plus que de 500 milliards de tonnes, pour espérer ne pas dépasser un réchauffement de 1,5°C. Cela signifie, selon les calculs de l’organisme, que le « budget carbone » sera épuisé d’ici 10 ans, voire moins.

Urgence

Pour la directrice générale, Québec et l’Atlantique à la Fondation David Suzuki, Sabaa Khan, cette analyse confirme que l’empreinte carbone des Canadiens est très importante, notamment lorsqu’on la compare avec celle des citoyens d’autres pays. « Ce rapport vient renforcer l’urgence et la rapidité avec laquelle le gouvernement canadien doit aborder l’élimination de l’industrie fossile. C’est une question de justice internationale. Ce rapport devrait pousser le gouvernement fédéral à rehausser son ambition climatique et à prendre au sérieux la responsabilité du Canada dans la crise climatique. »

« La responsabilité historique du Canada est désastreuse et démontre la nécessité que le gouvernement donne un sérieux coup de barre avant de pouvoir prétendre être un leader du climat », ajoute le responsable de la campagne climat-énergie de Greenpeace, Patrick Bonin. Ce dernier estime qu’Ottawa doit, pour assumer ses responsabilités climatiques, « assurer sa juste part du financement climatique international en contribuant à la hauteur de quatre milliards de dollars US par année, dont 1,8 milliard en aide publique pour les pays en développement ».

Selon les organisations membres du Réseau Action climat, le Canada devrait aussi revoir sa cible de réduction des émissions de GES, pour atteindre un recul de 60 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005. Le gouvernement Trudeau s’engage pour sa part de réduire les émissions de 40 % à 45 % d’ici 2030.

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