La crise climatique risque de faire exploser les coûts des infrastructures au Canada

Le rapport financé par le fédéral évalue que les inondations au Canada coûteront des milliards de dollars chaque année d’ici 2050.
Valérian Mazataud Le rapport financé par le fédéral évalue que les inondations au Canada coûteront des milliards de dollars chaque année d’ici 2050.

Les impacts des bouleversements climatiques mettent à risque énormément d’infrastructures essentielles au Canada, comme des résidences, des routes et les réseaux de transport d’électricité, conclut une étude financée par le gouvernement fédéral. Le document, qui évalue le coût des dommages à plusieurs milliards de dollars par année, prévient d’ailleurs que le pays « pourrait être complètement dépassé » si des mesures d’adaptation ne sont pas mises en oeuvre rapidement.

Avec ses importantes zones côtières, ses nombreux cours d’eau, son vaste territoire où le réseau routier est très étendu, tout comme le réseau de distribution d’électricité, le Canada est particulièrement vulnérable aux impacts des bouleversements climatiques. Ce constat est d’autant plus vrai que le pays se réchauffe en moyenne deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Or, « l’ampleur des risques pour les infrastructures canadiennes est mal comprise », constate le rapport le plus complet réalisé à ce jour, intitulé « Submergés : les coûts des changements climatiques pour l’infrastructure au Canada » et publié mercredi par l’Institut canadien pour des choix climatiques.

Coûts énormes

Prenant acte de la vulnérabilité croissante des zones résidentielles et d’autres bâtiments aux inondations côtières et intérieures, dans un contexte d’élévation du niveau de la mer et de précipitations plus intenses, les auteurs évaluent que les coûts annuels des dommages pourraient grimper à 4,5 milliards de dollars, voire 5,5 milliards de dollars d’ici 2050. Cela représente « des coûts de trois à quatre fois plus élevés qu’aujourd’hui ».

Les impacts du réchauffement climatique pour les routes et les voies ferrées du pays pourraient provoquer une hausse des coûts d’entretien et de réfection de l’ordre de 5,4 milliards de dollars chaque année d’ici le milieu du siècle et de 12,8 milliards de dollars par an d’ici la fin du siècle. Une telle hausse des coûts, dans le cas des routes, ajouterait un fardeau financier significatif pour les municipalités, qui sont responsables de la plupart des routes au pays, prévient Julien Bourque, associé de recherche à l’Institut canadien pour des choix climatiques.

Autres infrastructures très étendues sur le territoire, les réseaux de transmission et de distribution d’électricité risques risquent de pâtir de la chaleur et des précipitations accrues, ce qui devrait alourdir substantiellement la facture annuelle des provinces pour leur entretien.

Même si la facture anticipée se chiffre déjà en dizaines de milliards de dollars, les auteurs du rapport précisent que leurs données sont « conservatrices », puisque la science du climat évolue et que d’autres « infrastructures essentielles » risquent d’être endommagées dans un contexte de climat perturbé par l’activité humaine. Ils mentionnent notamment les réseaux de télécommunications et d’approvisionnement en eau potable, les établissements de santé, les ports et les voies maritimes.

 

Dans un précédent rapport publié plus tôt cette année, l’Institut canadien pour des choix climatiques prévenait par ailleurs que les répercussions des bouleversements climatiques laissent présager « des coûts astronomiques » en santé au Canada au cours des prochaines décennies, mais aussi une croissance sans précédent du nombre de décès prématurés.

Risques au Québec

Que ce soit pour les routes, les bâtiments ou le réseau de distribution d’électricité, les constats du rapport pour le Canada sont tout aussi valable pour le Québec, souligne le directeur général du consortium en climatologie Ouranos, Alain Bourque.

À titre d’exemple, la plus récente évaluation publiée par Ouranos évalue que 5300 bâtiments, plus de 1300 terrains et près de 300 kilomètres de route risquent d’être « perdus » d’ici 2065, en raison de l’érosion côtière. Le ministère des Transports a déjà identifié 273 segments de route désormais considérés comme vulnérables dans l’est de la province.

Dans ce contexte, l’adaptation aux impacts du réchauffement devient essentielle, selon le rapport publié mercredi. « Si nous n’agissons pas immédiatement pour réduire au minimum les pertes et dommages futurs selon l’information dont on dispose, on pourrait être complètement dépassé par l’accélération des changements climatiques et leurs répercussions sur nos infrastructures », insistent les auteurs.

Une opinion partagée par Alain Bourque, qui estime que « les gouvernements ne comprennent pas encore l’importance des impacts attendus des changements climatiques, et ce, même si on réduit les émissions de gaz à effet de serre ». Il plaide d’ailleurs pour la prise en compte du réchauffement dans les projets d’infrastructures à venir et dans la réfection de celles qui existent déjà.

À défaut de mettre en oeuvre dès maintenant des politiques de « résilience », prévient-il, les coûts seront exorbitants plus tard. Ces coûts pourraient même compromettre des investissements publics pourtant cruciaux dans un contexte de transition énergétique et de lutte contre la crise climatique, selon Julien Bourque.

« Si rien n’est fait pour adapter les nouvelles infrastructures et les infrastructures existantes aux effets d’un climat changeant, celles-ci ne seront pas assez fiables pour soutenir une économie carboneutre canadienne », constate justement l’Institut canadien pour des choix climatiques, dans son nouveau rapport financé par Environnement et Changement climatique Canada.



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