GNL Québec nuirait au plan climatique du Québec et du Canada, conclut l’évaluation fédérale

Le projet GNL Québec représente un risque majeur pour le béluga du Saint-Laurent, conclut l’évaluation environnementale fédérale.
Photo: GREMM Le projet GNL Québec représente un risque majeur pour le béluga du Saint-Laurent, conclut l’évaluation environnementale fédérale.

Le projet GNL Québec nuirait aux efforts climatiques du Québec et du Canada, en plus de représenter un potentiel de risques majeurs pour des mammifères marins en péril, dont le béluga du Saint-Laurent. C’est ce que conclut le rapport préliminaire de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. Mais malgré ce nouveau revers, les promoteurs refusent d’abandonner le projet et disent poursuivre leur « analyse ».

Malgré le refus officiel du projet GNL Québec par le gouvernement Legault, les promoteurs de cette usine de liquéfaction de gaz naturel ont décidé de poursuivre l’évaluation environnementale fédérale, comme le révélait Le Devoir plus tôt en septembre. C’est dans ce contexte que l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) vient de publier un rapport « provisoire » d’évaluation environnementale du projet, qui est désormais soumis à une période de « consultation publique ».

Le document rejette en bloc les affirmations du promoteur à l’effet que le projet d’exportation de gaz naturel serait bénéfique pour la lutte contre la crise climatique. Au contraire, écrit l’AEIC, « le projet induirait des effets négatifs directs et cumulatifs importants qui pourraient avoir un impact sur l’atteinte des objectifs du Québec et du Canada en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de changements climatiques ». L’Agence confirme que les émissions de gaz à effet de serre liées au projet en sol canadien dépasseraient les 7,5 millions de tonnes par année, soit l’équivalent de l’ajout de trois millions de voitures sur les routes.

 

Le rapport rappelle du même coup qu’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) « considère que le promoteur n’a pas fourni suffisamment de détails pour appuyer l’hypothèse selon laquelle le projet viendrait remplacer des sources d’énergie à plus forte émission », comme le charbon. Or, il s’agit de l’argument central de GNL Québec, et ce, depuis le début du débat sur la réalisation du plus important projet industriel privé de l’histoire du Québec.

ECCC constate d’ailleurs qu’il n’existe pas d’analyse « crédible » pour « estimer l’utilisation du gaz naturel exporté » ailleurs dans le monde, notamment parce que les promoteurs n’ont signé « aucun contrat d’achat et de vente avec des clients potentiels ».

Le rapport de l’AEIC rejette aussi l’argument de GNL Québec à l’effet que le gaz naturel serait un partenaire de la « transition énergétique ». On y souligne plutôt que l’Agence internationale de l’énergie a publié cette année une analyse qui conclut que les pays doivent « renoncer » à autoriser le développement de « nouveaux sites pétroliers et gaziers » afin de respecter les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Cela signifie, selon l’AEIC, que les exportations de gaz naturel liquéfié doivent commencer à décroître après 2025, soit au moment où l’usine Énergie Saguenay commencerait à fonctionner.

Risques pour les cétacés

L’AEIC conclut par ailleurs que le trafic maritime commercial imputable à GNL Québec « est susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants, tant directs que cumulatifs, sur les mammifères marins et, en particulier, la population de béluga ».

Il faut dire que le projet « doublerait » le trafic maritime sur le Saguenay et « à l’intérieur d’une aire protégée », soit le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent. « L’augmentation du nombre de passages de navires dans la rivière Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent contribuerait à la dégradation de l’environnement acoustique subaquatique, ce qui irait à l’encontre des objectifs des plans d’action et programmes de rétablissements des mammifères marins en péril de l’estuaire du Saint-Laurent ainsi que du mandat de protection de l’aire protégée », souligne le rapport de 277 pages.

L’analyse fédérale mentionne toutefois que GNL Québec n’est pas le seul projet qui risque d’augmenter le trafic sur le Saguenay, et donc la pollution sonore dans l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent. On mentionne notamment les projets Métaux Black Rock et Ariane Phosphate, mais aussi divers développements prévus et qui risquent de faire tripler le trafic maritime au cours des prochaines années sur le Saguenay. « Pour l’estuaire du Saint- Laurent, on observerait une augmentation de près de 19 % des passages », souligne l’AEIC.

« Lâcher le morceau »

La publication du rapport fédéral survient moins de deux mois après le rejet officiel du projet par le gouvernement Legault. En ce qui a trait aux libéraux fédéraux, ils ont aussi promis de fermer la porte à GNL Québec.

Malgré tout, les promoteurs n’ont toujours pas décidé d’abandonner leur projet. « GNL Québec poursuit toujours le travail nécessaire visant à compléter son analyse quant au projet Énergie Saguenay. GNL Québec prendra connaissance du contenu du rapport provisoire d’évaluation environnementale, formulé par l’agence d’évaluation d’impact du Canada », a fait valoir l’entreprise mercredi, par courriel.

Les opposants estiment au contraire que le promoteur doit « lâcher le morceau une bonne fois pour toutes », après tous les revers des derniers mois. « Tous les regards sont tournés vers les promoteurs. Nous leur demandons à nouveau de retirer leur projet pour ainsi permettre à l’ensemble des acteurs concernés de tourner la page », ont-ils fait valoir dans un communiqué publié mercredi.

Le Devoir révélait la semaine dernière que l’entreprise GNL Québec, ainsi que la société Gazoduq ont licencié l’essentiel des employés qui étaient encore en poste. Gazoduq a par ailleurs confirmé que son président, Louis Bergeron, a quitté son poste. GNL Québec a toutefois assuré que son président, Tony Le Verger, est, lui, toujours en poste.



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