Québec annule les coupes prévues le long de la rivière Péribonka

Au printemps dernier, le gouvernement Legault avait critiqué les opposants aux coupes forestières le long de la rivière. 
Photo: Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka Au printemps dernier, le gouvernement Legault avait critiqué les opposants aux coupes forestières le long de la rivière. 

Après avoir abandonné son projet d’aire protégée le long de la rivière Péribonka pour ensuite y autoriser des coupes forestières, le gouvernement Legault revient sur sa décision. Il annule « pour cette année » les coupes prévues et promet de « protéger ce précieux territoire », tout en disant vouloir trouver un « équilibre » entre sa protection et les intérêts de l’industrie forestière.

Dans un communiqué publié mardi matin, le gouvernement a confirmé sa volte-face. L’an dernier, il avait écarté le projet d’aire protégée qui devait préserver le corridor de cette rivière située au nord-est du lac Saint-Jean.

« Le gouvernement confirme son intention de protéger ce précieux territoire qui est considéré par plusieurs comme un joyau naturel et d’y donner accès à ceux qui veulent y pratiquer des activités récréotouristiques », peut-on lire dans le communiqué publié par le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), Benoit Charette, ainsi que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Pierre Dufour.

Les coupes forestières qui étaient prévues sont donc « annulées pour cette année », a précisé par la suite le ministre Dufour, après avoir répété à plusieurs reprises que celles-ci étaient essentielles pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

« Pour que nous bénéficiions tous des richesses de notre territoire, il est nécessaire que les différents acteurs du milieu se concertent afin d’établir un consensus clair. L’annonce d’aujourd’hui nous donne l’occasion de faire le point sur l’utilisation de notre forêt dans cette magnifique région, tant pour la foresterie que pour les autres activités de villégiature et les activités récréotouristiques », a déclaré mardi le ministre Dufour par communiqué.

Interpellé par Le Devoir, son cabinet n’a d’ailleurs pas voulu s’engager à créer l’aire protégée qui avait été proposée par le MELCC et qui est réclamée par des intervenants de la région. « Les discussions auront lieu au cours des prochains mois afin de déterminer, de concert avec les acteurs du milieu, la configuration optimale de l’utilisation du territoire dans le secteur Péribonka. Un juste équilibre doit se faire entre la protection du territoire, l’aire protégée, et la protection des emplois dans le secteur forestier », a-t-on expliqué par courriel.

Lors de l’étude des crédits de son ministère, en mai, le ministre Dufour avait critiqué les opposants aux coupes sur ce territoire, qui abrite de vieilles forêts, un écosystème de plus en plus rare au Québec. « On semble avoir des gens qui regardent ça et qui disent : “Pas dans ma cour. Je veux avoir du bois pour construire ma maison, mais pas dans ma cour.” Je m’excuse, mais le territoire, il est vaste et il faut naturellement harmoniser et trouver les meilleures situations qui sont gagnantes pour tout le monde. Ce n’est pas simplement pour trois individus qui ne veulent pas une intervention en avant de chez eux », a-t-il alors fait valoir.

« On nous dit : il ne faut plus couper. Mais de l’autre côté, on dit qu’il faut construire avec du bois. On dit que le prix du bois est trop cher. À un moment donné, il faut un équilibre », avait-il ajouté.

« Patrimoine naturel »

Le projet de protection du corridor de la rivière Péribonka avait été soumis au départ par le MELCC, avec l’appui de plusieurs intervenants de la région. Dans le cadre d’une consultation menée l’an dernier, l’organisme Tourisme Alma Lac-Saint-Jean avait d’ailleurs expliqué au MFFP que « la rivière Péribonka et sa vallée représentent un des plus beaux potentiels de développement de produits récréotouristiques » de la région, notamment à l’international.

« L’ensemble de l’industrie touristique régionale compte sur l’immense potentiel naturel de la rivière Péribonka pour renforcer son positionnement au niveau international », avait aussi souligné l’organisme, en rappelant qu’un « plan ambitieux de développement touristique » avait déjà reçu l’appui du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, d’Emploi-Québec et de la MRC Lac-Saint-Jean-Est. L’industrie touristique génère des retombées annuelles de près de 300 millions de dollars dans la région, selon l’organisme Promotion Saguenay.

« Bien que notre gouvernement ait atteint, en décembre dernier, la cible de 17 % de protection du territoire qu’il s’était fixé, nous sommes très fiers de pouvoir confirmer que notre travail se poursuit. La rivière Péribonka est un joyau de notre patrimoine naturel et nous nous devons de la protéger », a aussi fait valoir mardi le ministre Benoit Charette.

Le changement de position du gouvernement Legault a été salué mardi par les groupes écologistes qui ont milité depuis plusieurs mois pour la protection du territoire de la rivière. « Nous sommes ravis de constater que la mobilisation citoyenne a convaincu le gouvernement d’annuler ces coupes forestières injustifiées dans le couloir visuel de la rivière Péribonka. Ce territoire exceptionnel mérite qu’on le protège pour les générations futures », a expliqué la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard.

« La mobilisation a fait entendre raison au gouvernement, mais il faudra réformer le MFFP, car il ne peut continuer de travailler en silo, sans tenir compte des obligations gouvernementales en matière d’aires protégées », a ajouté le député péquiste Sylvain Gaudreault. Au cours des derniers mois, plusieurs informations ont en effet laissé entendre que le MFFP avait contribué au blocage de projets d’aires protégées sur le territoire.

« Cette rivière est un véritable joyau du Québec et le gouvernement se devait de la considérer comme telle. On se réjouit de cette nouvelle, mais on reste tout de même vigilants pour que l’esprit de l’aire protégée soit respecté et qu’on ne se ramasse pas avec un territoire protégé plus petit que prévu », a fait valoir la députée de Québec solidaire Émilise Lessard-Therrien.

Protection du caribou

Le gouvernement Legault a mis de côté plusieurs dizaines de territoires qui avaient été ciblés pour devenir des aires protégées. Ces territoires sont tous situés au sud de la limite autorisée pour l’exploitation des forêts québécoises. Certains territoires chevauchent aussi des zones où on retrouve des permis d’exploration minière, pétrolière ou gazière.

Parmi les projets mis de côté, on compte au moins une dizaine de territoires qui auraient permis d’accroître les mesures de protection du caribou, selon des intervenants bien au fait du dossier. Ces territoires totalisent au moins 2000 km2, selon un calcul non exhaustif.

D’ailleurs, avant de décider d’autoriser des coupes forestières le long de la rivière Péribonka, le gouvernement Legault avait annoncé à la fin de 2019 qu’il souhaitait autoriser des coupes au sein d’un massif forestier situé sur le cours de la rivière. Or, ce massif était jusqu’alors protégé afin de préserver l’habitat du caribou forestier, une espèce particulièrement vulnérable aux impacts de l’abattage industriel d’arbres.

Au moment d’abolir les mesures de protection de ce massif forestier (et de deux autres massifs situés dans la région), le MFFP avait affirmé qu’aucun caribou ne se trouvait dans le secteur. Des inventaires aériens menés au cours de l’hiver 2020 ont toutefois permis de repérer des caribous dans le secteur, selon ce qui se dégage d’un rapport du MFFP. Ces cervidés font partie d’une population qui compte environ 225 bêtes et qui se trouve « dans un état extrêmement précaire », selon les experts du ministère.

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