Recherche universitaire - Le développement durable sur les bancs de l'école

Le concept de développement durable est encore largement associé à une notion écologique. Pourtant, il incorpore et rejoint plusieurs autres domaines. La recherche qui est effectuée dans les universités québécoises reflète cette diversité tout en ayant un même objectif: trouver les outils pour soutenir le développement de notre société.

La notion de développement soutenable est apparue en 1987 lors de la publication du rapport Brundtland de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement. Se voulant «un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs», le terme a rapidement été connu sous l'appellation de «développement durable».

Les universités québécoises sont au premier plan dans la recherche voulant le mettre en application. Plusieurs champs de recherche incorporent dorénavant la notion de développement durable. Survol de ce qui se fait sur les bancs de nos institutions.

UQAM

«Le développement durable est souvent associé à la recherche sur la protection de la forêt et de la pollution des écosystèmes, mais ça va beaucoup plus loin que cela: ça touche aussi aux pôles économiques et sociaux», explique Corinne Gendron, chercheuse principale à la chaire Économie et Humanisme de l'UQAM, qui deviendra bientôt la Chaire en responsabilité sociale et en développement durable.

Ce qui surprend, c'est que cette chaire de recherche est associée au département de gestion de l'UQAM. «C'est nouveau de parler de développement durable dans une école de gestion et c'est très important, car ce sont des étudiants qui seront appelés à prendre des décisions tout au long de leur carrière. C'est une percée très intéressante», poursuit Corinne Gendron.

La chaire Économie et Humanisme permet à des professeurs, stagiaires et assistants de recherche de 2e et 3e cycles d'effectuer des recherches tant fondamentale qu'appliquée dans le but de comprendre la dimension éthique de l'économie et de l'entreprise afin de les humaniser. Trois axes sont privilégiés: le travail, les communautés et l'environnement. «Nous tentons de voir comment les entreprises peuvent incorporer le concept de développement durable, que ce soit par le type d'économie pratiquée ou encore par les taxes environnementales qui pourraient être mises en place», raconte Corinne Gendron. Elle explique aussi qu'il ne suffit pas d'avoir une recherche technique poussée, il faut également comprendre l'organisation sociale de notre mode de consommation et ses effets sur le développement. «J'ai fait une étude sur la manière dont les hauts dirigeants d'entreprise conçoivent le développement durable et j'ai découvert qu'ils sont aussi sensibilisés que la population sur ce sujet. Ce qui manque, ce sont des pistes d'action à suivre», dit la chercheuse.

Université de Montréal

À l'Université de Montréal, le développement durable est incorporé tant à la recherche fondamentale qu'appliquée. L'accent est toutefois mis sur la protection de l'environnement: la biologie, l'écologie des eaux douces et des forêts, l'étude des risques biologiques, la biologie végétale, la dynamique des milieux fluviaux et l'adaptation aux changements environnementaux sont parmi les axes de recherche privilégiés.

Plusieurs chaires de recherche sont ainsi spécialisées dans ces domaines. Notons le réseau Biocontrôle (visant à réduire l'utilisation de pesticides chimiques en agriculture et en foresterie), l'Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) et la Chaire de recherche du Canada en dynamique fluviale (visant à mieux comprendre les cours d'eau afin d'améliorer les habitats des poissons et les effets des changements du niveau du fleuve Saint-Laurent).

Université de Sherbrooke

Cette université a mis sur pied l'Observatoire de l'environnement et du développement durable. Il regroupe des chercheurs d'une vingtaine de chaires de recherche de l'université. En tout, c'est plus de 80 professeurs, 35 collaborateurs et 100 étudiants-chercheurs qui se retrouvent autour de projets transdisciplinaires. Certains axes de recherche sont privilégiés: la compréhension des écosystèmes terrestres, la gestion intégrée de l'eau, les changements dans l'environnement, la gestion intégrée des résidus, la gestion de l'énergie et le développement durable. L'Observatoire est également associé au Centre de formation en environnement qui est reconnu depuis une trentaine d'années.

L'université compte aussi sur son secteur Santé, sécurité, environnement en milieu de travail et études, ainsi que sur plusieurs regroupements ayant pour mission de sensibiliser les étudiants, les professeurs et le personnel de soutien à l'importance du respect de l'environnement. Le 23 juin dernier, l'université s'est aussi dotée d'un nouveau centre de recherche en amélioration végétale, le centre SÈVE. Celui-ci vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre en agriculture grâce à l'amélioration des systèmes de production. Ayant des ramifications dans diverses universités, l'administration du centre se fait à Sherbrooke.

Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Affilié au réseau de l'Université du Québec, l'INRS se targue de «former une relève scientifique et une main-d'oeuvre de haut niveau dans le domaine de l'environnement». Elle offre une vingtaine de programmes de maîtrise et de doctorat dans des domaines allant de la restauration et l'aménagement d'habitats essentiels aux espèces à la gestion durable des ressources.

Les recherches de l'INRS sont orientées sur les risques environnementaux et la gestion intégrée des ressources ainsi que sur les technologies et biotechnologies environnementales. Ses chercheurs ont ainsi mis de l'avant plusieurs modèles informatiques permettant de mieux comprendre certains phénomènes environnementaux. Son centre Eau, Terre et Environnement ainsi que l'Institut Armand-Frappier lui permettent de décerner plusieurs diplômes de 2e et 3e cycles spécialisés en environnement et en développement durable. Récemment, l'INRS a aussi inauguré deux nouveaux laboratoires de pointe dans les domaines des plasmas et de la valorisation de la biomasse.

École polytechnique

Le développement durable a aussi ses entrées à l'École polytechnique de Montréal. «Notre principale préoccupation est dans la durabilité des structures et leurs impacts», explique la directrice du département des génies, de la géologie et des mines, Louise Millet.

Selon elle, les professeurs sont encore mal équipés pour bien orienter les élèves dans ce domaine. Et ce n'est pas le manque de connaissances qui est en cause, mais plutôt la façon de les intégrer à la formation qui est ardue. Un comité d'une quinzaine de professeurs s'est ainsi formé et s'évertue à trouver des solutions afin d'intégrer les notions de développement durable à leurs cours universitaires. Celles-ci doivent dorénavant faire partie intégrante de la formation de tous les étudiants de premier cycle. C'est que le Conseil canadien des ingénieurs, qui permet aux diplômés d'être accrédités, stipule maintenant que «les étudiants de chaque programme doivent être sensibilisés au rôle et aux responsabilités de l'ingénieur dans la société. Une couverture adéquate de l'éthique, de l'équité, [...] les concepts de développement durable et de gestion environnementale doivent obligatoirement faire partie du programme».

Plusieurs chaires de recherche sont aussi directement orientées dans cette direction. Elles étudient ainsi l'eau potable, l'environnement et la gestion des rejets miniers, l'assainissement et la gestion des sites, tant en ce qui concerne la conception que l'intégration des procédés. Un site Web est d'ailleurs en préparation pour informer tous les membres de l'École polytechnique des enjeux entourant le développement durable. L'École s'est aussi dotée dernièrement d'une politique environnementale qui couvre la totalité de ses activités.

Pour Louise Millet, ce qui importe, c'est de ne pas baisser les bras: «C'est indispensable que nos étudiants apprennent les notions de développement durable à l'école, parce que c'est là que réside la solution.»