​Changements climatiques: les jeunes exigent mieux des gouvernements

À Montréal, ils étaient environ 15 000 à manifester vendredi après-midi, selon les organisateurs. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À Montréal, ils étaient environ 15 000 à manifester vendredi après-midi, selon les organisateurs. 

Pour la première fois depuis le début de la pandémie, des milliers de personnes, surtout des jeunes, ont manifesté vendredi dans différentes villes du Québec pour dénoncer la lenteur des gouvernements à agir contre la crise climatique qui ne cesse de s’amplifier.

À l’échelle de la province, 112 000 étudiants et étudiantes avaient voté pour une journée de grève afin de réclamer une plus grande « justice climatique » et la mise en œuvre des politiques nécessaires pour limiter le réchauffement planétaire.

« Sans mobilisation de grève formelle comme en 2019, je trouve impressionnant de constater que plus de 112 000 étudiants et étudiantes se sont spontanément mis en grève pour le climat en seulement deux ou trois semaines », a fait valoir Luca Salas, co-porte-parole de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES), qui a coorganisé la mobilisation.

Ces manifestations, qui s’inscrivent dans le mouvement international de grèves étudiantes pour le climat lancé par la jeune militante Greta Thunberg, se tenaient dans une dizaine de villes, dont Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau, Alma, Rimouski, Granby et Joliette.

 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À Montréal, le coup d’envoi de la manifestation a été donné en début d’après-midi près du monument à Sir George-Étienne Cartier, au pied du Mont-Royal, soit le même lieu de départ que l’imposante manifestation qui avait réuni quelque 500 000 personnes en septembre 2019.

À Montréal, ils étaient environ 15 000 à manifester pacifiquement vendredi après-midi, selon les organisateurs. Dans la foule, les commentaires recueillis auprès des participants pointaient tous vers une volonté de voir les gouvernements poser des gestes bien plus importants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), au minimum selon ce qu’exige la science climatique pour éviter le pire.

« Il faut agir maintenant, sinon notre génération va en payer le prix. Ça presse », a laissé tomber une jeune femme venue manifester avec ses amies au centre-ville de Montréal.

Les pancartes des manifestants témoignaient d’ailleurs de ce sentiment d’exaspération, avec des slogans comme « Ta planète, tu la veux bleue ou bien cuite ? », « Vous allez mourir de vieillesse, mais pas nous » et « Inaction politique, génocide climatique ». D’autres faisaient référence aux impacts déjà bien réels des bouleversements du climat : « On veut une carrière, pas de l’érosion côtière », ou encore « En 2021, le Titanic n’aurait pas pu frapper un iceberg ».

Deux ans après l’imposante manifestation qui avait réuni quelque 500 000 personnes dans les rues de Montréal, dont Greta Thunberg, les jeunes organisateurs de cette nouvelle mobilisation assurent qu’ils comptent reprendre là où ils ont laissé, pandémie oblige. « Les manifestations et les grèves d’aujourd’hui sont le coup d’envoi d’un nouveau chapitre de mobilisation pour la justice climatique après le dur effet que la COVID-19 a eu sur le mouvement », a résumé Albert Lalonde, membre de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES).

Il faut agir maintenant, sinon notre génération va en payer le prix.

 

Selon lui, l’automne 2021 sera d’ailleurs marqué par des moments charnières en matière de lutte contre la crise climatique, dont la prochaine rencontre de l’ONU sur le climat (COP26), au cours de laquelle les États doivent en théorie rehausser leur ambition climatique pour espérer pouvoir respecter les objectifs de l’Accord de Paris et limiter les bouleversements du climat.

Appuis politiques

Des élus de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale du Québec ont pris part à l’une ou l’autre des manifestations prévues vendredi.

Présente à la manifestation de Montréal, la porte-parole en matière d’environnement du Parti libéral du Québec, Isabelle Melançon, a soutenu qu’il y a « urgence » d’agir. Selon elle, le Québec devrait adopter un projet de loi « sur la carboneutralité d’ici 2050 » et « renoncer à toutes formes d’exploitation pétrolière et gazière », comme le proposent les libéraux.

Pour la députée solidaire Émilise Lessard-Therrien, « les jeunes ont raison d’être inquiets ». « Tout le monde doit être inquiet. Si on ne fait rien, c’est la catastrophe qui nous attend et on risque de ne plus jamais pouvoir vivre dans le monde qu’on a connu », a-t-elle affirmé. « La crise climatique bouleverse nos saisons, bousille nos repères, chamboule notre qualité de vie et celle de la biodiversité. Il faut s’attaquer à la crise climatique avec la même urgence que pour la crise sanitaire. »

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, juge pour sa part que la lutte contre la crise climatique passe par l’indépendance du Québec. « Faire un pays, c’est sortir du pétrogouvernement canadien pour s’assurer que nos impôts sont utilisés pour faire un virage vers une économie verte et non pour engraisser les pétrolières albertaines », a-t-il fait valoir à Québec.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, n’était pas présent aux côtés des manifestants vendredi, puisqu’il avait « d’autres engagements ». Dans une déclaration transmise au Devoir, il a toutefois affirmé qu’il est « inspirant » de voir « la jeunesse québécoise » se mobiliser pour la cause environnementale. Selon lui, le Québec est un « leader » en matière de lutte contre la crise climatique. « Nous nous sommes fixé des cibles ambitieuses et l’engagement des jeunes générations sera primordial pour les atteindre », a-t-il fait valoir.

De la parole aux gestes

La directrice générale d’Équiterre, Colleen Thorpe, estime pour sa part que l’action politique n’est toujours pas à la hauteur. « Nous avons des gouvernements, à différents paliers, qui soufflent constamment sur ces braises avec des gestes qui ne sont pas du tout à la hauteur de cette grande crise. C’est pourquoi je suis convaincue que le feu de la mobilisation va reprendre. »

Pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, les signes de l’urgence climatique sont plus évidents que jamais, et la réponse politique doit maintenant être à la hauteur. « Il est impératif que les gouvernements écoutent la population et proposent des cibles et des plans climatiques ambitieux qui permettront de respecter la science, de se libérer des hydrocarbures et d’assurer une transition juste et sécuritaire pour les communautés et les écosystèmes. 

 

Vers un monde « méconnaissable »

Depuis deux ans, la science climatique a précisé son pronostic pour les décennies à venir si l’humanité ne parvient pas à réduire substantiellement ses émissions de GES.

Dans un rapport publié au mois d’août, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) constate que, même si les émissions de GES se stabilisent puis diminuent au cours des prochaines décennies, la hausse moyenne des températures par rapport à l’ère préindustrielle risque d’atteindre 2 °C d’ici une vingtaine d’années, puis près de 3 °C d’ici la fin du siècle.

Si ce dernier scénario se confirmait, le GIEC prévient que le monde tel qu’on le connaît deviendrait carrément « méconnaissable », avec un « recul de l’espérance de vie » et « un recul de la qualité de vie » dans plusieurs régions de la planète. « L’état de santé et de bien-être » de la population serait ainsi « substantiellement réduit » et cet état continuerait de se dégrader au cours des décennies suivantes.



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